Interview imaginaire

Interview imaginaire avec John von Neumann

par Charactorium · John von Neumann (1903 — 1957) · Sciences · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Princeton, hiver 1955. Dans le grand salon de Westcott Road, la radio joue trop fort et un roman policier traîne ouvert sur l'accoudoir. John von Neumann, costume trois pièces impeccable malgré l'heure tardive, nous reçoit avec un sourire d'hôte qui aime la conversation autant que les équations. Il sait déjà, en ce soir-là, que la maladie le rattrape — mais son esprit, lui, court encore plus vite que ses mots.

On raconte que vous récitiez l'annuaire téléphonique de Budapest de mémoire. D'où vient cette mémoire si peu commune ?

Je suis né à Budapest en 1903, dans une famille où l'on tenait l'esprit pour un capital aussi sérieux que la banque de mon père. Très tôt, j'ai découvert que les pages se gravaient en moi sans effort, colonnes de noms et de numéros comprises — un jeu de salon, rien de plus, dont mes amis raffolaient. On me tendait un livre, et je rendais la page. Un jour, on m'a soumis la première page du Conte de deux cités de Dickens : je l'ai lue une fois, puis je l'ai restituée mot pour mot. Comprenez-moi : ce n'est pas un don mystique, c'est un mécanisme, et rien ne me fascine davantage qu'un mécanisme qui retient. Cette même machinerie me servait plus tard à tenir des trajectoires d'obus entières dans la tête, en voiture, entre deux laboratoires.

Ce n'est pas un don mystique, c'est un mécanisme — et rien ne me fascine davantage qu'un mécanisme qui retient.

Comment en êtes-vous venu à travailler sur l'implosion, à Los Alamos ?

On m'a appelé parce que je savais faire parler les explosions. Le problème de la bombe au plutonium était cruel : il fallait comprimer la matière par une onde de choc parfaitement symétrique, une implosion, et le moindre défaut ruinait tout. À Los Alamos, entre 1943 et 1945, j'ai passé mes journées à dompter ces équations d'hydrodynamique que personne ne savait résoudre à la main. Nous alignions des calculatrices mécaniques Marchant, des équipes entières tournant les manivelles en parallèle comme un orchestre de chiffres, et moi je vérifiais à la règle à calcul ce que les machines mettaient des heures à confirmer. C'est ce travail qui rendit techniquement possible Fat Man, larguée sur Nagasaki. Je ne m'en cache pas ; je ne m'en glorifie pas non plus.

Nous alignions les calculatrices Marchant, des équipes entières tournant les manivelles comme un orchestre de chiffres.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d'avoir mis votre génie au service de l'arme atomique ?

Je leur réponds que le mathématicien ne choisit pas le siècle où il naît. J'ai vu Hitler arriver au pouvoir en 1933, j'ai quitté l'Europe en pressentant ce qu'elle allait devenir, et je n'avais aucune illusion sur la nature du danger. Quand l'URSS fit exploser sa propre bombe en 1949, ceux qui parlaient encore de désarmement me semblaient des enfants jouant au bord d'un précipice. Je crois qu'un savant doit regarder la réalité en face, fût-elle terrible : les nombres que je calculais à Los Alamos n'étaient pas plus moraux ni plus immoraux que les nombres eux-mêmes. La responsabilité est dans la main qui décide, jamais dans l'équation. Mais je ne dors pas toujours bien, si c'est votre question.

Les nombres que je calculais n'étaient pas plus moraux ni plus immoraux que les nombres eux-mêmes.

Parlons de ce fameux rapport de 1945. Pourquoi a-t-il déclenché une telle brouille ?

En juin 1945, j'ai rédigé un texte que j'avais intitulé sobrement First Draft of a Report on the EDVAC. J'y posais ce que j'estimais évident : « An automatic computing system is a (usually highly composite) device, which can carry out instructions to perform arithmetic and logical operations on numbers. » L'idée centrale, le programme enregistré, consistait à loger les instructions dans la même mémoire que les données — une machine qui se reprogramme sans qu'on touche un seul fil. Le malheur, c'est que ce brouillon circula sans mon accord, mon nom seul en tête. Eckert et Mauchly, qui avaient bâti l'ENIAC de leurs mains, virent l'architecture baptisée à mon nom. Je comprends leur amertume ; un brouillon n'a jamais demandé la permission de devenir célèbre.

Un brouillon n'a jamais demandé la permission de devenir célèbre.

Qu'est-ce qui, dans cette idée de machine reprogrammable, vous semblait si fondamental ?

Songez à ce qu'était l'ENIAC : pour lui faire changer de tâche, il fallait débrancher et rebrancher des câbles pendant des jours, comme on réorganise les tuyaux d'un orgue. Absurde. Ma conviction, que j'écrivais alors à Norbert Wiener, est que la structure logique d'un automate est plus fondamentale que sa réalisation physique — le raisonnement avant le cuivre. Si la machine peut tenir ses propres instructions en mémoire, au même rang que ses nombres, alors elle cesse d'être un outil figé pour devenir un organe universel, capable d'incarner n'importe quel calcul qu'on lui dicte. C'est cela que j'ai voulu graver dans le rapport sur l'EDVAC : non pas une bonne machine, mais le plan de toutes les machines à venir. Le reste n'est qu'ingénierie.

Non pas une bonne machine, mais le plan de toutes les machines à venir.
John von Neumann by István Borsos, 2019 Erdőkertes
John von Neumann by István Borsos, 2019 ErdőkertesWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Globetrotter19

Votre Théorie des jeux est née bien avant la bombe. Comment l'avez-vous conçue ?

Avec l'économiste Oskar Morgenstern, j'ai publié en 1944 ce Theory of Games and Economic Behavior que nous voulions aussi rigoureux qu'un traité de géométrie. Notre ambition tenait en une phrase : « We wish to find the mathematically complete principles which define 'rational behavior' for the participants in a social economy. » Au cœur de l'édifice, il y a le minimax : dans un jeu à somme nulle, la stratégie sage est celle qui minimise votre perte maximale, en supposant l'adversaire aussi habile que vous. Cela paraît froid, et ça l'est. Mais regardez le monde : deux puissances qui se surveillent ne font rien d'autre que jouer ce jeu, chacune calculant le pire que l'autre peut lui infliger. La mathématique, là, ne décrit pas un divertissement — elle décrit la peur raisonnée.

Deux puissances qui se surveillent ne jouent rien d'autre que ce jeu : chacune calcule le pire que l'autre peut lui infliger.

Comment passe-t-on de ces théorèmes au rôle de conseiller du gouvernement sur la stratégie nucléaire ?

On y passe parce que les mêmes équations gouvernent les deux. Dès 1947, la Guerre froide ouvrait un jeu d'un genre nouveau, où l'on ne gagnait pas mais où l'on évitait de perdre, et la dissuasion nucléaire n'est rien d'autre qu'un minimax à l'échelle des nations. En 1954, on m'a nommé à la Commission de l'énergie atomique, et je me suis retrouvé à porter mes craies de Princeton dans les couloirs de Washington. Je voyageais sans cesse, l'avion, le train, le tableau noir d'un comité après l'autre. Mon rôle n'était pas d'aimer la bombe — c'était de penser l'impensable froidement, parce que ceux qui refusent de calculer la catastrophe finissent par la subir. Un théoricien des jeux ne ferme jamais les yeux sur la table.

Penser l'impensable froidement, parce que ceux qui refusent de calculer la catastrophe finissent par la subir.

On vous décrit en dandy, recevant prix Nobel et hommes politiques dans votre maison de Princeton. Cette mondanité, c'était un refuge ?

Disons que je n'ai jamais cru que l'austérité fût une preuve de sérieux. À l'Institute for Advanced Study, mes collègues cultivaient l'allure du moine ; moi je gardais mon costume trois pièces même dans le désert du Nouveau-Mexique, et ma femme Klára savait que je pouvais démontrer un théorème avec la radio à plein volume et vingt convives qui riaient autour. Notre maison de Westcott Road était un lieu de fêtes — j'y mêlais des physiciens, des ministres, et des romans policiers que je dévorais entre deux conversations. J'aime le bruit, j'aime le mouvement, j'aime conduire ma Cadillac beaucoup trop vite. La pensée n'a pas besoin de silence ; elle a besoin de vie autour d'elle. Le recueillement, je le laisse aux autres.

La pensée n'a pas besoin de silence ; elle a besoin de vie autour d'elle.

Vous semblez vivre à grande vitesse. Cette élégance et cette mondanité disent-elles quelque chose de votre Hongrie natale ?

Tout, sans doute. J'ai grandi dans une Budapest où l'on tenait à la fois la table ouverte et l'esprit vif, où un banquier cultivé citait les classiques entre deux affaires. Ce goût du confort bourgeois, des plats riches d'Europe centrale, des réceptions où l'on parle haut, je l'ai emporté avec moi à travers l'Atlantique comme on emporte une langue maternelle. Mes journées commencent par les journaux, l'œil rivé sur la politique du monde ; elles finissent souvent par un dîner que je veux généreux. Certains y voient de la frivolité. J'y vois la continuité d'un monde englouti — celui d'avant 1914, d'avant l'effondrement de l'Empire — que je reconstitue, à ma manière, dans un salon du New Jersey. On garde l'élégance qu'on peut.

Je reconstitue, dans un salon du New Jersey, la continuité d'un monde englouti.

Vous travaillez aujourd'hui sur les liens entre le cerveau et la machine. Qu'espérez-vous y trouver ?

C'est le sujet auquel je consacre mes dernières forces, et que je crains de laisser inachevé. Toute ma vie, j'ai côtoyé deux sortes d'automates : ceux que nous bâtissons en cuivre et en tubes à vide, et celui, prodigieux, que chacun porte sous son crâne. Je voudrais comprendre dans quelle langue tous deux calculent. Le système nerveux, je le soupçonne, mêle deux modes de communication — l'un qui se moque de la valeur exacte d'un nombre, l'autre qui en dépend tout entier — là où la machine numérique, elle, ne connaît que le second. Ma propre mémoire d'enfant, qui récitait des pages entières, n'était peut-être qu'un indice de ce que nous sommes : des machines à enregistrer le programme, qui s'ignorent. J'aurais aimé avoir le temps de l'écrire jusqu'au bout.

Nous sommes des machines à enregistrer le programme, qui s'ignorent.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de John von Neumann. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.