Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Gabriela Mistral

par Charactorium · Gabriela Mistral (1889 — 1957) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un patio ombragé de Mexico, où les bougainvilliers retombent sur la pierre chaude, que José Vasconcelos retrouve Gabriela Mistral un matin de l'hiver 1946. Sur la table basse traînent des livres annotés et un châle de laine sombre posé sur le dossier d'une chaise. Ils se connaissent depuis 1922, quand le ministre l'avait fait venir parcourir les campagnes pour y semer des bibliothèques. Le Nobel est désormais accroché à son nom, mais Vasconcelos vient chercher autre chose : la maîtresse d'école qu'il a connue avant la gloire.

Gabriela, vous souvenez-vous de 1922, quand je vous ai fait traverser le Mexique pour fonder nos bibliothèques rurales ?

Comment l'oublierais-je, José ? Tu m'as ouvert un pays entier comme on ouvre une salle de classe. Nous allions de village en village, là où les enfants n'avaient jamais tenu un livre, et nous y laissions des étagères comme on laisse de l'eau dans le désert. Toi tu pensais en ministre, en nation à bâtir ; moi je pensais à un seul enfant indien assis dans la poussière. C'est dans ton Mexique que j'ai compris que l'école n'est pas un bâtiment, mais une promesse faite aux plus pauvres. Tu m'as donné un continent à instruire alors que je n'avais instruit que des hameaux du nord chilien. Je suis repartie de chez toi avec une certitude : on ne réforme pas l'âme d'un peuple sans d'abord lui apprendre à lire.

Tu m'as ouvert un pays entier comme on ouvre une salle de classe.

Avant tout cela, vous enseigniez déjà à quinze ans, sans diplôme. Comment une enfant devient-elle maîtresse d'école ?

À quinze ans j'avais devant moi des élèves qui en avaient presque autant que moi. Je n'avais aucun titre, seulement la faim d'apprendre et de transmettre. Dans les écoles rurales du nord chilien, on ne demandait pas de parchemin ; on demandait quelqu'un qui veuille bien y rester. Moi je restais. J'enseignais le matin ce que j'avais appris la veille au soir, à la lampe. Ce fut ma première université, José : la salle de classe elle-même. J'ai obtenu mon brevet bien plus tard, en 1910, par un examen spécial, parce qu'on m'avait fermé la porte de l'école normale. Mais l'institutrice, elle, existait déjà bien avant le papier officiel. Je crois que je suis née maîtresse avant d'être née poétesse.

J'enseignais le matin ce que j'avais appris la veille au soir, à la lampe.

Le monde vous nomme Gabriela Mistral, mais vous êtes née Lucila. D'où vous est venu ce nom d'emprunt ?

Lucila Godoy Alcayaga, c'est le nom de la vallée d'Elqui, celui d'une petite fille parmi les vignes et les pierres. Gabriela Mistral, c'est le nom que je me suis donné quand j'ai voulu parler plus haut que mon village. J'ai pris Gabriela en pensant à Gabriele D'Annunzio, et Mistral pour Frédéric Mistral, ce poète de Provence qui avait su chanter sa terre dans la langue de ses paysans. Deux poètes que j'admirais, l'un du sud italien, l'autre du sud français : je voulais leur souffle. Le curieux, José, c'est que ce masque est devenu plus vrai que mon visage. On a oublié Lucila ; on n'a retenu que Gabriela. Parfois je me demande laquelle des deux a écrit mes poèmes.

Ce masque est devenu plus vrai que mon visage.

Lorsque nous ouvrions ces bibliothèques pour les populations indigènes, vous semiez du livre. Pour eux, ou pour vous ?

Pour eux d'abord, José, mais je ne te mentirai pas : pour moi aussi. Ces enfants indiens du Mexique me ressemblaient. J'étais comme eux une fille de la terre, méprisée par les beaux esprits des villes, tenue à l'écart parce que trop rustique et trop libre. En leur portant des livres, je réparais quelque chose en moi. Tu voulais une nation lettrée ; moi je voulais que le plus humble paysan puisse un jour lire un poème et s'y reconnaître. Nous fondions des bibliothèques comme on plante des arbres pour une ombre qu'on ne verra pas. Ce travail-là, modeste, sans gloire, je le tiens plus haut que bien des honneurs reçus depuis.

On vous dit poétesse de la nuit. Quand l'institutrice s'endormait-elle, et quand la poétesse écrivait-elle ?

L'institutrice donnait le jour ; la poétesse veillait la nuit. Le soir venu, quand les copies étaient corrigées et la maison silencieuse, je m'asseyais à la lampe, le châle sur les épaules — ce rebozo que je n'ai jamais quitté. C'est là, dans le calme, que les vers montaient. Je vis simplement, José, tu le sais : un peu de pain, des légumes secs, comme dans mon enfance de campagne. Je n'ai jamais aimé les raffinements des dîners diplomatiques. Mon luxe à moi, c'était cette heure tardive où plus personne ne me réclamait rien, où je n'étais ni consul, ni maîtresse d'école, seulement une femme penchée sur du papier. Desolación est née de ces nuits-là, de cette solitude que j'ai apprivoisée plutôt que fuie.

L'institutrice donnait le jour ; la poétesse veillait la nuit.
Painting at Gabriela Mistral - July 15, 2015 150715-F-LP903-0351
Painting at Gabriela Mistral - July 15, 2015 150715-F-LP903-0351Wikimedia Commons, Public domain — Capt. David Murphy

À Stockholm, en 1945, vous avez reçu le Nobel. Au nom de qui avez-vous voulu le recevoir ?

Quand je me suis avancée vers le roi de Suède, je n'étais pas seule sur cette estrade. Je portais avec moi toute l'Amérique espagnole, ses langues, ses peuples indiens, ses femmes restées sans voix. J'ai dit que je recevais cet honneur comme représentante de la race hispanique et de notre langue. Cette médaille, José, n'est pas à moi : elle est à un continent qu'on n'avait jamais cru digne d'un tel prix. Première de tout le sud du monde à monter ces marches, je savais que des milliers d'enfants me regardaient depuis nos vallées. La gloire personnelle ne m'a jamais tentée ; ce qui m'a émue, c'est que pour une fois on écoutait notre Amérique au lieu de la plaindre.

Cette médaille n'est pas à moi : elle est à un continent.

On vous a refusé l'escuela normal pour vos idées jugées trop libres. Cette blessure vous a-t-elle marquée ?

Elle m'a marquée, oui, mais elle m'a aussi forgée. On m'a fermé la porte de l'école normale parce que mes écrits de jeunesse passaient pour trop audacieux, trop indociles pour une future maîtresse d'école. J'en ai souffert, José, comme on souffre d'une injustice de jeunesse. Mais cette porte close m'a obligée à entrer par une autre, plus rude : l'expérience, le terrain, l'examen spécial passé seule. J'ai appris mon métier dans les hameaux plutôt que dans les amphithéâtres. Avec le recul, je crois que cette exclusion m'a sauvée d'un certain conformisme. La maîtresse d'école est pour moi le plus sacré des offices humains, car on lui confie ce qu'un peuple a de plus précieux : ses enfants et son avenir. On ne m'a pas laissée l'apprendre dans les livres ; je l'ai appris dans les regards.

Painting at Gabriela Mistral - July 15, 2015 150715-F-LP903-0180
Painting at Gabriela Mistral - July 15, 2015 150715-F-LP903-0180Wikimedia Commons, Public domain — Capt. David Murphy

Vous voilà consul, reçue dans les capitales du monde, et pourtant si sobre. Pourquoi cette vie dépouillée ?

Parce que je n'ai jamais cessé d'être une fille d'Elqui, José. On peut me coudre un titre de consul sur l'épaule, mais dessous il y a toujours la paysanne du nord chilien. Dans les maisons consulaires de Lisbonne, de Naples ou d'ailleurs, je me ménageais toujours un coin simple pour écrire et prier, avec quelques plantes et mes livres. Le faste m'ennuie ; il me semble une trahison envers ceux qui n'ont rien. Je mange peu, je m'habille de sombre, je garde mon châle. Ce dépouillement n'est pas une vertu que je m'impose : c'est ma vérité. Comment chanter les pauvres et les enfants si je dînais chaque soir dans la soie ? Ma poésie serait un mensonge, et je préfère être pauvre que fausse.

Cette consécration mondiale a fait de vous une ambassadrice de tout un continent. Ce rôle vous pèse-t-il ?

Il me pèse et il m'honore, José, les deux ensemble. Depuis Stockholm, on attend de moi que je parle pour l'Amérique entière, que je sois sa voix dans les congrès et les salons. C'est lourd pour une femme qui ne voulait qu'enseigner et écrire des berceuses. Mais je ne fuirai pas ce devoir. Si ma voix peut porter celle des enfants indiens, des femmes sans école, des paysans oubliés, alors je la prêterai aussi longtemps que j'aurai du souffle. Je ne me suis jamais sentie propriétaire de ma renommée ; je m'en sens dépositaire, comme d'un bien qui appartient aux miens. On m'a faite ambassadrice ; je tâche d'être surtout messagère.

Quand vous repensez à la vallée d'Elqui, à la petite Lucila, que reste-t-il d'elle en vous aujourd'hui ?

Tout, José. La vallée d'Elqui est restée le fond de chacun de mes poèmes. Cette terre andine, aride et lumineuse, ces montagnes nues sous un ciel implacable, c'est le paysage de mon âme. La petite Lucila qui gardait les chèvres et récitait des vers aux pierres, elle n'est jamais morte : elle a seulement appris d'autres langues et traversé d'autres pays. Où que j'aille, je rêve encore de remonter cette vallée en tenant la main d'un enfant, lui nommant chaque arbre et chaque oiseau de mon Chili. Le nom de Gabriela a couru le monde, mais c'est Lucila qui, au fond, n'a jamais quitté Vicuña. On porte sa terre natale comme on porte son visage : sans pouvoir la déposer nulle part.

On porte sa terre natale comme on porte son visage.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Gabriela Mistral. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.