Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Honoré de Balzac

par Charactorium · Honoré de Balzac (1799 — 1850) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Passy, 1847. Dans une maison de la rue Raynouard où les meubles ont été achetés à crédit et les bougies brûlent en plein jour, un homme massif en robe de bure blanche nous reçoit, une tasse de café noir à la main. Il vient de passer la nuit à écrire et ne dormira pas avant l'aube prochaine.

Comment vous est venue l'idée de relier tous vos romans en une seule et même œuvre ?

C'était en 1833, je rentrais chez ma sœur Laure, à Paris, et je lui ai dit que j'allais devenir un génie — je riais, mais je ne riais qu'à moitié. J'avais compris qu'un personnage pouvait reparaître d'un livre à l'autre, vieillir, déchoir, triompher, comme les gens reparaissent dans votre vie. Rastignac jeune dans un roman, Rastignac arrivé dans un autre. La société française allait être l'historien, et moi, je ne devais être que le secrétaire. Ce que Buffon avait fait pour les espèces animales — classer, décrire, ordonner —, je voulais le faire pour les espèces sociales : le notaire, l'usurier, la courtisane, le provincial monté à la capitale. La Comédie humaine n'est pas une bibliothèque, c'est un inventaire des mœurs.

La société française allait être l'historien, et moi, je ne devais être que le secrétaire.

Pourquoi tenir tant à ce que vos personnages reviennent d'un livre à l'autre ?

Parce qu'un homme n'existe pas en une seule fois. Quand j'ai écrit Le Père Goriot en 1835, j'ai senti que je tenais le ressort de tout l'édifice : un personnage qu'on a vu pauvre dans une pension de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, on le retrouvera riche, ou perdu, vingt ans plus tard, dans un salon du Faubourg Saint-Germain. Le lecteur le reconnaît, il en sait plus que le personnage lui-même — voilà le vertige. Plus de deux mille figures circulent ainsi dans mon œuvre comme dans une ville réelle. Je ne fabrique pas des héros isolés ; je peuple un monde, et ce monde a sa géographie, ses fortunes, ses tyrannies. C'est ce qui fait qu'on n'en sort jamais tout à fait.

Je ne fabrique pas des héros isolés ; je peuple un monde.

On raconte que vous travaillez la nuit. À quoi ressemble une de vos journées d'écriture ?

Je me lève quand les autres se couchent : minuit, une heure du matin. J'enfile ma robe de bure blanche — un habit de moine, car écrire est un cloître —, j'allume les bougies et je me prépare du café noir, très fort, dans ma cafetière d'étain. Et je rame. Je travaille jusqu'à midi sans lever la plume, douze heures d'affilée, et certaines semaines j'avale jusqu'à cinquante tasses pour tenir mon esprit éveillé quand le corps voudrait lâcher. Je suis enchaîné à ma table comme un galérien à son banc de rame, et je rame avec la même ardeur, vers le même but : la fortune et la gloire. L'après-midi est pour les épreuves, les éditeurs, les créanciers. Puis quelques heures de sommeil, et tout recommence.

Écrire est un cloître, et la robe de bure est mon uniforme de combat contre la page blanche.

Vos éditeurs se plaignent, dit-on, de vos corrections. Que leur faites-vous donc subir ?

Ils me maudissent, et ils ont raison ! Quand on m'apporte les épreuves d'imprimeur, je ne corrige pas, je récris. J'ajoute dans les marges, je rature, je colle des bandes de papier, je fais pousser des branches nouvelles sur l'arbre déjà composé — si bien qu'une page peut en devenir trois. Cela coûte une fortune en plomb et en main-d'œuvre, et chaque épreuve me ruine un peu plus. Mais une phrase n'est jamais finie tant qu'elle n'a pas la couleur locale, ce détail vrai qui fait qu'on croit sentir l'odeur d'une pension ou le froid d'un avare. Mes éditeurs voudraient un texte propre ; moi, je veux un texte vivant. Ma plume d'oie ne s'arrête que lorsque mes doigts s'engourdissent.

Je ne corrige pas, je récris : une page peut en devenir trois.

Vous avez aménagé une sortie secrète dans cette maison. Qui fuyez-vous ainsi ?

Mes créanciers, monsieur, qui me poursuivent depuis vingt ans comme une meute. Tout a commencé en 1825 : je me suis fait éditeur, puis imprimeur, et j'ai tout perdu — il m'est resté des dettes que je traîne comme un boulet. Alors j'ai appris l'art de disparaître. Je change d'adresse, j'emprunte des noms qui ne sont pas le mien, et ici, rue Raynouard à Passy, j'ai fait ménager une porte dérobée : quand on sonne et que ce n'est pas un ami, je m'évapore par un escalier que nul ne soupçonne. C'est une comédie permanente. Mais comprenez bien : ces dettes sont aussi mon fouet. Si je n'avais rien dû, peut-être n'aurais-je jamais tant écrit.

Ces dettes sont mon boulet, mais elles sont aussi mon fouet.
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French: Portrait présumé d'Honoré de Balzac (1799-1850), écrivain. title QS:P1476,fr:"Portrait présumé d'Honoré de Balzac (1799-1850), écrivain. "label QS:Lfr,"Portrait présumé d'Honoré de Balzac (1Wikimedia Commons, Public domain — anonymous

Comment l'argent a-t-il fini par s'inviter au cœur même de vos romans ?

Parce qu'il est le sang de ce siècle, et que je le connais par mes propres veines saignées. Le feuilleton m'a sauvé plus d'une fois : faire paraître un roman par tranches dans les journaux, c'était toucher un large public et un peu d'or pour calmer les huissiers. J'ai vu l'usure de près, ces taux qui étranglent un homme lentement ; j'ai vu comment une dot décide d'un mariage et donc d'une vie. Dans Eugénie Grandet j'ai peint un avare de province qui sacrifie sa fille à sa cupidité — et croyez-moi, je n'ai rien inventé. L'argent fait et défait les destinées plus sûrement que les passions. Le décrire, c'était décrire la Restauration et la Monarchie de Juillet telles qu'elles sont.

L'argent est le sang de ce siècle, et je le connais par mes propres veines saignées.

Votre Rastignac est devenu une figure presque proverbiale. D'où vient-il ?

Il vient de la rue, des pensions, des jeunes gens affamés que je croisais quand j'avais vingt ans et une mansarde à Paris. Eugène de Rastignac, c'est le provincial qui débarque sans fortune et qui découvre que Paris est un champ de bataille où l'on monte en marchant sur les autres. Dans Le Père Goriot, il regarde mourir un vieillard saigné par ses filles, et il en tire une leçon glaçante d'ambition. On commence, paraît-il, à appeler cela le « rastignacisme ». La Révolution de Juillet, en 1830, a porté la bourgeoisie au pouvoir : c'est l'heure des arrivistes, des gens qui veulent entrer dans le beau monde par la grande porte ou par la fenêtre. J'ai seulement tenu le miroir.

Paris est un champ de bataille où l'on monte en marchant sur les autres.
Eindhoven kunstwerk honoré de balzac
Eindhoven kunstwerk honoré de balzacWikimedia Commons, CC0 — Wikifrits

Vous êtes monarchiste, et pourtant vous peignez la bourgeoisie triomphante. N'est-ce pas une contradiction ?

On me le reproche souvent. Oui, je suis légitimiste, je crois à l'ordre, au trône, à l'autel — et je vois bien que la Monarchie de Juillet a couronné l'argent plutôt que le sang. Mais le romancier n'est pas le moraliste : mon devoir n'est pas d'aimer mon époque, c'est de la peindre exacte. Le Faubourg Saint-Germain s'éteint, ses vieilles familles se replient, tandis que les fortunes neuves s'achètent des hôtels et des titres. Je le constate avec un mélange de regret et de fascination. Un écrivain qui ne peindrait que ce qu'il approuve mentirait à chaque ligne. Je suis le secrétaire des mœurs, pas leur juge — et un secrétaire honnête note même ce qui le désole.

Mon devoir n'est pas d'aimer mon époque, c'est de la peindre exacte.

On dit qu'une correspondance dure depuis bien des années avec une lectrice lointaine. Que représente-t-elle pour vous ?

Elle a commencé en 1833, par une lettre venue de l'étranger, signée d'une inconnue — la comtesse Ewelina Hańska, une Polonaise. Depuis, nous nous écrivons par-dessus les frontières, et je lui confie tout : mes nuits de travail, mes dettes, mes espérances, ce galérien que je suis, enchaîné à sa table. Quatorze ans déjà que cette correspondance me tient comme un fil tendu à travers l'Europe. Mes romans peignent des mariages d'argent, des passions calculées, des dots qui décident de tout ; mais cette femme-là, je l'aime sans calcul, et je rêve de l'épouser. Dans une existence remplie de créanciers et d'épreuves d'imprimerie, ces lettres sont la seule chose que personne ne saurait me saisir.

Ces lettres sont un fil tendu à travers l'Europe, la seule chose que nul ne saurait me saisir.

Si vous pouviez imaginer qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous qu'il reste de vous ?

Quelle étrange et douce question. Je porte La Comédie humaine comme Atlas portait le monde, et je la fais tenir debout par la seule force de ma volonté — mais un homme ignore ce que les siècles garderont. J'aimerais qu'on n'y voie pas une collection de fables, mais l'histoire véritable d'une société, celle que les historiens ont oubliée : l'histoire des mœurs. Que dans cent ans, un jeune homme ouvre Le Père Goriot et reconnaisse encore l'ambition, l'avarice, l'amour trahi — car ces passions-là ne vieillissent pas. Si l'on me lit ainsi, alors ma cafetière d'étain n'aura pas chauffé en vain, et mes cinquante tasses par nuit auront servi à quelque chose d'éternel. Le reste, la gloire, les dettes, m'importe peu.

Je porte La Comédie humaine comme Atlas portait le monde, par la seule force de ma volonté.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Honoré de Balzac. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.