Interview imaginaire avec Jean-Paul Sartre
par Charactorium · Jean-Paul Sartre (1905 — 1980) · Lettres · Philosophie · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux élèves de cinquième poussent la porte d'un vieux café de Saint-Germain-des-Prés. Dans la fumée et le tintement des tasses, un homme à grosses lunettes et à la pipe les attend. C'est Jean-Paul Sartre, et il a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—C'était comment, votre journée quand vous écriviez ?
Tu sais, mon bureau à moi n'avait pas de murs : c'était le Café de Flore, ici à Saint-Germain. J'arrivais le matin, je prenais toujours la même table, et je sortais mes cahiers d'écolier. J'écrivais tout à la main, page après page, parfois jusqu'au soir. Ma pipe à la bouche, un café très fort à côté. Imagine une grande salle pleine de fumée, de voix, de gens qui discutent — et moi, au milieu, qui noircis mes pages. Je te l'avoue : je buvais trop de café et je prenais des cachets pour tenir le rythme. C'était une mauvaise habitude. Mais j'aimais ce vacarme : il me tenait éveillé et vivant.
—Pourquoi vous aviez toujours une pipe sur les photos ?
Ah, ma pipe ! Elle ne me quittait jamais, c'est vrai. Quand je cherchais une idée, je la rallumais, je tirais une bouffée, et ça m'aidait à réfléchir. Avec mes grosses lunettes d'écaille — j'étais très myope, presque borgne d'un œil — j'avais une drôle de tête, je le sais bien. Mais vois-tu, je me moquais de mon apparence. Mes habits étaient sombres, jamais soignés. Je pensais qu'un homme ne vaut pas par sa cravate, mais par ce qu'il fait. La pipe, le café, les cahiers : voilà mes vrais outils. Le reste, je le laissais aux gens pressés de paraître.
—Vous aviez peur quand les Allemands vous ont fait prisonnier ?
En 1940, les Allemands m'ont capturé à Padoux, un petit village. Me voilà prisonnier de guerre, enfermé avec des milliers d'hommes. Peur ? Un peu, oui. Mais surtout, j'avais le temps — un temps immense et vide. Alors j'ai lu. Un philosophe allemand très difficile, Heidegger, que je déchiffrais lentement dans le froid. C'est étrange, mais c'est dans cette prison que ma pensée sur la liberté a grandi. On m'avait pris mon corps, ma maison, presque tout. Et pourtant, dans ma tête, je restais libre de penser. Personne ne pouvait m'enlever ça. J'ai été libéré en 1941, mais cette idée, je l'ai gardée toute ma vie.
—Comment vous avez fait pour parler de liberté sous les nazis ?
C'était risqué, tu sais. En 1943, en pleine Occupation, j'ai écrit une pièce de théâtre, Les Mouches. Je racontais une vieille histoire grecque, celle d'Oreste, qui se révolte contre un tyran. Mais derrière ce déguisement, je parlais de nous, les Français écrasés par l'occupant. Le public parisien comprenait le message caché : refusez d'obéir, restez libres. Et le plus drôle ? Les censeurs allemands n'ont rien vu ! Ils ont laissé jouer la pièce. Imagine : crier la résistance tout haut, dans un théâtre, sous le nez de l'ennemi, en se cachant derrière un mythe vieux de deux mille ans.
Le théâtre peut être une arme silencieuse.
—C'est qui, la personne la plus importante de votre vie ?
Sans hésiter : Simone de Beauvoir. Nous nous sommes rencontrés en 1929, jeunes étudiants en philosophie, le jour de notre grand examen. Elle était brillante, peut-être plus que moi. Très vite, nous avons fait un pacte, une promesse un peu folle : tout se dire, ne jamais se mentir, rester libres tous les deux. Nous ne nous sommes jamais mariés, et pourtant nous avons marché côte à côte pendant cinquante ans. Elle lisait tout ce que j'écrivais et me disait quand c'était mauvais. C'était ma partenaire de pensée, ma plus grande amie. Aujourd'hui, nous reposons ensemble au cimetière du Montparnasse. Même la mort ne nous a pas séparés.

—Vous faisiez quoi pour vous amuser, le soir ?
Oh, j'aimais beaucoup les soirées ! Après une journée d'écriture, je retrouvais des amis dans les caves de Saint-Germain-des-Prés. On y écoutait du jazz, cette musique vivante venue d'Amérique. Simone était souvent là, et nous discutions des heures, de tout et de rien, des livres et du monde. Il y avait aussi des premières de théâtre, des dîners qui finissaient très tard. Je travaillais beaucoup, c'est vrai, mais je n'étais pas un ermite enfermé. La vie, les amis, les idées qui fusent dans la fumée d'une cave — c'était ça, mon vrai bonheur. Penser, pour moi, ce n'était jamais être seul.
—C'est vrai que vous avez vu des crabes vous suivre ?
Ah, tu connais cette histoire ! Oui, c'est vrai, et c'est un peu effrayant. En 1935, un ami médecin m'a fait essayer un produit, la mescaline, pour une expérience. Pendant des mois ensuite, j'ai cru voir des crabes et des poulpes me suivre partout, dans la rue, derrière moi. Ce n'était pas réel, bien sûr — c'était mon cerveau qui me jouait des tours. Mais cette sensation d'angoisse, ce dégoût étrange du monde, je l'ai mise dans mon premier roman, La Nausée. Mon héros, Roquentin, sent que les choses sont là, trop présentes, sans raison. Parfois, vois-tu, même une peur peut devenir un livre.
—Ça veut dire quoi, que l'homme est libre ?
C'est le cœur de tout ce que j'ai pensé. Écoute bien. Un couteau, avant d'exister, quelqu'un l'a imaginé pour couper : son but vient avant lui. L'homme, c'est l'inverse : il naît d'abord, et seulement après il décide qui il sera. Je disais : « l'existence précède l'essence ». Cela veut dire que tu n'es pas obligé d'être ce qu'on attend de toi. Tu te construis par tes choix, chaque jour. C'est magnifique, mais c'est lourd aussi. J'avais une autre formule : « l'homme est condamné à être libre ». Condamné, parce que tu ne peux pas te cacher derrière des excuses. Ce que tu fais de ta vie dépend de toi.
Tu n'es pas obligé d'être ce qu'on attend de toi.
—Pourquoi vous avez dit non au prix Nobel ?
En 1964, on m'a offert le prix Nobel de littérature, le plus grand honneur pour un écrivain. Et j'ai dit non. Le premier à le refuser volontairement ! Les gens m'ont pris pour un fou. Mais voici ma raison : j'avais peur de devenir une statue, ce qu'on appelle une « institution ». J'ai écrit à l'Académie que « l'écrivain doit refuser de se laisser transformer en institution ». Tu comprends ? Si j'acceptais cette médaille, on m'aurait respecté comme un monument, et je n'aurais plus pu critiquer librement, ni déranger. Or je voulais rester un homme vivant. La même année, je publiais Les Mots, le récit de mon enfance.
Je voulais rester un homme libre, pas un trophée dans une vitrine.
—Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Quelle belle question. Je ne veux pas qu'on me garde en mémoire comme un grand homme dans un livre poussiéreux. Non. J'aimerais que tu retiennes une seule idée : tu es libre, donc tu es responsable. Personne ne décide ta vie à ta place — ni tes parents, ni ton époque, ni le hasard de ta naissance. C'est effrayant, je sais. Mais c'est aussi la plus belle nouvelle du monde. Quand je suis mort, en 1980, plus de cinquante mille personnes ont marché derrière moi dans les rues de Paris. Ce n'était pas pour ma médaille — je l'avais refusée. C'était, je crois, pour cette idée de liberté. Garde-la précieusement, et fais-en quelque chose.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean-Paul Sartre. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



