Interview imaginaire avec Honoré de Balzac
par Charactorium · Honoré de Balzac (1799 — 1850) · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'une maison de Passy, à Paris. Un monsieur en longue robe blanche les attend, une tasse de café fumant à la main. Il sourit : « Asseyez-vous, mes petits curieux. »
—C'est quoi cette robe blanche bizarre que vous portez pour écrire ?
Tu sais, mon enfant, c'est ma robe de bure blanche, comme l'habit d'un moine dans un monastère. Quand je l'enfile, je ne suis plus un monsieur de la ville. Je deviens un soldat qui part au combat contre la page blanche. Imagine une grande pièce, la nuit, juste éclairée par des bougies. Pas un bruit dehors, seulement les chevaux dans la rue. Moi, en robe blanche, je gratte le papier avec ma plume d'oie. C'est mon uniforme secret. Tant que je le porte, je dois écrire. Sinon, j'ai l'impression de tricher avec mon travail.
Cette robe blanche, c'est mon uniforme de combat contre la page blanche.
—C'est vrai que vous buviez 50 tasses de café par jour ? Ça doit faire mal au ventre !
Ah, tu as raison, ce n'est pas raisonnable ! Mais écoute. Je me levais à minuit, quand tout le monde dormait. Et j'écrivais jusqu'à midi sans m'arrêter. Douze heures, mon enfant, tu te rends compte ? Pour tenir éveillé, je buvais du café noir, très fort, dans ma cafetière en étain. Tasse après tasse, toute la nuit. Mon cœur battait vite, mes idées couraient. C'était mon carburant. Je m'arrêtais seulement quand l'encre manquait ou que mes doigts étaient trop engourdis pour tenir la plume. Ne fais jamais comme moi : c'est ce café qui a fini par user mon pauvre cœur.
Le café était mon carburant pour écrire de minuit à midi.
—Pourquoi vous aviez fait une sortie secrète dans votre maison ?
Ah, ça ! C'est une histoire un peu honteuse. Toute ma vie, j'ai eu des dettes. Beaucoup d'argent que je devais à des gens. Ces gens, on les appelle les créanciers, ils venaient frapper à ma porte pour réclamer. Alors, dans mon appartement de la rue Raynouard, à Passy, j'avais fait aménager une petite porte cachée. Quand un créancier sonnait devant, hop, je filais par-derrière, par un escalier secret. Parfois je prenais même un faux nom pour qu'on ne me retrouve pas ! Imagine un grand monsieur en robe qui se sauve comme un voleur dans son propre escalier. C'était ma vie, mon enfant.
J'avais une porte secrète pour échapper à ceux à qui je devais de l'argent.
—Comment vous avez fait pour avoir autant de dettes ?
Tout a commencé en 1825. J'avais une idée : devenir imprimeur et éditeur, fabriquer des livres pour gagner beaucoup d'argent. Mais je n'étais pas doué pour le commerce ! Mon entreprise a coulé, et je me suis retrouvé couvert de dettes énormes. Du coup, j'étais obligé d'écrire, écrire, écrire, pour rembourser. J'ai même dit un jour que j'étais enchaîné à ma table comme un galérien à son banc. Le galérien, c'est le prisonnier qui rame sur un bateau, attaché. Eh bien moi, je ramais avec ma plume. Mais tu sais quoi ? C'est peut-être grâce à ces dettes que j'ai tant écrit.
J'étais enchaîné à ma table comme un prisonnier à sa rame.
—C'est quoi exactement La Comédie humaine ? C'est un seul livre ?
Non, mon enfant, c'est bien plus grand ! Imagine une immense maison avec plus de quatre-vingt-dix pièces. Chaque pièce est un roman différent. Mais toutes les pièces sont reliées entre elles. C'est ça, La Comédie humaine. Mon idée, c'était de peindre toute la société française de mon temps : les riches, les pauvres, les avares, les ambitieux. Plus de deux mille personnages qui vivent ensemble ! Tu connais Buffon, le savant qui a décrit tous les animaux de la nature ? Eh bien je voulais faire pareil, mais avec les humains. Décrire chaque type de personne comme on décrit chaque animal.
Buffon a décrit tous les animaux ; moi, j'ai voulu décrire tous les humains.

—Et vous vous preniez pour quoi en écrivant tout ça ? Un grand artiste ?
Non, et c'est ça le plus drôle ! Je ne me prenais pas pour le roi de l'histoire. Je disais : la Société française allait être l'historien, je ne devais être que le secrétaire. Tu sais ce que fait un secrétaire ? Il écoute, il observe, et il note tout. Eh bien moi, j'observais les gens dans les salons de Paris, leurs disputes, leurs amours, leurs trahisons. Et je notais. Je ne fabriquais pas la société : je la copiais dans mes carnets. Mon métier, c'était de regarder les vrais gens et d'en faire des personnages plus vrais que nature.
La société écrivait l'histoire ; moi, je n'étais que son secrétaire.
—C'est qui Rastignac ? J'ai entendu ce nom mais je sais pas ce que ça veut dire.
Ah, Rastignac ! C'est un de mes personnages préférés, dans mon roman Le Père Goriot. Imagine un jeune homme de la campagne, pauvre, qui arrive à Paris. Il loge dans une petite pension misérable, la pension Vauquer. Et là, il découvre la richesse, le beau monde, les salons. Alors il se jure de réussir, coûte que coûte, même s'il faut écraser les autres. Ce garçon est devenu si célèbre qu'on a inventé un mot à partir de son nom : le rastignacisme. Ça veut dire l'ambition féroce d'un jeune prêt à tout pour grimper dans la société. Tu en connais peut-être autour de toi, des petits Rastignac !
Rastignac, c'est le jeune prêt à tout pour réussir à Paris.

—Vous aviez connu des gens méchants comme ça dans la vraie vie ?
Bien sûr, mon enfant ! Mes personnages, je ne les inventais pas tout seuls dans ma tête. Je les fabriquais en mélangeant plusieurs vraies personnes que j'avais croisées. À mon époque, sous le roi Louis-Philippe, l'argent était devenu roi. On voyait des jeunes provinciaux débarquer à Paris, prêts à tout pour entrer dans le faubourg Saint-Germain, le quartier des nobles. J'observais ces ambitieux dans les salons, je voyais leurs sourires faux, leurs calculs. L'argent et l'ambition rendent les gens durs, parfois cruels. Mes romans étaient un miroir : je tendais ce miroir à mon époque pour qu'elle voie son vrai visage.
Mes romans étaient un miroir tendu à mon époque.
—C'est vrai que vous avez attendu dix-huit ans avant de vous marier ?
Oui, mon enfant, dix-huit longues années. À partir de 1833, j'ai commencé à écrire des lettres à une comtesse polonaise, Ewelina Hańska. Elle vivait très loin, dans un autre pays. On ne se voyait presque jamais. Alors on s'écrivait, encore et encore, des centaines de lettres à travers toute l'Europe. Imagine : pas de moyen rapide pour se parler, juste des lettres qui mettaient des semaines à arriver à cheval. J'attendais chaque réponse comme un trésor. Pendant dix-huit ans, cette femme lointaine a été mon grand amour, mon rêve secret pendant que je travaillais comme un forçat.
Pendant dix-huit ans, je l'ai aimée à travers des lettres et des frontières.
—Et après tout ce temps, ça s'est bien fini pour vous deux ?
Ah... c'est l'histoire la plus triste de ma vie. En mars 1850, j'ai enfin épousé mon Ewelina. Après dix-huit ans d'attente, mon rêve se réalisait ! Mais tu sais, mon enfant, j'étais déjà très fatigué. Toutes ces nuits sans dormir, tout ce café, tout ce travail de forçat avaient usé mon corps. Cinq mois seulement après le mariage, je suis mort, épuisé. Je n'ai presque pas eu le temps de profiter de ce bonheur tant espéré. C'est pour ça que je te le dis, à toi qui es jeune : ne remets pas toujours ton bonheur à plus tard. Le temps file plus vite qu'on ne croit.
Ne remets pas toujours ton bonheur à plus tard : le temps file.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Honoré de Balzac. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


