Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Henri Bergson

par Charactorium · Henri Bergson (1859 — 1941) · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Un après-midi de l'hiver 1928, dans un appartement feutré du 16e arrondissement de Paris. Le maître, déjà fatigué mais l'œil vif, reçoit entre une bibliothèque imposante et une montre de gousset posée sur le bureau. Il parle lentement, pesant chaque mot, comme s'il craignait de figer en phrases ce qui ne demande qu'à durer.

On raconte que vos cours au Collège de France attiraient des foules considérables. Comment expliquez-vous un tel engouement ?

Je n'ai jamais cherché cela, croyez-moi. Je montais à ma chaire du Collège de France pour penser tout haut, et voilà qu'on se massait devant les portes deux heures avant l'ouverture, que des dames du grand monde envoyaient leurs domestiques retenir une place comme on retient un fauteuil à l'Opéra. La salle débordait jusque dans les couloirs. On m'a appelé le philosophe des salons, et cela m'a parfois blessé, car je n'apportais aucun divertissement. Je crois que les gens venaient chercher non pas un système, mais un instant où la pensée se fait devant eux, vivante, hésitante, en train de se chercher. Je n'apportais jamais de texte écrit : je risquais la parole, et ce risque, peut-être, les tenait en haleine plus qu'aucune élégance.

Je risquais la parole, et ce risque, peut-être, les tenait en haleine.

Vous parliez sans notes, dit-on. Comment prépariez-vous ces leçons que tant de gens venaient écouter ?

Mes matinées étaient lentes, méthodiquement lentes. Je pouvais passer des mois sur un seul chapitre, raturant, reprenant, jusqu'à ce que la phrase épouse exactement la pensée — et jamais l'inverse. Mais le cours, lui, je ne le récitais pas. J'arrivait avec un noyau, une intuition unique, et devant l'amphithéâtre bondé je laissais le tableau noir et la craie me servir : j'y dessinais la mémoire en cône, la durée en ligne continue, comme si la main pouvait montrer ce que le mot trahit toujours un peu. Improviser n'est pas parler à la légère ; c'est se tenir au plus près de ce qui surgit. Le manuscrit fige, la parole dure. Voilà pourquoi je préférais le second au premier devant un public.

Au cœur de votre philosophie, il y a cette notion de durée. Pourriez-vous dire ce qu'elle recouvre ?

Regardez cette montre de gousset sur mon bureau. Son tic-tac découpe le temps en instants identiques, alignés, comme des perles sur un fil. C'est le temps de la science, et il est commode : on le mesure, on le divise, on le spatialise. Mais ce n'est pas le temps que vous vivez. Dans mon Essai sur les données immédiates de la conscience, en 1889, j'ai voulu nommer l'autre, le vrai : la durée. « La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre. » Vous ne sentez pas vos minutes s'additionner ; vous sentez un mélodie continue où le passé fond dans le présent. L'horloge ment sur ce que nous sommes. Toute ma philosophie est sortie de cette défiance envers l'aiguille.

L'horloge ment sur ce que nous sommes.

Pourquoi accordez-vous tant de méfiance à la mesure scientifique du temps ?

Parce que l'intelligence est née pour fabriquer des outils, non pour saisir le vivant. Elle découpe, elle immobilise, elle pose des arrêts sur ce qui coule — c'est la spatialisation du temps, et elle nous rend d'admirables services pour bâtir des ponts ou prévoir une éclipse. Mais quand elle prétend ainsi nous dire ce qu'est la conscience, elle substitue une ligne à un fleuve. J'ai longuement débattu de cela ; on me reproche d'opposer la philosophie à la physique, alors que je veux seulement leur assigner chacune son domaine. Le savant a raison sur la matière ; il a tort dès qu'il croit que le temps des équations est le temps que vous éprouvez en attendant un être aimé. Là, c'est l'intuition, et non le calcul, qui touche au réel.

Dans L'Évolution créatrice, vous proposez le concept d'élan vital. Que vouliez-vous opposer aux théories de votre temps ?

Je suis né en 1859, l'année même où paraissait L'Origine des espèces. J'ai grandi avec Darwin dans ma bibliothèque, aux côtés de Lamarck et des embryologistes — je les lisais avec passion, car aucun philosophe sérieux ne peut ignorer le vivant. Mais le mécanisme pur me semblait trop court : il explique comment l'œil s'est formé pièce à pièce, jamais pourquoi la vie ne cesse d'inventer des formes imprévisibles. Dans L'Évolution créatrice, en 1907, j'ai osé ce mot d'élan vital. « Il consiste, en somme, dans une exigence de création. Il ne peut créer absolument, parce qu'il rencontre devant lui la matière. » La vie, pour moi, n'est pas une machine qui se déroule, mais une poussée qui se heurte, contourne, et invente.

La vie n'est pas une machine qui se déroule, mais une poussée qui invente.
Henri Bergson 02
Henri Bergson 02Wikimedia Commons, Public domain — Henri Manuel

Ce concept d'élan vital vous a valu autant d'admiration que de critiques. L'assumez-vous encore ?

Je l'assume, mais qu'on ne s'y trompe pas : l'élan vital n'est pas une petite divinité cachée dans les organismes, un fantôme tiré du vieux vitalisme. Je ne ressuscite aucune force occulte. Je décris une tendance, un mouvement de création qui se prolonge à travers les espèces comme une seule grande vague. On m'a accusé de poésie déguisée en science ; je réponds que la science, quand elle parle de hasard pur, fait elle aussi de la métaphysique sans l'avouer. Ma bibliothèque est pleine de livres de biologie, je n'ai jamais méprisé les faits. J'ai seulement refusé qu'on enferme l'évolution dans le seul mécanisme, car alors la nouveauté véritable, l'imprévisible, devient inexplicable — et c'est elle, justement, qu'il faut expliquer.

En 1917, le gouvernement vous a confié une mission diplomatique aux États-Unis. Comment un philosophe s'est-il retrouvé auprès du président Wilson ?

L'Histoire ne demande pas toujours votre métier. En 1917, la France suppliait l'Amérique d'entrer dans la guerre, et l'on a jugé qu'un nom connu là-bas pèserait peut-être. Je suis donc parti, moi qui n'avais quitté mes amphithéâtres que pour mes manuscrits, rencontrer le président Wilson à plusieurs reprises. J'avais déjà, dès 1914, dénoncé dans mes discours ce que j'appelais le mécanisme allemand — cette prétention à réduire les peuples à des rouages disciplinés. Wilson était un universitaire, lui aussi ; nous parlions, je crois, une langue voisine. Ai-je infléchi sa décision ? Je n'en sais rien, et la modestie me l'interdit de l'affirmer. Mais j'ai éprouvé là que les idées, parfois, doivent descendre dans l'arène et risquer le concret.

L'Histoire ne demande pas toujours votre métier.
Copie de Henri Bergson au concours général de mathématiques – Archives nationales – AJ-16-799 page 3
Copie de Henri Bergson au concours général de mathématiques – Archives nationales – AJ-16-799 page 3Wikimedia Commons, Public domain — Archives nationales (France)

Vous évoquiez ce mécanisme allemand. En quoi votre philosophie nourrissait-elle votre engagement dans la guerre ?

Toute ma vie j'ai combattu l'idée que le vivant pût se réduire à de la mécanique. Or je voyais, dans l'Allemagne en armes de 1914, cette même erreur érigée en système politique : des hommes traités comme des engrenages, une discipline qui prend le rigide pour la force. C'était, sur le terrain de l'Histoire, l'exact contraire de l'élan vital — la matière prétendant écraser la création. Je ne dis pas que la France était la vertu et l'ennemi le vice ; je suis philosophe, non pamphlétaire. Mais je sentais que se jouait là quelque chose de ma propre pensée : le mort contre le vivant, le mécanique plaqué non plus sur un visage qui éternue, comme dans Le Rire, mais sur des nations entières. Cela, je ne pouvais le contempler en spectateur.

On dit que dans les dernières années, malgré la maladie, vous avez refusé tout privilège sous les lois nouvelles. Que pouvez-vous en dire ?

Je suis vieux à présent, et le corps me trahit chaque matin un peu davantage. On m'a fait entendre que ma notoriété pourrait m'épargner certaines inscriptions infamantes, m'accorder une exception. J'ai refusé. Comment accepterais-je, pour moi seul, une faveur qu'on dénie à tous ceux de mon peuple ? Je préfère me lever, malgré la fièvre, et aller m'inscrire en personne, dans la file, parmi les miens. Toute ma philosophie a chanté la morale ouverte, celle des grands mystiques et des héros qui débordent le clan — il serait monstrueux qu'au dernier acte je me réfugie dans la morale close, celle qui sauve son petit groupe et abandonne les autres. La pensée ne vaut que si elle tient debout dans la chair. La mienne ne me laisse pas le choix.

La pensée ne vaut que si elle tient debout dans la chair.

Vous vous êtes, dit-on, rapproché du catholicisme. Pourquoi être resté fidèle au judaïsme ?

Il est vrai que ma réflexion, des Deux Sources de la morale et de la religion en 1932 jusqu'à mes dernières méditations, m'a porté très près du catholicisme. La figure du mystique, qui prolonge l'élan vital jusqu'à toucher sa source, m'attirait comme un aboutissement. J'aurais pu franchir le pas. Je ne l'ai pas fait, et je veux qu'on sache pourquoi : je voyais monter, autour de nous, une immense vague de persécution contre les Juifs. Quitter mon peuple à l'instant où il allait souffrir m'eût semblé une désertion. On ne déserte pas une durée commune, une histoire dont on a partagé le flux. Je suis resté, par fidélité — et la fidélité, voyez-vous, est peut-être la forme la plus humble du courage.

On ne déserte pas une histoire dont on a partagé le flux.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Henri Bergson. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.