Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Joséphine Baker

par Charactorium · Joséphine Baker (1906 — 1975) · Spectacle · Société · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le salon de l'appartement de Joséphine Baker au XVIe arrondissement que Martin Luther King la retrouve en ce décembre 1964, alors qu'il fait escale à Paris en route vers Oslo pour y recevoir le prix Nobel de la paix. Seize mois plus tôt, ils se tenaient côte à côte sur l'estrade de la Marche sur Washington. La lumière d'hiver entre à peine par les rideaux de velours bordeaux, et quelque part dans la pièce, un perroquet lance une note solitaire entre deux silences. King est venu avec des questions qui sont autant les siennes que celles de l'Histoire qu'ils sont en train d'écrire ensemble.

Vous aviez onze ans lors des émeutes raciales de Saint-Louis, en 1917. Ce jour-là, avez-vous senti que l'Amérique vous refusait quelque chose d'irréparable ?

Martin, personne qui n'a pas vu ces flammes ne peut vraiment comprendre ce qu'elles plantent dans le ventre d'un enfant. Des maisons qui brûlaient, des gens qui couraient, et personne pour nous protéger — nous, les Noirs de Saint-Louis. J'avais onze ans et j'ai compris quelque chose que je n'ai jamais pu désapprendre : que ma vie, dans ce pays, ne valait pas grand-chose aux yeux de la loi. Mais je ne suis pas partie par lâcheté. Je suis partie parce que Paris, en 1925, m'a offert ce que l'Amérique me refusait : être jugée sur mon talent, pas sur ma couleur. Je suis arrivée avec quarante francs dans ma poche, mais j'avais quelque chose que l'argent ne peut pas acheter — la volonté de prouver que ma peau n'était pas un obstacle. Paris m'a dit oui. Ça, ça ne s'oublie pas.

La naturalisation française en 1937 — pour ceux qui restaient en Amérique et se battaient, ça ressemblait peut-être à un abandon, Joséphine ?

Je comprends cette lecture, et toi mieux que quiconque tu sais ce que c'est de rester quand partir serait tellement plus simple. Mais ma naturalisation n'était pas une fuite — c'était une déclaration. La France m'avait donné ce que l'Amérique me refusait par loi : la dignité d'être un être humain à part entière. Prendre sa nationalité, c'était dire — cette liberté, je la revendique, je l'inscris dans les papiers. Et puis, Martin, je ne suis jamais vraiment partie du combat américain : j'ai combattu depuis Paris, depuis le Maroc, depuis les scènes d'Amérique du Sud. L'exil n'a jamais été pour moi un désengagement. C'était une base arrière. La France était le pays où je pouvais respirer, et de là, je pouvais me battre plus fort.

Je me souviens de vous debout sur cette estrade, à Washington, ce 28 août 1963, en uniforme militaire. Qu'est-ce que vous voyiez depuis là-haut ?

Je voyais deux cent cinquante mille visages levés vers nous, Martin, et je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la gamine de Saint-Louis qui, jadis, ne valait rien aux yeux de personne. Ce que je voyais surtout, c'était une Amérique qui souffrait encore de ce dont j'avais fui quarante ans plus tôt. J'avais mis mon uniforme de l'armée française ce matin-là parce que je voulais que tout le monde comprenne : cette femme noire qui se tient là a défendu la liberté les armes à la main. La France me l'avait rendue, cette liberté, et j'étais venue dire à l'Amérique qu'elle en était capable aussi. J'ai dit ce jour-là : quand je rentre en Amérique, je souffre — vous savez tous ce que je veux dire. Mais quand je reviens en France, je respire. Je suis libre. Je suis un être humain à part entière. Je voulais que ces mots portent très loin.

Quand je rentre en Amérique, je souffre. Mais quand je reviens en France, je respire. Je suis libre.

Joséphine, votre lettre au NAACP en 1951 — nous portions la même ligne rouge, vous et moi. Ça vous a coûté des scènes aux États-Unis ?

Elle m'a coûté des dollars et des contrats, oui. Mais elle m'a donné quelque chose de bien plus précieux : le respect de moi-même. J'avais écrit au NAACP que si les Noirs ne pouvaient pas s'asseoir aux mêmes places que les Blancs, je ne montais pas sur scène. Ce n'était pas une négociation — c'était une ligne que je ne franchissais sous aucun prétexte. Et figurez-vous que ça a marché dans plusieurs salles : elles ont capitulé parce qu'elles avaient besoin de moi. J'avais une arme que peu de gens possédaient : une réputation internationale que même la ségrégation ne pouvait pas se permettre d'ignorer. Je me suis servie de ma célébrité comme d'un levier, Martin. Toi qui connais si bien les leviers, tu sais que c'est souvent par là qu'on fait bouger les choses.

Comment une star internationale en tournée décide-t-elle de devenir agent du Deuxième Bureau en 1940 ?

La réponse est simple, même si elle n'a pas l'air de l'être : la France m'avait tout donné. La scène, la liberté, la dignité, la nationalité. Quand elle a été envahie, je n'ai pas eu à réfléchir longtemps. Le capitaine Abtey me l'a proposé et j'ai dit oui immédiatement. J'avais une couverture parfaite : une artiste internationale, invitée partout, que les Allemands eux-mêmes voulaient voir en spectacle. Qui irait fouiller dans les valises de Joséphine Baker ? Alors je voyageais — au Maroc, au Portugal, en Espagne — et je rapportais ce que mes oreilles et mes yeux avaient recueilli au péril de ma vie. Pour la France qui m'avait adoptée, j'aurais fait bien davantage. Ce n'était pas du courage exceptionnel, Martin. C'était de la gratitude. Une gratitude armée.

Remise de tableaux de Joséphine Baker à la LICRA au Sénat par Jean-Loup Othenin-Girard
Remise de tableaux de Joséphine Baker à la LICRA au Sénat par Jean-Loup Othenin-GirardWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jean-Loup Othenin-Girard

Les renseignements cachés à l'encre invisible dans vos partitions — traversiez-vous les frontières ennemies avec la peur au ventre ?

La peur, je la connaissais depuis l'enfance — les émeutes de Saint-Louis m'avaient appris à vivre avec elle. Mais devant les douaniers allemands ou italiens, je faisais ce que j'avais toujours fait sur scène : je jouais un rôle. La star internationale, insouciante, charmante, qui rit un peu trop fort. Mes partitions musicales avaient l'air de ce qu'elles étaient — des feuilles couvertes de notes. Personne ne savait que ces notes coexistaient avec des informations militaires écrites à l'encre invisible. La scène m'avait appris à ne jamais laisser paraître ce que je ressentais vraiment. C'est le même talent, au fond — que ce soit pour faire rire deux mille spectateurs ou pour traverser un checkpoint sans ciller.

La scène m'avait appris à ne jamais laisser paraître ce que je ressentais vraiment. C'est le même talent.

Douze enfants de douze nations différentes aux Milandes — c'est une famille, Joséphine, ou un manifeste politique ?

Les deux sont inséparables pour moi. Quand j'ai adopté mes douze enfants, issus de pays et de religions différents — d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique, d'Europe du Nord — je voulais prouver quelque chose que les discours seuls ne peuvent pas prouver : que des enfants de toutes les couleurs, de toutes les religions, peuvent grandir ensemble, se respecter, s'aimer. Ma Tribu Arc-en-ciel, j'y crois comme toi tu crois à ton rêve. Pas comme une utopie abstraite — comme une chose vivante, concrète, qui mange à ma table chaque soir. Ces enfants sont ma réponse à Saint-Louis en 1917. Ils sont ma réponse à la ségrégation, à la haine, à tous ceux qui disent que les différences sont insurmontables. Mes enfants vivent la preuve que non.

Remise de tableaux de Joséphine Baker à Laurent Kupferman au Sénat par Jean-Loup Othenin-Girard
Remise de tableaux de Joséphine Baker à Laurent Kupferman au Sénat par Jean-Loup Othenin-GirardWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jean-Loup Othenin-Girard

Le Château des Milandes, les enfants, le village du monde — tout cela est immense à porter seule. Comment tenez-vous ?

Je ne tiens pas toujours très bien, si je suis honnête avec toi. Les dettes s'accumulent, les travaux ne s'arrêtent jamais, et certains matins je me demande si j'ai eu raison de vouloir si grand. Mais alors je regarde mes enfants courir dans les jardins des Milandes — ils ne se demandent pas quelle couleur a l'autre, ils jouent, ils rient, ils grandissent ensemble — et je sais que je recommencerais. La fraternité universelle, ça ne se proclame pas depuis une tribune : ça se construit pierre par pierre, enfant par enfant. Moi, j'ai choisi le château. C'est peut-être démesuré. Mais si on ne rêve pas trop grand, Martin, on ne fait jamais que réparer à la marge ce qui est cassé au fond.

La ceinture de bananes aux Folies Bergère en 1926 — le Paris des Années folles vous regardait-il comme une artiste ou comme une curiosité exotique ?

Les deux, et j'en étais parfaitement consciente. Ce Paris voulait de l'exotisme, de l'étrange, de la sauvagerie fantasmée. Il voulait voir en moi ce que ses préjugés lui avaient promis. Alors j'ai décidé de lui donner — mais à mes conditions. Cette ceinture de bananes, c'est moi qui l'ai choisie, moi qui en ai fait un costume de scène, pas une humiliation subie. J'ai pris le regard colonial et je l'ai retourné comme un gant : c'est Paris qui regardait, mais c'est moi qui décidais ce qu'il voyait. Paul Colin faisait de moi une icône sur ses affiches, les intellectuels débattaient, le tout-Paris se bousculait — pendant ce temps-là, j'étais la femme la plus photographiée du monde. Qui avait le pouvoir, vraiment ?

J'ai pris le regard colonial et je l'ai retourné comme un gant : c'est moi qui décidais ce qu'il voyait.

Dans Princesse Tam-Tam, vous jouez une jeune Africaine transformée en star parisienne. Étiez-vous consciente en tournant d'interroger les préjugés coloniaux ?

Absolument — et je savais que la plupart des spectateurs ne s'en rendraient pas compte, ce qui rendait la chose encore plus délicieuse. Ce film se moque de l'Europe avec le sourire : il montre que la transformation est factice, que le vernis parisien ne change pas la femme qu'elle est, que c'est l'Européen avec ses fantasmes qui est ridicule, pas la femme qu'il croit éduquer. J'avais appris à Paris très tôt à jouer sur deux tableaux à la fois : donner aux uns ce qu'ils croyaient vouloir, et glisser aux autres un message qu'ils comprenaient seuls. C'est une forme de résistance, Martin — pas si différente de la tienne, au fond. Toi tu uses les tribunaux ; moi j'use les scènes. Les moyens diffèrent, l'adversaire est le même.

Voir la fiche complète de Joséphine Baker

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Joséphine Baker. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.