Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jean-Paul Sartre

par Charactorium · Jean-Paul Sartre (1905 — 1980) · Lettres · Philosophie · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Un après-midi de printemps 1975, au premier étage du Café de Flore, là où le marbre des tables garde encore l'odeur du tabac froid. L'homme s'assoit, la pipe déjà allumée, le strabisme accroché à un point invisible derrière la vitre. Il parle vite, comme s'il rédigeait à voix haute.

Comment décririez-vous le pacte que vous avez conclu avec Simone de Beauvoir ?

Nous l'avons scellé en 1929, l'année de l'agrégation — moi reçu premier, elle reçue deuxième, et tout le monde aujourd'hui sait que c'est elle la plus rigoureuse des deux. Nous nous sommes promis ce que j'appelle un amour nécessaire, irréductible, et la liberté de connaître à côté des amours contingentes. Cela a fait hurler les bien-pensants, qui n'y voyaient qu'un libertinage déguisé en philosophie. Mais l'enjeu n'était pas le plaisir, c'était la transparence : ne jamais nous mentir, ne jamais nous tenir par la propriété de l'autre. On ne possède pas un être libre, on l'accompagne. Nous reposerons un jour côte à côte au Montparnasse ; c'est, je crois, la seule institution que je n'aie pas refusée.

On ne possède pas un être libre, on l'accompagne.

Vous souvenez-vous de l'état d'esprit dans lequel vous avez écrit Les Mouches, en pleine Occupation ?

J'étais rentré de captivité — on m'avait pris à Padoux en 1940, et c'est là, derrière les barbelés, que j'ai lu Heidegger pour de bon, ligne à ligne, comme on creuse un tunnel. En 1943, j'ai repris le mythe d'Oreste : un homme qui tue, qui assume son acte, et qui refuse le remords des dieux. La censure allemande n'a vu qu'une vieille histoire grecque ; les Parisiens, eux, ont entendu autre chose, ce mot de liberté qui passait sous le manteau. Je n'ai pas fait de la résistance les armes à la main, je ne veux pas me décorer après coup. Mais j'ai compris ceci : même prisonnier, même occupé, on n'est jamais dispensé de choisir.

Même prisonnier, même occupé, on n'est jamais dispensé de choisir.

Que voulez-vous dire exactement par cette formule, « l'existence précède l'essence » ?

Renversez l'ordre habituel. On croit qu'il y a d'abord une nature humaine, un plan, et que chacun n'a qu'à le remplir comme un coupe-papier remplit l'idée du coupe-papier dans la tête de l'artisan. Faux. « L'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. » Il n'y a pas de modèle, pas d'excuse, pas de Surmoi qui décide à votre place. C'est pour cela que je dis que « l'homme est condamné à être libre » — condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et pourtant responsable de tout ce qu'il fait. Celui qui se cache derrière son tempérament, son métier, sa classe, est dans ce que je nomme la mauvaise foi.

Il n'y a pas de modèle, pas d'excuse, pas de Surmoi qui décide à votre place.

Cette liberté que vous décrivez, ne devient-elle pas insupportable à porter ?

Elle s'accompagne d'un vertige, oui, et ce vertige a un nom : l'angoisse existentielle. Mais attention, ce n'est pas une maladie de l'âme à soigner par le repos ou la prière. C'est, au contraire, le signe que vous avez vu juste. Quand j'ai écrit La Nausée en 1938, mon Roquentin éprouve devant une racine d'arbre cette contingence brute : les choses sont là, sans raison, sans justification, de trop. Cela soulève le cœur. Et puis on comprend que ce trop-plein est aussi le lieu de notre liberté, puisque rien n'est écrit. L'angoisse n'est pas le contraire du courage — elle en est le commencement lucide.

L'angoisse n'est pas le contraire du courage — elle en est le commencement lucide.

On vous imagine toujours installé au Café de Flore. Quelle était votre journée de travail ?

Mon bureau n'avait pas de murs : c'était cette banquette du Flore, ou parfois les Deux Magots en face. Je me levais tard, le café fort dès le réveil, puis des heures à noircir des cahiers d'écolier à la main — des milliers de pages par an, je n'exagère pas. La pipe ne quittait pas mes lèvres, et le soir, pour tenir le rythme, j'avalais de la Corydrane, ces amphétamines que je croquais comme des bonbons. Je sais aujourd'hui ce que cela m'a coûté en santé. Mais on ne pense pas la liberté radicale à mi-temps. J'écrivais comme on respire : pour ne pas étouffer sous le réel.

Mon bureau n'avait pas de murs : c'était cette banquette du Flore.
Jean-Paul Sartre - Pen continuos line and watercolor on canson
Jean-Paul Sartre - Pen continuos line and watercolor on cansonWikimedia Commons, CC BY 2.0 — Arturo Espinosa

À plus de soixante ans, qu'est-ce qui vous a poussé dans la rue en Mai 68 ?

L'idée même de l'intellectuel engagé, que j'ai défendue toute ma vie, m'interdisait de rester à ma table pendant que la jeunesse occupait la Sorbonne. J'y suis monté, j'ai parlé devant ces milliers d'étudiants, et croyez-moi, ce n'était pas pour leur faire la leçon — j'avais davantage à apprendre d'eux. Plus tard j'ai vendu La Cause du Peuple sur le trottoir, ce journal interdit, en sachant qu'on n'oserait pas arrêter Sartre. C'était une ruse, je l'avoue : utiliser ma notoriété comme un bouclier pour les plus jeunes. Un écrivain qui se tait quand il pourrait parler est, à mes yeux, responsable de ce qu'il laisse faire.

J'ai vendu le journal interdit en sachant qu'on n'oserait pas arrêter Sartre.

Vous dites les écrivains responsables. Jusqu'où va cette responsabilité ?

Très loin, plus loin qu'on ne l'admet poliment. J'ai écrit dans Qu'est-ce que la littérature ? que « chaque parole a des retentissements, chaque silence aussi ». Je suis allé jusqu'à tenir Flaubert et Goncourt pour comptables de la répression qui suivit la Commune, parce qu'ils n'ont pas écrit une ligne pour l'empêcher. On m'a trouvé injuste, excessif. Peut-être. Mais l'écrivain est en situation dans son époque, il n'écrit pas depuis une tour d'ivoire suspendue au-dessus de l'Histoire. La page blanche est déjà un acte politique : on choisit ce qu'on dit, et l'on choisit, tout autant, ce qu'on laisse dans l'ombre. C'est cela, l'engagement.

La page blanche est déjà un acte politique.

Pourquoi avoir refusé le prix Nobel en 1964 ?

Parce que « l'écrivain doit refuser de se laisser transformer en institution, même si cela a lieu sous les formes les plus honorables ». L'Académie suédoise me tendait une couronne ; or une couronne, cela vous fixe, cela vous embaume vivant. Le matin où la nouvelle est tombée, je rédigeais Les Mots, cette autobiographie ironique de l'enfant que j'avais été, et il y avait là une coïncidence cruelle : on voulait me sacrer écrivain au moment précis où je racontais comment je m'étais fabriqué cette vocation de toutes pièces. Accepter, c'eût été me changer en statue. Or un être pour-soi ne se laisse jamais figer ; il n'est jamais que ce qu'il n'est pas encore.

Une couronne, cela vous fixe, cela vous embaume vivant.

Cette horreur d'être figé, on la retrouve aussi dans votre théâtre, n'est-ce pas ?

Tout entière. Dans Huis Clos, en 1944, trois morts enfermés dans un salon découvrent qu'il n'y aura ni bourreaux ni chevalet : c'est le regard des deux autres qui les supplicie. D'où la formule qu'on me ressasse, « l'enfer, c'est les autres » — qu'on comprend de travers, d'ailleurs, en y voyant de la misanthropie. Je voulais dire ceci : quand le regard d'autrui me fige en chose, en salaud, en lâche définitif, et que je m'y soumets, alors c'est l'enfer. Le pour-soi vivant peut toujours bouger ; le mort, lui, est livré au jugement des survivants. Voilà pourquoi je tenais tant à ne pas devenir, de mon vivant, une statue commémorative.

Quand le regard d'autrui me fige en chose, et que je m'y soumets, c'est l'enfer.

Avec le recul, que retenez-vous de cette enfance que vous décrivez dans Les Mots ?

Que je suis un pur produit du hasard et de l'indulgence. Mon père, officier de marine, est mort quand j'avais un an ; je l'ai à peine connu, et je crois que cette absence m'a délivré d'un poids. « Je n'ai pas de Surmoi », ai-je écrit — j'ai eu un grand-père très doux qui n'avait pas l'autorité d'en planter un en moi, et l'on m'a laissé faire mes quatre volontés. Petit, myope, affublé d'un strabisme qui me valut plus tard le surnom du Borgne, je me suis réfugié dans les livres de sa bibliothèque. C'est là, dans ce mensonge sublime, que je me suis inventé écrivain. Toute L'Être et le Néant est peut-être sortie de cet enfant qui jouait à exister.

Je me suis inventé écrivain dans un mensonge sublime.
Voir la fiche complète de Jean-Paul Sartre

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean-Paul Sartre. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.