Interview imaginaire avec Gustave Courbet
par Charactorium · Gustave Courbet (1819 — 1877) · Arts visuels · 4 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'un grand atelier qui sent la térébenthine. Au milieu des toiles immenses, un homme à la barbe noire et fournie pose son couteau à palette. Gustave Courbet leur sourit : il est tout content que des enfants viennent l'écouter.
—C'est vrai que vous avez fait un scandale avec un simple enterrement ?
Oui, mon enfant, et j'en suis assez fier ! J'avais peint Un enterrement à Ornans, ma ville natale dans le Doubs. Imagine une toile gigantesque : six mètres de long, plus haute que ton maître ! D'habitude, on réservait ces grands formats aux rois ou aux saints. Moi, j'y ai mis de simples paysans, leurs gros souliers, leurs visages ordinaires, autour d'un trou dans la terre. Au Salon de 1850, les critiques étaient furieux. Ils trouvaient que ces gens-là ne méritaient pas tant de place. Mais tu sais, un paysan qui pleure son mort vaut bien un héros de bataille.
Un paysan qui pleure son mort vaut bien un héros de bataille.
—Pourquoi vous teniez tellement à peindre des gens pauvres ?
Parce que c'était ma vie, mon petit. J'avais écrit à mes parents : ma sympathie est pour le peuple. Regarde Les Casseurs de pierres : deux ouvriers au bord d'une route, qui brisent des cailloux toute la journée. Un vieux et un gamin presque de ton âge. Personne ne voulait les voir. Moi, je les ai peints en grand, avec leurs habits troués et leurs mains usées. Je ne cherchais pas à les rendre jolis. Je voulais qu'on les regarde vraiment, qu'on n'oublie pas qu'ils existaient. Peindre le vrai, même quand il est dur, voilà ce que j'appelais le réalisme.
Je voulais qu'on regarde vraiment ceux que personne ne voulait voir.
—C'est quoi cette histoire de pavillon que vous avez construit tout seul ?
Ah, ça, c'était un sacré coup ! En 1855, il y avait à Paris une immense exposition, et le jury a refusé une partie de mes tableaux. Le jury, c'étaient les messieurs sérieux qui décidaient ce qui était du bon art. Eh bien, je ne me suis pas laissé faire. J'ai payé de ma poche pour bâtir ma propre cabane juste à côté, et je l'ai appelée le Pavillon du Réalisme. J'y ai accroché quarante de mes toiles. Imagine : un peintre tout seul qui ose défier toute l'organisation officielle. Personne n'avait fait ça avant moi.
Si on refuse mes tableaux, je construis ma propre maison pour les montrer.
—Vous vous êtes peint vous-même au milieu d'un grand tableau ?
Oui, dans L'Atelier du peintre ! C'est une toile immense, et je me suis placé pile au centre, en train de peindre. Tout autour, j'ai mis des gens : des amis, des pauvres, des riches, comme un résumé de toute ma société. Tu sais, j'aimais bien me représenter moi-même. Dans un autre tableau, Le Désespéré, je suis là, les yeux écarquillés, les mains dans les cheveux, comme si j'avais vu un fantôme ! Un peu théâtral, je l'avoue. Mais un peintre, c'est aussi quelqu'un qui ose se montrer, sans se cacher derrière de jolis sujets bien sages.
—Comment vous faisiez pour mettre autant de matière sur vos toiles ?
Touche cette toile, doucement : tu sens les bosses ? Ça, c'est mon secret. Au lieu du pinceau fin, j'utilisais surtout un couteau à palette, une petite lame plate. Je posais la peinture en couches épaisses, comme tu étales du beurre sur ton pain. On appelle ça l'empâtement. Ça donne du relief, de la vraie matière. Pour peindre les rochers du Jura ou l'écume de la mer, c'était parfait. La pierre semblait dure, la vague semblait gicler. Tiens le couteau autrement qu'un pinceau, et ta peinture cesse d'être lisse : elle devient vivante.
Je posais la peinture comme tu étales le beurre sur ton pain.

—Vous peigniez dehors, en vrai, devant la mer ?
Oui ! Et c'était nouveau, à mon époque. Beaucoup de peintres restaient bien au chaud dans leur atelier. Moi, j'emportais mon chevalet de campagne sur les côtes de Normandie, à Étretat. On venait juste d'inventer la peinture en petits tubes de métal : avant, c'était trop compliqué à transporter. Du coup, je pouvais m'installer face aux grandes falaises blanches et peindre La Vague en regardant vraiment la mer cogner. Le vent, le sel, l'orage qui passe... Imagine peindre avec les embruns sur le visage ! Peindre dehors, devant la chose elle-même, c'était ma vraie école.
—C'est vrai que vous avez fait tomber une grande colonne à Paris ?
Alors, attention, c'est plus compliqué que ça ! En 1871, à Paris, il y a eu la Commune, un grand soulèvement après la guerre perdue contre la Prusse. Le peuple s'était soulevé, et moi, on m'a élu pour m'occuper des artistes. Pendant ces semaines, on a abattu la colonne Vendôme, un monument que Napoléon avait dressé pour célébrer ses guerres. Beaucoup la voyaient comme un symbole de l'orgueil des empereurs. M'a-t-on accusé d'en être responsable ? Oui. L'ai-je renversée de mes mains ? Non. Mais j'ai payé très cher cette accusation, tu vas voir.

—Vous avez dû partir loin à cause de ça ? Vous étiez triste ?
Très triste, oui. On m'a condamné à rembourser la reconstruction de la colonne : 323 000 francs ! Une somme énorme, impossible à payer pour un seul homme. J'aurais fini ma vie en prison ou ruiné. Alors, en 1873, j'ai fui en Suisse, à La Tour-de-Peilz, au bord du lac Léman. Imagine quitter ton pays, tes amis, ta maison d'Ornans, sans pouvoir jamais revenir. Là-bas, je peignais encore, mais le cœur n'y était plus. Je suis mort là, loin de chez moi, en 1877. On paie parfois très cher le fait d'avoir choisi son camp.
On paie parfois très cher le fait d'avoir choisi son camp.
—Ça sentait quoi, vos soirées avec vos amis le soir ?
Ah, ça sentait la bière et la fumée de pipe ! Le soir, je filais à la Brasserie Andler, près de mon atelier parisien. On l'appelait le « temple du réalisme ». Imagine une grande salle bruyante, des chopes qui s'entrechoquent, et des têtes brillantes tout autour de la table : des écrivains, des philosophes comme mon ami Proudhon, le poète Baudelaire. On refaisait le monde ! On criait, on discutait d'art et de politique des heures durant. Moi, fils de paysans francs-comtois, j'avais un solide appétit et une grosse voix. Je crois bien que je parlais le plus fort de tous.
—Vous vous disputiez avec les autres peintres ? Manet, par exemple ?
Disons qu'on se taquinait ! Édouard Manet, c'était un peu mon rival, mais un rival que j'aimais bien. On voulait tous les deux la même chose : en finir avec la peinture trop sage et trop léchée des écoles. Un jour, en regardant son tableau Olympia, j'ai lâché qu'elle ressemblait à une dame de pique sortant du bain ! Une pique pour rire, tu vois. Au fond, on se respectait. Tu sais, deux artistes qui se chamaillent, c'est souvent qu'ils cherchent la même vérité par deux chemins différents. Et ça, ça crée des amitiés solides.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Gustave Courbet. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


