Interview imaginaire avec Érasme
par Charactorium · Érasme (1466 — 1536) · Philosophie · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte, ont rendez-vous avec un vieux savant en robe noire, dans une maison de Bâle pleine de livres. Le feu crépite, une plume sèche dans l'encrier. L'homme sourit : il aime quand les enfants posent des questions.
—C'est vrai que vous avez écrit votre livre le plus connu en une seule semaine ?
Oui, mon enfant, et je ris encore d'y penser. J'arrivais d'un voyage, fatigué, le dos cassé par les chevaux. J'étais chez mon ami anglais Thomas More, en 1509. Pour m'amuser, en huit jours environ, j'ai écrit l'Éloge de la Folie. Imagine : je laisse parler la Folie elle-même, et c'est elle qui se vante ! Le titre latin, Moriae Encomium, cache un petit jeu de mots sur le nom de mon ami More. C'était ma façon de lui faire un clin d'œil. On se moquait des rois, des moines, de tout le monde — en riant, mais pour dire des choses sérieuses.
J'ai laissé parler la Folie, et c'est elle qui dit les vérités.
—Vous étiez vraiment ami avec Thomas More ? C'était comment ?
Ah, c'était un ami précieux, comme on en a peu dans une vie. Quand je suis arrivé en Angleterre vers 1499, je l'ai rencontré, lui et John Colet. Avec More, on riait beaucoup, on discutait des heures, on s'écrivait sans cesse. Tu sais, j'ai gardé une correspondance énorme toute ma vie — plus de trois mille lettres conservées. À l'époque, pas de message rapide : on écrivait sur du papier, on pliait, on fermait avec un peu de cire chaude, et un messager partait à cheval pendant des jours. Recevoir une lettre de More, c'était comme retrouver sa voix au milieu du silence.
Un ami à qui écrire, c'est une voix qui traverse les frontières.
—Pourquoi vous avez voulu refaire la Bible alors qu'elle existait déjà ?
Bonne question, et elle est plus maligne qu'elle n'en a l'air ! La Bible qu'on lisait, la Vulgate, était une traduction en latin faite par saint Jérôme, mille ans plus tôt. Mais à force d'être recopiée à la main, des erreurs s'étaient glissées dedans. Moi, je voulais remonter à la source. Alors j'ai cherché de vieux manuscrits grecs du Nouveau Testament, je les ai comparés mot à mot. Ce travail patient, on l'appelle la philologie — l'art de retrouver le texte le plus juste. En 1516, j'ai publié mon Novum Instrumentum. Imagine corriger un livre que personne n'osait toucher depuis mille ans !
Pour comprendre un texte, il faut remonter jusqu'à sa source.
—Comment vous faisiez pour comparer des vieux livres sans vous tromper ?
Avec énormément de patience, mon enfant, et beaucoup de bougies usées ! J'étalais devant moi plusieurs manuscrits grecs, écrits à la main, parfois abîmés. Je lisais une phrase ici, la même là, et je cherchais : lequel disait vrai ? Le grec et le latin, je les connaissais depuis le collège. Je passais mes matinées penché sur mon pupitre, un bonnet sur la tête contre le froid. Puis je portais mes feuilles à mon imprimeur Froben, à Bâle, pour qu'il vérifie les épreuves. Sans l'imprimerie, mon travail serait resté un seul exemplaire. Grâce à elle, des milliers de gens ont pu lire le même texte corrigé.
Une erreur recopiée mille fois reste une erreur : il faut oser la corriger.
—Quand tout le monde se disputait sur la religion, pourquoi vous n'avez pas choisi un camp ?
Tu touches là le plus grand chagrin de ma vie. Quand Martin Luther s'est révolté contre l'Église, en 1517, beaucoup ont voulu que je le suive. D'autres voulaient que je le condamne. Moi, je refusais de hurler avec les loups. Je trouvais des choses justes chez Luther, mais je ne voulais pas déchirer l'Église en deux. Alors j'ai été détesté des deux côtés : trop hardi pour Rome, trop tiède pour les réformés. Tu sais, rester au milieu quand tout le monde te pousse à choisir, c'est parfois plus courageux que de crier le plus fort. Mais c'est aussi très solitaire.
Refuser de hurler avec les loups, c'est rester seul, mais rester soi.

—Vous étiez ami avec Luther, et puis vous vous êtes fâchés. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Nous nous estimions, mais nous pensions différemment sur une question profonde. Luther disait que l'homme ne décide rien : tout est déjà voulu par Dieu. Moi, je croyais que nous gardons une part de liberté, une petite flamme pour choisir le bien. En 1524, j'ai écrit De libero arbitrio, « Du libre arbitre », pour le dire clairement. Ce fut la rupture. Imagine deux amis qui marchaient ensemble et qui, à un carrefour, prennent deux routes opposées sans pouvoir se rejoindre. Cela m'a peiné. Mais je tenais à cette idée : tu n'es pas une marionnette, mon enfant. Une part de ce que tu deviens dépend de toi.
Tu n'es pas une marionnette : une part de ce que tu deviens dépend de toi.
—C'est vrai que vous détestiez le poisson ? Vous mangiez quoi alors ?
Ha ! On t'a bien renseigné. J'avais l'estomac fragile, et le poisson me rendait malade. Le problème, c'est qu'à mon époque, les jours de jeûne, on devait manger du poisson et pas de viande. Pour moi, c'était un supplice ! J'ai fini par obtenir du pape une dispense, une permission spéciale, pour manger de la viande sans pécher. J'aimais le pain blanc, un peu de vin de Bourgogne coupé d'eau, des plats simples mais bien faits. Je me plaignais aussi du froid et des mauvaises auberges pendant mes voyages. Un savant, vois-tu, c'est aussi un estomac capricieux et des pieds gelés.
Un grand savant, c'est aussi un estomac fragile et des pieds gelés.

—Ça ressemblait à quoi, votre matin, quand vous vous réveilliez ?
Je me levais très tôt, souvent avant le jour. J'aimais ces heures calmes où la maison dort encore. Je disais une courte prière, puis je m'installais à mon pupitre, un bonnet noir sur la tête, plusieurs couches de vêtements sur le dos contre le froid mordant. Je prenais un repas léger : du pain, un peu de vin. Et j'écrivais, ou je corrigeais des manuscrits, pendant des heures. Imagine une pièce sans aucun bruit de rue, juste le grattement de ma plume d'oie sur le papier et le craquement du feu. Je n'ai jamais possédé de maison à moi : je logeais chez des amis ou des imprimeurs.
Le matin silencieux, juste ma plume qui gratte : c'était mon vrai royaume.
—Vous écriviez à qui, dans toutes ces lettres ? À des gens importants ?
À toute l'Europe, mon enfant ! J'écrivais à mon ami Thomas More, à des rois, à des étudiants, et même au pape Léon X. J'ai aussi échangé avec Luther avant notre brouille. On a gardé plus de trois mille de mes lettres. Tu sais, à mon époque, les savants de tous les pays se parlaient ainsi, par-dessus les frontières, sans jamais se voir. On appelait cela la République des Lettres — une sorte de pays sans murs, fait seulement d'idées et de papier. J'étais comme une grande place où toutes ces voix se croisaient. Écrire, pour moi, c'était relier les esprits.
La République des Lettres : un pays sans murs, fait d'idées et de papier.
—Si on pouvait vous voir aujourd'hui, qu'est-ce qu'on remarquerait en premier ?
Sans doute mon bonnet noir et ma longue robe sombre de chanoine, celle qu'on voit sur les portraits que Holbein a peints de moi. Tu remarquerais aussi, je crois, des livres partout autour de moi, et une plume jamais loin de ma main. Mais ce que j'aimerais surtout que tu retiennes, ce n'est pas mon habit. C'est mon idée la plus chère : apprendre à lire les grands textes, à réfléchir par soi-même, sans croire aveuglément. Toute ma vie, j'ai défendu la paix et la sagesse contre la bêtise et la violence. Si tu gardes le goût d'apprendre et de douter un peu, alors je continue de vivre un peu en toi.
Garde le goût d'apprendre et de douter : c'est ainsi que les savants survivent.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Érasme. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


