Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Épictète

par Charactorium · Épictète (50 — 138) · Philosophie · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Nicopolis, en Épire, au crépuscule d'une journée d'automne. Dans une maison sans verrou meublée d'une natte et d'une lampe, un vieil homme boiteux nous reçoit, appuyé sur son bâton. Il fut esclave ; il est devenu le maître à qui les fils de l'Empire viennent demander comment l'on devient libre.

Vous souvenez-vous de l'enfant que vous étiez, là où tout a commencé?

Je suis né à Hiérapolis, en Phrygie, dans la maison d'autrui. On m'a donné le nom d'Épictète — un nom qui dit ce que j'étais : un bien acquis, une chose qu'on possède. Ma jambe, tu la vois, ne me porte plus comme celle des autres ; je marche appuyé sur ce bâton, et je n'en ai nulle honte. Car un homme peut être enchaîné de corps et libre par le dedans, ou marcher droit en traînant partout ses chaînes. Petit, je ne savais rien du logos, cette raison qui ordonne le monde ; je portais l'eau, j'obéissais, je me taisais. Mais déjà je pressentais ceci, que toute ma vie n'a fait que vérifier : on peut me lier les pieds, on ne peut lier mon jugement. L'esclavage me l'a enseigné mieux qu'aucun maître né libre n'aurait su le faire.

On raconte que votre maître vous tordait la jambe. Que s'est-il passé ce jour-là?

Épaphrodite, mon maître, était un affranchi de Néron devenu puissant au palais — et la puissance, chez qui n'a pas travaillé son âme, tourne vite à la cruauté. Un jour qu'il s'amusait à me tordre la jambe, je lui dis sans élever la voix : « Tu vas la casser. » Il continua. L'os céda. Et je dis seulement : « Je t'avais prévenu. » On peut voir là quelque chose, si l'on regarde bien : la douleur était dans ma jambe, non dans mon jugement. Lui croyait me tenir tout entier ; il ne tenait qu'un membre. Ce ne sont pas les choses qui nous tourmentent, mais l'opinion que nous nous en faisons. Ma jambe est restée raide ; c'est d'elle que me vient ce bâton sur lequel j'arpente le portique en parlant. Je ne la maudis pas. Elle fut ma première leçon, et la plus durable.

La douleur était dans ma jambe, non dans mon jugement.

Comment avez-vous quitté Rome pour cette cité grecque?

Sous Domitien, vers la fin de son règne, un édit chassa les philosophes de Rome et d'Italie. On nous regardait comme des gêneurs, des hommes qui posaient trop de questions et pliaient mal le genou devant les grands. Je fis mon paquet — il fut vite fait, je n'ai jamais possédé grand-chose — et je passai la mer vers Nicopolis, en Épire, cette cité qu'Auguste avait fondée pour célébrer sa victoire. L'exil? On me l'imposa comme un châtiment ; j'en fis le lieu de mon école. Car voici ce qui dépendait de moi : non pas de demeurer à Rome, cela n'était point en mon pouvoir, mais d'enseigner où qu'on me jetât. Le tyran pouvait disposer de mon corps et de mes pas ; il ne pouvait m'ôter ce pour quoi je respire. J'ai ouvert ma porte aux jeunes gens venus de tout l'Empire.

Qui vous a véritablement formé à la philosophie?

Une fois affranchi, après la chute de Néron, je me suis mis à l'école de Musonius Rufus, le plus exigeant des maîtres stoïciens de Rome. Il ne cherchait ni à nous plaire ni à nous faire admirer ses tournures. Il nous reprenait durement, et c'était là sa façon de nous aimer : un philosophe, disait-il en substance, doit sentir ses fautes comme le malade sent le scalpel. J'ai compris auprès de lui que l'école n'est pas un lieu d'agrément mais une infirmerie de l'âme — on n'y entre pas bien portant. Avant lui, j'avais servi Épaphrodite ; auprès de lui, je devins disciple, ce qui est une autre forme de service, mais consenti celle-là. Tout ce que j'enseigne aujourd'hui à Nicopolis, je le dois à cette rigueur reçue. On ne transmet bien que ce qu'on a soi-même durement appris.

Par où commence votre enseignement?

Par une distinction, toujours la même, que je répète à tout venant jusqu'à ce qu'elle entre dans les os. Mon disciple Arrien l'a placée au seuil de ce petit livre qu'on nomme le Manuel : « Il y a des choses qui dépendent de nous, et d'autres qui n'en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos désirs, nos aversions : en un mot, toutes les œuvres qui nous appartiennent. Ce qui ne dépend pas de nous, c'est le corps, la richesse, la célébrité, le pouvoir. » Tiens cela fermement, et te voilà libre. Confonds les deux, veuille commander à ce qui ne t'obéit pas, et te voilà esclave, fût-ce sur un trône. Les Grecs nomment prohairesis cette faculté de choisir, le seul bien qui soit vraiment nôtre. Le reste — ma jambe, mon exil, l'humeur des puissants — appartient au cours des choses.

Qu'appelez-vous, au juste, être libre?

J'ai coutume de le dire à mes élèves, et Arrien l'a recueilli au quatrième livre des Entretiens : « Est libre celui qui vit comme il veut, qu'on ne peut ni contraindre, ni empêcher, ni forcer, dont les désirs atteignent leur but, dont les aversions ne rencontrent pas ce qu'elles veulent éviter. » Or comment ne serais-tu jamais contraint, si tu désires ce qui dépend d'un autre? Désire la santé, et tu trembles devant la fièvre ; désire les honneurs, et tu rampes devant qui les distribue. Mais règle tes désirs sur ce qui est en ton pouvoir — ton jugement, ta volonté droite, ce que nous appelons l'hegemonikon, la partie directrice de l'âme — et nul ne te tiendra jamais. J'ai été esclave de corps, et plus libre alors que maint sénateur drapé de pourpre.

La liberté n'est pas une condition qu'on reçoit ; c'est une discipline qu'on exerce.

On dit qu'un voleur vous a donné une leçon. Laquelle?

J'avais une petite lampe de terre cuite, posée auprès de ma natte, que j'allumais le soir pour veiller. Une nuit, un voleur l'emporta. Le lendemain, je n'en fis pas un drame : je m'en procurai une autre, en fer cette fois. Et je me dis ceci, qui valait bien la lampe perdue : on m'avait dépouillé parce que je possédais quelque chose qui pouvait l'être. Le voleur a payé mon luminaire d'un prix qu'il ignore — il a échangé un peu de son âme contre un peu d'argile. Moi, je n'ai rien perdu d'essentiel. Désormais, tout ce qui peut m'être arraché, je le tiens comme un bien prêté, non comme un bien propre. C'est là toute l'enkrateia, la maîtrise : ne point s'attacher à ce que la main d'autrui peut atteindre. Une lampe de fer suffit à éclairer l'homme qui n'a plus peur de la perdre.

Comment vivez-vous, ici, dans cette maison?

Va la voir, si tu veux : tu en seras vite revenu. Une natte de paille pour dormir, une lampe, quelques écuelles de terre, et c'est tout. Il n'y a pas de verrou solide à ma porte — pourquoi en mettrais-je un? On ne dérobe que ce qu'on convoite, et chez moi rien n'est à convoiter. Je mange du pain d'orge, des olives, des figues, un peu de fromage de chèvre ; je bois de l'eau, et du vin si coupé qu'il ne mérite plus son nom. Au matin, je me lave à l'eau froide et je passe mon tribôn, ce manteau de laine grossière qui distingue le philosophe. Les Romains qui viennent m'entendre s'étonnent de tant de dénuement ; ils ont des demeures pleines de meubles et des âmes pleines de craintes. J'ai fait l'inverse. Le corps demande peu ; c'est l'opinion qui réclame des palais.

Pourquoi n'avez-vous jamais rien écrit de votre main?

À quoi bon noircir des tablettes? La philosophie n'est pas faite de livres qu'on range, mais d'actes qu'on accomplit. Socrate non plus n'a rien écrit, et il demeure le maître de nous tous. Je parle, je questionne, je presse mes élèves comme on presse le fer sur l'enclume — le dialogue vivant tire des étincelles qu'aucune page morte ne rendra. Ce que je redoute, vois-tu, c'est l'homme qui sait réciter de beaux traités et qui, au premier malheur, se lamente comme les autres. À quoi lui sert alors sa bibliothèque? Un précepte qu'on récite sans le vivre ressemble à un remède qu'on laisse dans son flacon : il ne guérit personne. Aussi j'enseigne de vive voix, à la manière d'une diatribè, ces leçons où l'on raisonne en marchant sous le portique. Si quelque chose de moi doit rester, que ce soit dans la conduite d'un homme, non dans l'encre.

Et pourtant vos paroles nous parviennent. À qui le devons-nous?

À Arrien, ce jeune homme de Nicomédie venu s'asseoir parmi mes auditeurs. Il prenait des notes sur ses tablettes de cire pendant que je parlais — non pour composer un ouvrage, disait-il, mais pour garder mémoire de ma voix et de ma façon de penser. C'est lui qui a réuni mes leçons dans les Entretiens, puis qui en a tiré ce condensé qu'on porte sur soi, le Manuel. Étrange destin : voilà un futur consul, un gouverneur de Cappadoce, un historien qui contera les campagnes d'Alexandre, et il aura passé sa jeunesse à transcrire les propos d'un vieil affranchi boiteux. Je ne lui avais rien demandé. S'il n'avait pris la peine d'écouter et d'écrire, ma parole se fût éteinte avec mon souffle, comme une lampe qu'on emporte dans la nuit. Ce que je n'ai pas voulu faire pour moi-même, l'affection d'un disciple l'a fait.

Ce que je n'ai pas voulu faire pour moi-même, l'affection d'un disciple l'a fait.

Que répondez-vous à ceux que la mort effraie?

Je leur dis ce qu'Arrien a recueilli dès le premier livre des Entretiens : « Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les jugements qu'ils portent sur les choses. Ainsi la mort n'a rien de redoutable, sinon Socrate l'aurait jugée telle. Mais le jugement que la mort est redoutable, voilà ce qui est redoutable. » Réfléchis : la mort viendra, que tu la craignes ou non ; ta crainte n'y ajoute ni n'en retranche rien, sinon qu'elle te gâte la vie d'avance. Quand je sentirai mes forces me quitter, ici, à Nicopolis, je rendrai ce corps prêté comme on rend l'auberge où l'on a passé la nuit. Je n'en suis pas le propriétaire, seulement l'hôte. Le sage ne s'indigne pas qu'on lui réclame ce qu'il n'a fait qu'emprunter. Vivre, c'est apprendre à rendre — sereinement, et au moment voulu.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Épictète. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.