Interview imaginaire avec John von Neumann
par Charactorium · John von Neumann (1903 — 1957) · Sciences · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs en classe découverte poussent la porte d'un grand bureau de Princeton. Un monsieur en costume sombre les accueille avec un sourire chaleureux. Il s'appelle John von Neumann, et il a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—On dit que vous reteniez tout par cœur. C'est vrai, ça ?
Ah, tu sais, c'est un drôle de don, mon enfant. Petit, à Budapest, je lisais une page une seule fois et elle restait gravée là, dans ma tête. Imagine un livre entier rangé dans un tiroir que tu peux rouvrir des années plus tard. Un jour, pour amuser mes amis, j'ai récité de mémoire la première page d'un roman de Dickens, Le Conte de deux cités. Je l'avais lue une seule fois ! Je pouvais même réciter des pages de l'annuaire téléphonique. Mais attention : avoir une bonne mémoire, ce n'est pas être intelligent. C'est seulement avoir un grand tiroir. Le plus important, c'est ce qu'on décide d'en faire.
Une bonne mémoire, c'est seulement un grand tiroir bien rangé.
—C'était comment, chez vous ? Vous faisiez des fêtes ?
Oh oui, j'adorais ça ! Ma grande maison de Princeton était toujours pleine de monde. Imagine des salles éclairées, de la musique à fond, des rires partout. J'invitais des savants très sérieux et des gens importants, et tout le monde discutait jusqu'à tard. Le plus amusant ? Je pouvais réfléchir à un problème de mathématiques au milieu de ce vacarme, la radio hurlant à côté de moi. Ma femme Klára en riait toujours. J'aimais aussi les belles voitures et les romans policiers. Tu sais, on peut être un savant et aimer rire, danser et bien manger. Les deux ne se disputent pas.
On peut être un savant et aimer rire, danser et bien manger.
—C'est vrai que vous avez inventé comment marchent les ordinateurs ?
Disons que j'ai aidé à en dessiner le plan, mon enfant. En 1945, j'ai écrit un rapport qu'on appelle le First Draft of a Report on the EDVAC. J'y expliquais une idée toute simple mais puissante. Avant, pour changer le travail d'une machine, il fallait la démonter et rebrancher des fils pendant des jours. Moi, j'ai proposé de ranger les instructions dans la mémoire de la machine, juste à côté des nombres. Imagine une cuisine où la recette et les ingrédients sont dans le même placard. Du coup, on peut changer de recette sans casser la cuisine ! On appelle ça le programme enregistré. C'est encore comme ça que les machines fonctionnent aujourd'hui.
On range la recette à côté des ingrédients : alors on peut tout changer sans rien casser.
—Mais une machine, comment ça peut comprendre ce qu'on lui dit ?
Bonne question ! Une machine ne comprend pas comme toi et moi. Elle obéit, c'est tout. Dans mon rapport, je l'ai dit avec mes mots : une machine à calculer est un appareil qui exécute des instructions pour faire des opérations sur des nombres. Mais ces instructions, il faut les lui donner dans une forme qu'elle sait lire. À mon époque, on perçait des trous dans des cartes en carton — les cartes perforées. Chaque trou, ou chaque absence de trou, c'était une petite décision : oui ou non. Imagine que tu parles à quelqu'un qui ne connaît que deux mots. Avec patience, en alignant assez de oui et de non, tu peux quand même lui faire faire des merveilles.
La machine ne comprend pas : elle obéit, avec une patience infinie.
—Vous compariez vraiment le cerveau humain à une machine ?
Oui, et c'est la dernière chose qui m'a passionné, mon enfant. Vers la fin, j'ai commencé un livre, The Computer and the Brain. Je n'ai pas pu le finir. Je me posais une question vertigineuse : et si ta tête, là, fonctionnait un peu comme mes machines ? Ton cerveau envoie de minuscules signaux entre ses cellules, comme des petits messages électriques. Mes machines, elles, font pareil avec leurs tubes à vide. Mais attention : le cerveau est mille fois plus malin et plus économe. Je voulais juste comprendre ce qui les rapproche et ce qui les sépare. C'était comme tenir deux horloges côte à côte pour écouter laquelle bat le mieux.
Et si ta tête, là, fonctionnait un peu comme mes machines ?

—Vous avez vraiment travaillé sur la bombe atomique ? Ça vous faisait quoi ?
Oui, et c'est une partie lourde de ma vie, mon enfant. Pendant la guerre, je suis allé dans un laboratoire secret au milieu du désert, à Los Alamos. On voulait fabriquer une arme terrible. Le problème était mathématique : comment écraser une bille de métal sur elle-même, parfaitement, de tous les côtés à la fois ? On appelle ça l'implosion. J'ai trouvé les calculs qui rendaient ça possible. Tu sais, je voyageais à travers tout le pays pour ce travail. Je ne te cacherai pas une chose : aider à créer une telle force, ça ne laisse jamais le cœur tout à fait tranquille.
Aider à créer une telle force, ça ne laisse jamais le cœur tout à fait tranquille.
—On m'a dit que vous étiez toujours en costume, même dans le désert ?
Ha ! C'est tout à fait vrai. Là-bas, à Los Alamos, mes collègues portaient des chemises froissées et de vieux pantalons. Et moi ? J'arrivais en costume trois pièces sombre, chemise blanche, cravate, impeccable, même sous le soleil du Nouveau-Mexique. Je crois que ça les amusait beaucoup. Pendant les longs trajets en voiture, je résolvais des calculs de trajectoires dans ma tête, sans papier. Mes estimations à la main rivalisaient parfois avec les grosses machines à calculer ! Tu vois, on m'a élevé dans une famille soignée de Budapest, et je n'ai jamais quitté cette élégance. C'était ma façon à moi de rester moi-même, même dans un endroit aussi étrange.
Je calculais des trajectoires d'obus dans ma tête, en costume trois pièces, au milieu du désert.
—C'est quoi, la théorie des jeux ? On peut y jouer pour de vrai ?
Pas avec des dés, mon enfant, mais l'idée vient bien des jeux ! En 1944, avec mon ami Oskar Morgenstern, j'ai écrit un gros livre là-dessus. Nous voulions trouver les règles mathématiques de ce qu'on appelle se comporter intelligemment. Imagine deux joueurs d'échecs : chacun essaie de deviner ce que l'autre va faire pour gagner. J'ai cherché la meilleure stratégie quand on ne peut pas tout perdre d'un coup. On l'appelle le minimax : choisir le coup qui limite le pire qui puisse t'arriver. Ce n'est pas seulement pour les jeux. Ça sert aussi quand des pays se font face et doivent décider sans se faire confiance.
Le bon joueur ne cherche pas à tout gagner : il évite d'abord le pire.
—Et ces idées de jeux, ça servait vraiment aux vrais gouvernements ?
Oui, et c'est là que ça devient grave, mon enfant. Après la guerre, deux camps immenses se méfiaient l'un de l'autre et possédaient des armes terribles. On m'a demandé conseil. Mes idées de stratégie ont nourri ce qu'on appelle la dissuasion : l'idée que personne n'ose attaquer, parce que la riposte serait trop effrayante pour les deux. Imagine deux enfants qui se font face, chacun tenant une pierre, et qui n'osent pas lancer la première de peur de recevoir la seconde. C'est un équilibre fragile et un peu glaçant. J'aurais préféré que mes mathématiques ne servent qu'à des jeux d'échecs. Mais le monde en avait décidé autrement.
Deux enfants face à face, chacun sa pierre, n'osant pas lancer la première.
—À la fin, vous avez été malade. C'était à cause de votre travail ?
Sans doute, mon enfant. En 1955, les médecins ont trouvé un cancer dans mes os. On pense qu'il venait de mon exposition aux radiations, là-bas, près des essais. Mais j'ai continué à travailler jusqu'au bout, avec mes papiers autour de moi. Une chose étrange : l'armée avait posté des gardes devant ma chambre d'hôpital. Ils avaient peur qu'affaibli, je laisse échapper des secrets ! C'est dans ces derniers mois que j'écrivais ce livre sur le cerveau et la machine. Je ne l'ai jamais fini. Tu sais, une idée qu'on n'a pas le temps de terminer, ce n'est pas un échec. C'est une porte qu'on laisse ouverte pour ceux qui viennent après.
Une idée inachevée, c'est une porte qu'on laisse ouverte pour ceux qui viennent après.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de John von Neumann. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


