Interview imaginaire avec James Cook
par Charactorium · James Cook (1728 — 1779) · Exploration · 5 min de lecture
Nous l'avons imaginé dans la cabine arrière du Resolution, à la lueur d'une lampe qui balance au gré de la houle, une table couverte de cartes encore humides. L'homme est sec, méthodique, la parole rare mais précise. Il accepte de revenir sur trois voyages qui l'ont mené du Yorkshire aux glaces du sud et aux plages de l'océan Pacifique.
—Comment un fils d'ouvrier agricole du Yorkshire s'est-il retrouvé chargé d'une mission scientifique de la Couronne ?
Je suis né à Marton, dans une famille où l'on connaissait mieux la charrue que la longitude. Tout ce que je sais, je l'ai appris d'abord sur les charbonniers de Whitby, ces lourds barks qu'il faut savoir mener entre les bancs de sable. C'est là que la mer m'a formé, pas dans les salons. Quand l'Amirauté a cherché un homme pour conduire l'Endeavour observer le passage de Vénus en 1768, on m'a choisi non pour ma naissance mais pour mes relevés du Saint-Laurent, faits sous le feu, devant Québec. J'ai toujours pensé qu'un homme vaut par ce qu'il mesure et consigne, non par le nom de son père.
Un homme vaut par ce qu'il mesure et consigne, non par le nom de son père.
—On raconte que vos ordres comportaient une part secrète. Que pouvez-vous en dire ?
Officiellement, je devais conduire les astronomes à Tahiti pour observer le transit de Vénus — ce passage de la planète devant le disque du soleil dont on espérait tirer la distance qui nous sépare de cet astre. J'ai écrit à l'Amirauté que l'observation s'était faite aussi exactement que l'instrument le permettait. Mais on m'avait remis un pli scellé, à n'ouvrir qu'une fois cette tâche accomplie. Dedans, l'ordre de cingler vers le sud, à la recherche de la fameuse terre australe. Voilà comment marchaient ces expéditions : un astronome sur le pont, et dans ma poche, l'ambition d'un empire qui voulait des continents.
—En quoi consistait, concrètement, votre travail de cartographe au quotidien ?
L'après-midi, quand la côte se découvrait, je descendais souvent dans une chaloupe pour serrer le rivage de près. Avec le sextant je relevais la hauteur des angles, avec le compas je prenais les relèvements d'un cap à l'autre, et l'on sondait sans relâche, ce plomb lesté qu'on jette pour connaître le fond avant qu'il ne vous éventre la coque. La nuit, faute d'observation, on naviguait à l'estime, en calculant la route d'après la vitesse et le cap tenus. Le soir, dans cette cabine, je corrigeais le tracé du jour. Une carte n'est pas un ornement : c'est la vie des marins qui viendront après vous.
Une carte n'est pas un ornement : c'est la vie des marins qui viendront après vous.
—Vous souvenez-vous des côtes que vous avez été le premier à fixer sur le papier ?
La Nouvelle-Zélande, en 1769 et 1770, je l'ai contournée tout entière, prouvant que ces deux îles ne tenaient à aucun vaste continent. Puis ce furent près de quatre mille kilomètres de la côte est de la Nouvelle-Hollande, que j'ai pris au nom du roi sous le nom de Nouvelle-Galles du Sud. À Botany Bay, mon botaniste Banks ramassait des plantes que nul Européen n'avait vues. Ces cartes-là, je les voulais si justes qu'on pût s'y fier longtemps après moi — et de fait elles ont servi à fonder, près de Sydney, la première colonie d'Australie.
—Que cherchiez-vous vraiment en poussant vos navires vers les glaces du sud ?
Les géographes de cabinet rêvaient d'une Terra Australis Incognita, une terre australe qu'ils supposaient riche et peuplée, pour faire contrepoids aux terres du nord. Lors de mon deuxième voyage, avec le Resolution et l'Adventure, j'ai franchi le cercle polaire antarctique en janvier 1773 — le premier à le faire, je crois, dans toute l'histoire de la navigation. Nous nous frayions un chemin entre des montagnes de glace, le gréement raidi de givre. Jamais je n'ai aperçu le continent lui-même. Mais j'ai compris que s'il existait, il gisait sous les glaces, inaccessible et stérile, et non couvert de royaumes à conquérir.
S'il existait, il gisait sous les glaces, inaccessible et stérile.

—Comment avez-vous su que vous pouviez clore ce vieux débat géographique ?
À force de tailler ma route à travers tout l'océan austral, dans les hautes latitudes, j'ai fini par en faire le tour de telle manière qu'il ne restait plus de place pour un continent, sinon tout près du pôle. C'est en substance ce que j'ai consigné dans le récit de ce voyage, A Voyage towards the South Pole and Round the World, paru en 1777. J'avais bouclé le circuit du globe par ces latitudes, et je me flatte de n'avoir guère laissé de besogne à ceux qui viendraient après. Réfuter une chimère vaut parfois mieux que découvrir une île.
—Le scorbut décimait les équipages. Comment l'avez-vous tenu à distance sur vos navires ?
Le scorbut, ce mal qui fait saigner les gencives, tomber les dents et finit par tuer, je n'ai jamais accepté qu'il fût une fatalité du métier. J'imposais à mes hommes une nourriture variée que beaucoup rechignaient à toucher : de la choucroute en tonneaux, du malt fermenté, des agrumes, et à chaque escale tout ce que les ports offraient de légumes et de fruits frais. Je goûtais moi-même ces aliments inconnus pour juger s'ils étaient bons. Sur le Resolution, durant tout le voyage, pas un homme n'a été tourmenté par ce mal. La discipline du ventre vaut bien celle du fouet.
La discipline du ventre vaut bien celle du fouet.

—Cette obstination a fini par être reconnue jusqu'à Londres. Que représentait cette distinction pour vous ?
En 1776, la Royal Society m'a décerné sa médaille — la médaille Copley — pour avoir préservé la santé de mes équipages durant un si long voyage. J'avoue que cet honneur m'a touché plus que bien des éloges sur mes cartes. Ramener un homme vivant à sa famille me paraît un plus bel exploit que d'inscrire une côte de plus sur le papier. J'ai même fait un rapport à la Société : l'introduction de la choucroute dans la marine produirait, écrivais-je, d'heureux effets, et l'équipage du Resolution pouvait en témoigner. Un commandant qui rapporte des cartes mais perd la moitié de ses hommes a, selon moi, échoué.
—À Hawaï, votre arrivée fut, dit-on, hors du commun. Comment l'avez-vous vécue ?
Nous avons touché ces îles que j'ai nommées Sandwich durant mon troisième voyage, celui qui devait chercher un passage par le nord. À Kealakekua Bay, notre venue tomba en plein milieu d'une grande fête religieuse de leurs prêtres, et il me sembla qu'on me recevait avec des honneurs qui dépassaient ceux dus à un capitaine — comme si l'on me prenait pour une figure de leurs croyances. Je n'ai jamais cherché cela ni cru un instant le mériter. Ces malentendus entre nos mondes me troublaient : on s'incline devant vous sans que vous compreniez tout à fait pourquoi, et cette ignorance-là, je le sentais, pouvait devenir dangereuse.
—Et lorsque l'accueil s'est retourné, sur cette même plage ?
Nous étions repartis, puis un avarie nous força à revenir. L'humeur avait changé. Une de nos embarcations fut dérobée, et je commis l'erreur de descendre à terre pour ramener l'un de leurs chefs jusqu'au navire, comme gage. Sur le sable de Kealakekua Bay, le 14 février 1779, la foule s'est pressée, les pierres ont volé, mes hommes ont fait feu, et tout a basculé en quelques instants. J'ai cinquante ans alors. On m'avait reçu presque comme un dieu, et c'est sur cette grève que je tombe, dans une mêlée que ni eux ni moi n'avions su empêcher. Tel est le sort, parfois, de qui s'aventure aux confins du monde connu.
On m'avait reçu presque comme un dieu, et c'est sur cette grève que je tombe.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de James Cook. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


