Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Hildegarde de Bingen

par Charactorium · Hildegarde de Bingen (1098 — 1179) · Lettres · Musique · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est au monastère du Rupertsberg, tout juste fondé sur un promontoire dominant la confluence du Rhin et de la Nahe, que Bernard de Clairvaux retrouve Hildegarde de Bingen au printemps 1150. L'odeur des herbes du jardin des simples monte jusqu'au portail de bois neuf tandis que l'abbé de Clairvaux, encore alourdi par les controverses de la croisade, gravit les derniers degrés de pierre. Entre eux, depuis la lettre qu'elle lui avait adressée en 1146 — lui demandant humblement si ses visions méritaient d'être mises par écrit —, quelque chose s'est noué ; c'est lui qui avait plaidé sa cause devant le pape Eugène III au synode de Trèves deux ans plus tôt. Ce jour-là, pour la première fois, c'est lui qui vient écouter.

Hildegarde, ta lettre de 1146 parlait d'une pauvre petite forme féminine. Trèves t'a pourtant accordé une autorité rare. Comment l'as-tu reçue ?

Bernard, tu fus le premier à qui j'osai confier ce que je portais depuis l'enfance. Cette lettre me coûta infiniment — non par fausse humilité, mais parce que je savais ce que le monde fait des femmes qui parlent sans y être conviées. Ce que le synode de Trèves m'a offert, ce n'est pas la confiance en mes visions : je l'avais déjà, depuis l'âge de cinq ans, depuis cette première lumière qui pénétra tout mon être. Ce que Trèves m'a donné, c'est la permission d'ouvrir la bouche sans que mes frères en religion s'alarment aussitôt. Depuis lors, je dicte et j'écris sans trembler. Et je commence à penser qu'il me faudra aller plus loin encore — porter ces paroles hors de ces murs, vers des clercs et des laïcs qui ne liront jamais un parchemin mais qui savent entendre une voix.

Ce que Trèves m'a donné, ce n'est pas la confiance en mes visions — je l'avais déjà.

Tu envisages de prêcher hors de ce cloître — devant des clercs, dans des cathédrales ? N'est-ce pas dépasser ce que même Trèves t'a accordé ?

Tu me poses la question que je me pose moi-même chaque matin à Prime. Je ne suis ni apôtre ni diacre. Mais la lumière vivante qui me parle ne demande pas toujours à rester dans l'ombre d'un cloître. Si Dieu ouvre la bouche d'une ânesse pour reprendre le prophète Balaam, pourquoi ne parlerait-il pas par une vieille moniale de Rhénanie ? Je ne cherche pas à transgresser l'ordre — je cherche à lui obéir jusqu'au bout, même là où cette obéissance étonne. Toi-même, Bernard, n'as-tu pas prêché là où on ne t'attendait pas, du Languedoc jusqu'aux bords du Rhin ? L'Esprit souffle sans consulter les chanceliers. Le jour viendra peut-être où je quitterai ces murs pour parler aux foules, et ce jour-là je ne serai pas la première à en avoir peur.

Ce jardin me surprend, si ordonné. Tes traités sur les plantes sont-ils observations personnelles ou compilation des anciens médecins ?

Les miens, Bernard — et ceux des malades qui viennent frapper à notre porte. J'ai observé chaque plante, goûté certaines, senti les autres. Ma Physica n'est pas un commentaire de Galien : c'est le fruit de quarante années passées à regarder ce que Dieu a déposé dans la création pour soigner le corps qu'Il a façonné. Les humeurs que les médecins grecs ont nommées, je les retrouve dans chaque tempérament, dans chaque saison, dans chaque aliment. La pivoine, l'ortie, la lavande, le fenouil — chacune a sa chaleur propre, sa sécheresse ou son humidité, et agit selon les lois que le Créateur a inscrites dans la matière. Soigner n'est pas une technique mécanique : c'est apprendre à lire un langage que la maladie écrit sur la chair.

Et les maladies de l'âme — la mélancolie, le découragement profond que certains de mes moines portent toute leur vie ?

Ah, la bile noire — voilà un tourment que je connais aussi, Bernard, et pas seulement chez mes moniales. Dans mon Causae et curae, j'ai longuement écrit sur les désordres qui viennent du dérèglement des humeurs, et sur ceux qui viennent de l'âme blessée. Les deux ne se séparent presque jamais aisément. Je prescris parfois des plantes, parfois du chant — le mouvement mélodieux des voix libère quelque chose dans la poitrine que nul remède ne peut atteindre seul. Et parfois ce qu'il faut, c'est simplement qu'une magistra écoute sans juger. La médecine du corps et celle de l'âme sont deux langues pour dire la même chose : que l'homme est une harmonie menacée qu'il faut restaurer avec patience, avec les herbes que Dieu a données et la prière qu'Il attend.

Le chant libère quelque chose dans la poitrine que nul remède ne peut atteindre.
Hildegard von Bingen II
Hildegard von Bingen IIWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Schubbay

On me rapporte que tu as forgé une langue secrète avec son propre alphabet. Pourquoi une moniale bénédictine aurait-elle besoin d'une telle chose ?

Je vois que les rumeurs voyagent aussi vite que les lettres, Bernard. Oui, j'ai composé la Lingua Ignota — environ neuf cents mots, avec leurs lettres propres que j'appelle les Litterae Ignotae. Pourquoi ? Je n'en suis pas toujours certaine moi-même, et c'est une honnêteté que je ne m'accorde qu'avec toi. C'est venu comme viennent beaucoup de choses dans ma vie : une nécessité intérieure que je ne savais pas nommer avant qu'elle soit accomplie. Peut-être pour nommer ce que le latin ne sait plus dire — la texture de certaines visions, la nuance d'une présence divine que les mots usés des théologiens n'atteignent plus. Peut-être aussi pour que mes sœurs partagent entre elles un langage qui n'appartienne qu'à notre maison. Son usage, je l'imagine, restera matière à débat bien après moi.

J'ai entendu certaines de tes compositions lors de mon passage à Trèves. Ces mélodies semblent ignorer toutes les règles que l'on enseigne. D'où viennent-elles ?

Elles viennent du même endroit que mes visions, Bernard — de ce que j'appelle la lumière vivante. Quand je compose, je n'entends pas d'abord des sons : je perçois des formes, des couleurs, des mouvements que je dois ensuite traduire en neumes sur parchemin. Peut-être est-ce pourquoi mes mélodies ne ressemblent guère aux chants que l'on apprend dans les écoles cathédrales : elles ne naissent pas de règles, elles naissent d'une vision que je dois habiller de voix. Mes sœurs les chantent aux Vêpres et aux Vigiles, et je me tiens alors en retrait à les écouter — c'est le moment où je comprends si ma main a bien suivi ce que j'avais vu. Quand les voix s'accordent juste, quelque chose dans la nef se tend et tremble, comme un fil que Dieu aurait tendu entre le ciel et nous.

Hildegard von Bingen III
Hildegard von Bingen IIIWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Schubbay

Et cet Ordo Virtutum — un drame chanté sur les vertus en combat contre le vice. Une idée entièrement nouvelle dans la liturgie monastique ?

Nouvelle, peut-être — mais nécessaire. Les traités sur les vertus sont abondants ; les sermons aussi. Mais l'âme n'apprend pas seulement par les arguments : elle apprend en entendant, en se reconnaissant dans ce qu'on lui montre. Quand mes moniales jouent l'Ordo Virtutum — les vertus qui supplient l'âme errante, le démon qui rugit sans pouvoir chanter car il n'a pas de part dans l'harmonie divine — elles ne récitent pas un texte de théologie. Elles traversent quelque chose. J'ai fait de ce principe une règle de composition : le vice seul est parlé et non chanté, car le désordre ne peut prétendre à la beauté. C'est une vérité que j'ai su mettre en musique avant de savoir l'exprimer en mots, et cela me semble juste.

Le vice seul est parlé et non chanté : le désordre ne peut prétendre à la beauté.

Tu as quitté Disibodenberg contre la volonté de l'abbé pour fonder ici le Rupertsberg. Quand l'autorité d'un prélat contredit ta conviction, comment décides-tu ?

C'est là, Bernard, que ma réponse t'étonnera peut-être, venant de quelqu'un qui se dit soumise à la Règle de saint Benoît. Je n'ai pas quitté Disibodenberg par orgueil ni par goût de la contradiction. J'ai tenu ferme parce que je savais, avec la même certitude que lorsque je reçois une vision, que Dieu voulait cette fondation. L'abbé m'opposa son autorité légitime ; j'invoquai la mienne — non comme magistra, mais comme messagère. Entre l'obéissance à un homme et l'obéissance à Dieu, j'ai appris qu'il faut parfois oser le discernement plutôt que la capitulation silencieuse. Je ne recommande pas cette voie à toutes mes sœurs indistinctement. Mais pour celle que Dieu a placée dans ma situation, se taire eût été un péché plus grave que la désobéissance, et je rends compte de ce choix à Dieu seul.

Avant de te quitter, Hildegarde — toi qui, depuis 1146, m'as appris que la lumière vivante ne se laisse pas enfermer — qu'espères-tu encore accomplir ?

Tout, Bernard — et peut-être trop peu de temps. Le Liber divinorum operum est encore dans ma tête, pas encore sur parchemin. La Physica n'est pas achevée. Il me reste des lettres à écrire, des visions à décrire, des malades à soigner, et peut-être des routes à parcourir que je n'ai pas encore empruntées. Je ne cherche pas la gloire : je cherche à ne pas laisser vide ce que Dieu a rempli. C'est tout ce qu'Il me demande, et c'est déjà beaucoup pour une moniale de cinquante ans au bord du Rhin. Toi qui connais le poids de gouverner des centaines de frères et de répondre à la moitié de la chrétienté par lettre, tu sais mieux que personne que le service de Dieu n'a pas de retraite — seulement des haltes, comme celle-ci.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hildegarde de Bingen. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.