Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Érasme

par Charactorium · Érasme (1466 — 1536) · Philosophie · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la grande maison de Bucklersbury, à Londres, que je retrouve mon ami Érasme en cet été 1509. La pluie fine tambourine sur les vitres et l'odeur d'encre fraîche flotte encore près du pupitre où il vient de poser sa plume. Nous nous connaissons depuis dix ans déjà, depuis ce premier séjour anglais où nous avons ri ensemble des sots et des pédants. Je viens ce jour-là avec une curiosité de vieil ami : comprendre l'homme qui se cache derrière les pages que je le vois noircir sous mon propre toit.

Mon cher Érasme, voilà huit jours que tu écris fiévreusement chez moi, malade et alité. Qu'est-ce donc qui te tient ainsi la plume ?

Toi qui m'as recueilli sous ton toit, Thomas, tu sais combien mes reins me font souffrir depuis le voyage d'Italie. Cloué sur ce lit, sans mes livres restés en chemin, je n'avais que mon esprit pour me distraire. Alors j'ai laissé parler la Folie elle-même, qui fait son propre éloge et démasque les travers des hommes. C'est un jeu, un délassement de convalescent, mais l'ironie m'a emporté plus loin que je ne croyais. En quelques jours la chose était presque faite. Ne ris pas trop fort : la maladie a parfois plus d'esprit que la santé, et je crois bien que ce badinage te ressemblera, à toi qui aimes tant rire des choses sérieuses.

La maladie a parfois plus d'esprit que la santé.

Tu sais que mon nom, More, sonne comme Moria, la folie en grec. Faut-il que je me sente visé par ce titre, Moriae Encomium ?

Comment t'en voudrais-je, mon ami, alors que c'est ton nom même qui m'a soufflé le titre ? Moriae Encomium, l'Éloge de la Folie — il fallait bien que ce clin d'œil te revînt, à toi le plus sage des hommes que je connaisse et pourtant le plus enjoué. Tu es l'homme pour toutes les saisons, capable de plaisanter au milieu des affaires les plus graves. Je n'ai fait que prêter ma plume à ta propre humeur. Que la Folie porte ton nom n'est pas une moquerie : c'est un hommage. Car il faut un grain de cette folie-là pour rester humain parmi tant de gens qui se prennent terriblement au sérieux.

Il faut un grain de cette folie pour rester humain parmi tant de gens qui se prennent au sérieux.

Toi qui maîtrises le grec mieux que personne, dis-moi : pourquoi t'acharner sur les manuscrits du Nouveau Testament plutôt que sur de plus douces lettres ?

Parce que, Thomas, on ne peut bâtir la vraie piété sur un texte corrompu. La Vulgate de saint Jérôme, si vénérable soit-elle, traîne mille erreurs de copistes accumulées au fil des siècles. Je veux remonter à la source, comparer les manuscrits grecs anciens, rendre au Christ ses propres paroles avant qu'on les ait brouillées. C'est la philologie appliquée à l'Écriture sainte : un travail de patience, presque d'orfèvre, sur chaque mot. Tu m'as vu collationner ces feuillets jusqu'à m'en user les yeux. Je sais que certains crieront au scandale qu'on touche au texte sacré. Mais corriger, ce n'est pas profaner : c'est rendre à la parole divine sa pureté première.

Corriger, ce n'est pas profaner : c'est rendre à la parole divine sa pureté première.

Et cette édition, qui donc en portera le risque devant l'imprimeur et devant l'Église ? Songes-tu déjà à un atelier digne de l'entreprise ?

Je porte au cœur l'atelier de Bâle, où l'imprimeur Froben travaille avec un soin que je n'ai trouvé nulle part ailleurs. Là, on respecte le grec, on corrige les épreuves avec moi, on ne sacrifie pas la science à la hâte. L'imprimerie, vois-tu, est le plus grand présent que Dieu ait fait à notre siècle : ce que je corrige une fois sera lu de Cracovie à Séville. Mais ce don peut aussi propager l'erreur aussi vite que la vérité. Voilà pourquoi je veille sur chaque feuillet comme une mère sur son nourrisson. Tu me trouves trop scrupuleux, peut-être. Mais un seul mot grec mal rendu, et c'est toute la foi de mille lecteurs qu'on égare.

L'imprimerie est le plus grand présent que Dieu ait fait à notre siècle.

Chaque matin chez moi, un messager t'apporte des lettres de toute l'Europe. Comment portes-tu le poids d'une correspondance aussi démesurée ?

C'est ma joie autant que mon fardeau, Thomas. Je réponds à des princes, à des théologiens, à de jeunes étudiants inconnus, du matin jusqu'à la nuit, à m'en faire mal au poignet. Ma plume d'oie ne se repose guère. Mais par ces lettres cachetées de cire, je tisse une chose à laquelle je crois plus qu'à aucun royaume : une communauté de savants par-delà les frontières et les guerres, une République des Lettres où ne comptent que l'esprit et l'amitié. Toi-même en es l'un des plus chers citoyens. Tant que les hommes d'étude se parleront ainsi, d'un bout du monde à l'autre, je ne désespérerai jamais tout à fait de l'humanité.

Une République des Lettres où ne comptent que l'esprit et l'amitié.
Portrait of Louis Georges Érasme de Contades (1704-1795)
Portrait of Louis Georges Érasme de Contades (1704-1795)Wikimedia Commons, Public domain — Unidentified painter

N'est-il pas étrange, mon ami, de te savoir plus présent par tes lettres dans cent maisons que dans la tienne propre, toi qui n'as point de demeure ?

Tu touches là un point sensible, Thomas. Oui, je vis chez les autres — chez toi aujourd'hui, chez Froben demain, dans quelque collège après. Je n'ai jamais possédé de toit qui fût mien. Mais peut-être est-ce là ma vraie patrie : non un pays, mais ce réseau d'amitiés savantes où je suis chez moi partout. Une lettre bien tournée franchit les Alpes plus vite que je ne saurais le faire de mon pas fatigué. Ainsi je suis au coin de mille feux sans bouger de mon pupitre. L'homme libre n'appartient à aucune cité ; il appartient à tous ceux qui aiment les bonnes lettres.

Je n'ai pas de patrie sinon ce réseau d'amitiés où je suis chez moi partout.

Je t'ai vu refuser le poisson à ma table et grelotter sous deux manteaux en plein été. Ton pauvre corps te tyrannise-t-il à ce point ?

Hélas, mon hôte, tu m'as bien observé. J'ai l'estomac le plus délicat de la chrétienté : le poisson me soulève le cœur, et pourtant le jeûne monastique m'y condamnait. J'ai dû quérir du Saint-Père une dispense pour manger de la viande et alléger l'habit, sans quoi je serais mort de carême plutôt que de péché. Le froid me transperce les os même devant ton âtre, d'où ce bonnet que tu me vois rarement quitter. Mon esprit voudrait courir l'Europe, mais ce corps fragile me retient comme un cheval rétif. Je travaille donc le matin, aux heures où je me sens le moins mal, et je rends grâce des jours sans douleur.

Mon esprit voudrait courir l'Europe, mais ce corps fragile me retient comme un cheval rétif.
Statue d'Érasme
Statue d'ÉrasmeWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Cogip

Cette dispense pour la viande et l'habit, certains au cloître y verront une faveur de complaisance. Comment réponds-tu à ceux qui murmurent ?

Qu'ils murmurent, Thomas ! Je n'ai jamais cru que Dieu se réjouît de me voir vomir un hareng pour Lui plaire. La vraie religion n'est pas dans ce que l'on mange ou dans la couleur d'une robe, mais dans la charité et la pureté du cœur. Ceux qui font de l'abstinence une vertu suprême confondent la coquille avec le fruit. J'ai pris l'habit jeune, presque malgré moi, poussé par la pauvreté et des tuteurs pressés. Si une dispense me permet de servir les lettres et la piété au lieu de languir malade, je la tiens pour un bienfait. La sainteté ne se pèse pas au poids des poissons avalés.

La sainteté ne se pèse pas au poids des poissons avalés.

Le monde chrétien semble vouloir se fendre en deux camps qui s'accusent. Toi qui prônes la concorde, où te tiendras-tu si la rupture éclate ?

Au milieu, Thomas, et je sais déjà ce qu'il en coûte. Quand les passions s'enflamment, celui qui appelle à la mesure est haï des deux bords : trop hardi pour les uns, trop tiède pour les autres. Je crois pourtant que toute la religion du Christ tient en peu de choses : la paix, la concorde, et la liberté de juger sur le reste. Définissons le moins de dogmes possible, et laissons à chacun son jugement. Je ne veux ni allumer l'incendie ni le bénir. Mon arme reste la plume, non le pamphlet qui jette les peuples les uns contre les autres. On me reprochera ma prudence ; je l'appelle, moi, fidélité à l'Évangile de paix.

Celui qui appelle à la mesure est haï des deux bords.

S'il te fallait un jour prendre la plume contre un réformateur trop ardent, sur quel terrain choisirais-tu de livrer bataille ?

Sur celui de la liberté de l'homme, Thomas. Si l'on enseigne que la volonté humaine ne peut rien, que tout est déjà décidé par une grâce aveugle, alors à quoi bon l'effort, la vertu, l'éducation à laquelle j'ai voué ma vie ? Je préfère l'opinion de ceux qui attribuent quelque chose au libre arbitre, mais le plus possible à la grâce. C'est là, je crois, que se jouerait la vraie querelle. Non par goût du combat — Dieu sait que je hais la dispute — mais parce qu'un homme privé de tout choix n'est plus qu'une bête menée. Je ne quitterai pas l'Église de mes pères ; mais je défendrai jusqu'au bout que l'homme demeure responsable devant Dieu.

Un homme privé de tout choix n'est plus qu'une bête menée.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Érasme. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.