Interview imaginaire avec Guy de Maupassant
par Charactorium · Guy de Maupassant (1850 — 1893) · Lettres · 4 min de lecture
Deux élèves de 5e visitent une vieille maison normande lors d'une classe découverte. Dans le bureau, un monsieur à la moustache épaisse range ses carnets. Il s'appelle Guy de Maupassant, et il accepte de répondre à leurs questions.
—C'était comment, vos dimanches quand vous étiez jeune écrivain ?
Tu sais, mes dimanches n'étaient pas des jours de repos. Je prenais la route vers Croisset, près de Rouen, chez mon maître Gustave Flaubert. Imagine une grande maison au bord de la Seine, pleine de livres. Là, je lui tendais mes textes, le cœur battant. Et lui, il les corrigeait sans pitié ! Il barrait des phrases entières, il me reprenait sur un seul mot. Pendant sept ans, il m'a interdit de publier. Sept ans, mon enfant, à attendre ! Au début, ça m'agaçait. Puis j'ai compris : il me forgeait. Un maître sévère t'apprend plus qu'un maître gentil.
Un maître sévère t'apprend plus qu'un maître gentil.
—Ça vous rendait triste qu'il vous empêche de publier vos textes ?
Triste, oui, parfois ! J'avais envie de montrer mon travail, comme toi tu veux montrer un dessin réussi. Mais Flaubert me disait qu'un écrivain doit savoir regarder longtemps avant d'écrire. Il me faisait observer un arbre, un cocher, un passant, jusqu'à trouver le mot juste, le seul. C'était un entraînement, comme un sportif qui répète son geste mille fois. Quand il est mort, en 1880, j'ai pleuré comme on pleure un père. Tout ce que j'écrivais ensuite, je l'écrivais un peu pour lui faire honneur.
Un écrivain doit savoir regarder longtemps avant d'écrire.
—Vous aviez quel âge quand vous êtes devenu célèbre d'un coup ?
J'avais trente ans. Imagine la scène : un petit livre paraît, écrit à plusieurs, Les Soirées de Médan. Dedans, ma nouvelle : Boule de Suif. C'est l'histoire d'une femme méprisée par des bourgeois bien habillés, pendant la guerre contre la Prusse, en 1870. Cette guerre, je l'avais vécue, j'avais vu la peur et la lâcheté des gens. Et là, surprise : tout le monde parle de mon texte ! Même Flaubert m'écrit que c'est un chef-d'œuvre. En une nuit, j'étais devenu écrivain pour de vrai. Ce jour-là, j'ai su que ma vie avait changé.
En une nuit, j'étais devenu écrivain pour de vrai.
—Pourquoi vous parliez de la guerre dans vos histoires ?
Parce que je l'avais vue de mes yeux, mon enfant. En 1870, j'étais un jeune homme mobilisé. J'ai vu des soldats fuir, des familles paniquées, des routes pleines de gens qui partaient en abandonnant tout. La guerre ne ressemble pas aux belles images des livres d'histoire. Elle est sale, elle est triste, elle montre ce qu'il y a de pire chez les gens. Dans Boule de Suif, je raconte comment des messieurs respectables se montrent égoïstes et cruels. Je ne voulais pas mentir. Je voulais montrer les hommes tels qu'ils sont vraiment.
La guerre montre ce qu'il y a de pire chez les gens.
—Qu'est-ce que vous aimiez faire pour vous amuser ?
Ah, ça, c'était ma grande joie : le canotage ! Tu sais ce que c'est ? Ramer dans une petite barque, sur la rivière. Chaque dimanche, j'allais sur la Seine, entre Chatou et Argenteuil. Imagine : le soleil sur l'eau, mes bras qui tirent les avirons, des amis qui rient. Le soir, on s'arrêtait dans une guinguette, un café en plein air où l'on dansait au bord de l'eau. J'étais fort, j'adorais l'effort physique. Et toutes ces journées sur la rivière, je les ai mises dans mes nouvelles, comme Une partie de campagne.
Toutes mes journées sur la rivière, je les ai mises dans mes histoires.

—Comment vous faisiez pour transformer une journée normale en histoire ?
C'est le secret du métier ! Je gardais toujours un petit carnet dans ma poche. Quand je voyais quelque chose de drôle ou de triste — une dispute, un visage, une bêtise d'homme riche —, je le notais. Sur la Seine, j'observais les canotiers, les amoureux, les familles du dimanche. Plus tard, à mon bureau, je reprenais ces notes. Une petite scène de rien devenait une histoire. Flaubert m'avait appris ça : tout voir, ne rien oublier. Le monde entier est plein d'histoires, mon enfant. Il suffit d'ouvrir les yeux et de bien regarder.
Le monde entier est plein d'histoires, il suffit d'ouvrir les yeux.
—Comment se passait votre journée quand vous écriviez ?
Je me levais tôt, très tôt. De six heures du matin jusqu'à midi, j'écrivais sans m'arrêter. C'était mon travail, comme l'ouvrier va à l'atelier. Pas d'attente de l'inspiration, non ! De la discipline, chaque jour, encore l'héritage de Flaubert. L'après-midi, j'allais porter mes articles aux journaux, ou je faisais du sport. En dix ans, j'ai écrit six romans et plus de trois cents nouvelles ! Les gens croient qu'un écrivain rêve toute la journée. Faux. Il travaille comme un forçat, la plume à la main, tous les matins.
On ne devient pas écrivain en rêvant, mais en travaillant chaque matin.
—C'est quoi pour vous une histoire qui dit la vérité ?
Bonne question, mon enfant ! Beaucoup croient qu'écrire vrai, c'est tout recopier, comme un dessin qui copie chaque détail. Moi, je pense le contraire. Mon travail, c'est de choisir. Je garde ce qui compte, j'enlève le reste, pour que tu sentes la vie encore plus fort que dans la réalité. Dans la préface de mon roman Pierre et Jean, en 1888, j'ai expliqué cela. Une bonne histoire ne te montre pas tout : elle te montre l'essentiel. C'est comme une fenêtre bien placée. Elle ne donne pas tout le paysage, mais elle te fait voir le plus beau.
Une bonne histoire ne montre pas tout : elle montre l'essentiel.
—C'est vrai que vous écriviez des histoires qui font peur ?
Oui, et l'une d'elles me ressemble trop. Elle s'appelle Le Horla. C'est le journal d'un homme qui sent une présence invisible dans sa maison. Une chose qui le suit, qui boit son eau la nuit, qu'il ne peut jamais voir. Il croit devenir fou. Tu veux que je te dise un secret ? J'avais peur, moi aussi. J'étais malade, très malade, et certaines nuits j'avais des hallucinations — je voyais des choses qui n'existaient pas. Le Horla, c'est ma propre angoisse que j'ai mise sur le papier. Écrire ma peur, c'était une façon de lui résister.
Écrire ma peur, c'était une façon de lui résister.
—Vous aviez peur, la nuit, dans votre maison ?
Oui, mon enfant, je ne vais pas te mentir. Vers la fin de ma vie, j'étais rongé par une maladie qu'on ne savait pas guérir à mon époque. Elle attaquait mon cerveau. Le soir, j'avais des migraines, des troubles, des visions. J'ai même fini interné dans une clinique à Passy, à Paris, en 1892. C'est triste, je sais. Mais je veux que tu retiennes autre chose : malgré la peur et la douleur, j'ai écrit des centaines d'histoires qui font encore rire, pleurer, frissonner. La maladie a pris mon corps. Elle n'a pas pris mes livres.
La maladie a pris mon corps, elle n'a pas pris mes livres.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Guy de Maupassant. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



