Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Frères Grimm

par Charactorium · Frères Grimm (1785 — 1863) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Kassel, un soir d'hiver des années 1840. Dans un appartement où les livres montent du sol au plafond, deux hommes partagent le même bureau, la même lampe à huile, parfois la même phrase. Jacob lève les yeux de ses fiches, Wilhelm referme une épreuve corrigée : les frères Grimm acceptent, pour une fois, de parler d'une seule voix.

Comment recueilliez-vous concrètement ces récits que tout le monde croyait écrits de votre main ?

Il faut le dire sans détour : nous n'avons rien inventé. Nous arrivions chez les gens un carnet à la main, et nous écoutions. Notre meilleure source fut Dorothea Viehmann, une paysanne de Hesse qui possédait des dizaines de récits, ordonnés en elle comme des perles sur un fil. Elle racontait deux fois, posément, et la seconde fois les mots tombaient identiques au premier — un miracle de fidélité orale. Ces histoires venaient souvent de la Spinnstube, ces salles où les femmes filaient la laine en se passant les vieux contes de bouche à bouche. Nous notions chaque tournure, chaque Märchen, comme un philologue copie un manuscrit. Notre orgueil n'était pas d'écrire, mais de transcrire sans trahir.

Notre orgueil n'était pas d'écrire, mais de transcrire sans trahir.

Pourquoi tant d'exigence à ne rien ajouter, alors qu'embellir aurait été si tentant ?

Dans la préface de notre premier recueil, en 1812, nous l'avons écrit noir sur blanc : « Nous avons cherché à saisir ces contes dans toute leur pureté. Aucun détail n'a été ajouté, embelli ou modifié, car nous aurions craint de grossir des récits déjà si riches par leur propre nature. » Voilà notre serment de jeunesse. Nous croyions que la Volksdichtung, la poésie née du peuple, valait mieux que tout ce qu'un homme de lettres pourrait broder par-dessus. Un conte est comme une pierre roulée par le torrent des siècles : la polir davantage, c'est en effacer la forme véritable. Nous voulions le galet brut, tel que mille bouches l'avaient façonné avant nous.

Pourtant on dit que vos premiers contes effrayaient plus qu'ils n'endormaient les enfants. Que s'est-il passé ?

C'est vrai, et je l'avoue volontiers. L'édition de 1812 n'était nullement un livre pour le berceau. On y trouvait des cruautés, du sang, et des allusions que nulle mère n'aurait lues à voix haute. Nous l'avions conçu comme un travail de savants, un document, non comme un cadeau d'enfant. Mais les familles s'en sont emparées, et c'est moi, Wilhelm, qui ai pris la plume au fil des sept éditions des Kinder- und Hausmärchen pour adoucir les angles, atténuer les horreurs, donner aux phrases une rondeur que l'on puisse réciter le soir. Jacob me reprochait parfois d'enjoliver ; je lui répondais qu'un conte qui se transmet vaut mieux qu'un conte qu'on n'ose plus dire.

Un conte qui se transmet vaut mieux qu'un conte qu'on n'ose plus dire.

Cette transformation au fil des années ne trahissait-elle pas votre serment de fidélité du début ?

La contradiction me hante encore. Nous avions juré de saisir les récits dans toute leur pureté, et voilà que d'édition en édition, entre 1812 et 1857, le texte s'arrondissait, se moralisait, gagnait en douceur ce qu'il perdait en âpreté. Mais comprenez-nous : un conte n'est pas une momie qu'on enferme sous verre. Il vit dans la bouche qui le dit. La Spinnstube elle-même changeait l'histoire selon l'heure et l'auditoire. En adaptant, nous ne faisions peut-être que poursuivre, à l'encre, ce que la tradition orale faisait depuis toujours. Reste que le savant en moi a parfois pleuré ce que le père de famille gagnait.

Vous avez tout risqué en 1837 à Göttingen. Qu'est-ce qui vous a poussés à ce geste public ?

Le roi de Hanovre venait d'abolir la constitution libérale d'un trait de plume, comme on chasse une mouche. Nous étions sept professeurs à l'université de Göttingen, et nous avons refusé de nous taire. Nous avons écrit, en conscience : « Nous ne pouvons pas, en conscience, reconnaître la suppression de la loi fondamentale comme légalement valide. Nous nous considérons toujours liés par le serment que nous avons prêté à cette constitution. » Un serment, voyez-vous, n'est pas un habit qu'on change de saison. On nous a renvoyés de nos chaires, et Jacob fut banni du royaume en trois jours. Trois jours pour faire ses malles et quitter la ville. Nous sommes partis sans un sou, mais l'âme droite.

Comment avez-vous vécu cet exil soudain, vous qui n'étiez pas des hommes de barricade ?

Nous n'étions ni tribuns ni émeutiers, c'est juste. Notre vie, c'étaient les manuscrits médiévaux, les fiches de vocabulaire, la lampe qui brûle tard. Mais il existe des moments où le philologue doit redevenir citoyen. Quand on a passé sa vie à chercher dans les vieux textes germaniques la pensée et l'âme de nos ancêtres, on ne peut pas regarder un prince piétiner la parole donnée. Les Sept de Göttingen, comme on nous nomma, n'avons brandi qu'un texte écrit, pas une arme. Et pourtant ce papier fit trembler une cour. Jacob disait que la grammaire enseigne aussi le respect des règles ; un roi qui renie sa loi commet une faute de syntaxe morale.

Un roi qui renie sa loi commet une faute de syntaxe morale.

On a souvent l'impression que vous ne formez qu'un seul homme. Où finit Jacob, où commence Wilhelm ?

C'est la question que tout le monde nous pose, et nous-mêmes peinons à y répondre. Dans une lettre à notre ami Karl Lachmann, Jacob l'a dit ainsi : « Wilhelm et moi travaillons chaque jour côte à côte. Ce que l'un commence, l'autre le poursuit. Nous sommes si unis dans nos recherches qu'il est parfois difficile de distinguer ce qui revient à chacun. » Nous avons partagé le même bureau, parfois le même lit, des décennies durant. Même après mon mariage, en 1825, Jacob n'a pas quitté notre toit : il est resté, et nous trois avons formé un foyer paisible. Séparer nos travaux reviendrait à demander à un fleuve lequel de ses deux affluents porte l'eau.

Comment deux tempéraments aussi différents ont-ils tenu, jour après jour, à la même table de travail ?

Jacob est l'homme du matin, austère, debout dès six heures, déjà courbé sur ses fiches quand je le rejoins. Sa redingote est toujours impeccable, sa rigueur presque effrayante. Moi, Wilhelm, je suis de santé plus fragile, plus lent, plus enclin à m'attarder sur la musique d'une phrase. Lui creuse la loi des mutations consonantiques, moi je veille à ce qu'un conte sonne juste à l'oreille d'un enfant. Mais c'est précisément cette différence qui nous a tenus ensemble : il pose la charpente, je tends la toile. Le soir, à la lueur de notre lampe à huile, nous relisions l'un pour l'autre, et nos désaccords s'éteignaient toujours avant la bougie.

Vous avez entrepris un dictionnaire que vous saviez ne jamais pouvoir terminer. Pourquoi se lancer dans pareille démesure ?

Nous avons commencé le Deutsches Wörterbuch en 1838, après notre renvoi de Göttingen — il fallait bien vivre, et nourrir l'esprit. Mais quelle entreprise ! Recenser chaque mot de la langue allemande, avec son histoire, ses sens anciens, ses citations, depuis ses racines les plus profondes. Les fiches couvraient tout notre bureau, classées par lettres, jusqu'à l'ensevelir. Nous savions, dès le commencement, que nos deux vies n'y suffiraient pas. Jacob disait qu'on bâtit une cathédrale sans espérer en voir la flèche. Nous n'avons mené l'ouvrage que jusqu'aux premières lettres de l'alphabet. D'autres mains, après nous, poursuivraient ce que nous avions à peine ébauché — et c'est très bien ainsi.

On bâtit une cathédrale sans espérer en voir la flèche.

Beaucoup vous voient comme des conteurs. Mais la philologie, n'était-ce pas votre véritable cathédrale ?

Les contes nous ont rendus célèbres, mais c'est la langue qui fut notre grand œuvre. Avec la Deutsche Grammatik, dès 1819, Jacob a posé les fondations d'une science nouvelle, et formulé cette régularité dans le glissement des consonnes — la Lautverschiebung — qui relie les langues germaniques à leurs cousines. Étudier les formes anciennes d'un parler, c'est comme déterrer les fondations d'une maison pour comprendre qui l'a bâtie. La langue est le miroir le plus fidèle d'un peuple. Les contes et la grammaire, au fond, sont la même quête : retrouver, sous la poussière des siècles, la voix originelle des hommes qui nous ont précédés. Märchen ou dictionnaire, nous n'avons fait qu'écouter les morts parler.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Frères Grimm. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.