Interview imaginaire avec Louis XVI
par Charactorium · Louis XVI (1754 — 1793) · Politique · 5 min de lecture
C'est dans la pénombre humide de la tour du Temple, en cet hiver de décembre 1792, que Marie-Antoinette retrouve un instant celui qu'on appelle désormais Louis Capet. Une chandelle vacille sur la table où s'entassent ses livres de prières et quelques cartes de géographie. Ils sont mari et femme depuis 1770, depuis ce mariage d'Autriche qu'on leur a arrangé enfants, et elle vient ce soir non pour la reine, mais pour l'épouse : interroger l'homme derrière la couronne, avant que la Convention ne tranche son sort.
—Mon ami, te souviens-tu de ton atelier, là-haut à Versailles ? Quand tu disparaissais des heures avec ce Gamain, je ne savais jamais si je devais rire ou m'inquiéter.
Tu pouvais rire, je crois. Tu sais combien je me sentais maladroit dans les salons que tu animais, parmi les jeux et les soupers qui se prolongeaient jusqu'à l'aube. Mais devant un établi, une serrure démontée entre les mains, je redevenais simplement un homme qui travaille. Gamain m'apprenait la trempe du fer, l'ajustage d'un mécanisme — des choses qui obéissent à des règles claires, contrairement aux affaires du royaume. Mes courtisans y voyaient l'indignité d'un roi-artisan, je le sais. Toi seule, peut-être, comprenais que ces heures de limaille étaient ce que j'avais de plus libre. La couronne, on me l'a posée sur la tête ; cet atelier, je l'avais choisi.
La couronne, on me l'a posée sur la tête ; cet atelier, je l'avais choisi.
—Au début de ton règne, en 1774, tu m'avais surprise en acceptant l'inoculation. Beaucoup à la cour t'en suppliaient de renoncer. Pourquoi avoir bravé pareille peur ?
Parce que mon grand-père Louis XV venait de mourir de la variole, et que je ne pouvais demander à mon peuple une confiance que je refusais de montrer moi-même. Les médecins se déchiraient, l'opinion criait à l'imprudence. J'ai tendu le bras. C'était, je l'avoue, une idée des philosophes que j'aurais dû combattre selon mes conseillers, et que j'ai pourtant faite mienne. Plus tard, l'Édit de Versailles rendant l'état civil aux protestants procédait du même esprit : un roi peut être de tradition et vouloir le bien réel de ses sujets. On ne retiendra de moi que l'indécision, j'en ai peur. On oubliera que j'ai voulu, à ma manière lente, réformer ce qui pouvait l'être.
Je ne pouvais demander à mon peuple une confiance que je refusais de montrer moi-même.
—Tu passais des soirées entières penché sur les cartes de ce marin, La Pérouse. Qu'allais-tu chercher si loin, toi qui sortais si peu de tes terres de chasse ?
Le monde, Antoinette, le monde tout entier. J'ai préparé son expédition de mes propres mains, tracé une partie de sa route, choisi les savants qui l'accompagnaient. Pendant que les ministres me parlaient de déficits, je rêvais d'îles inconnues, de côtes que nul Français n'avait relevées. La géographie et l'astronomie me reposaient comme la serrurerie : un ordre du monde plus vaste que les querelles de Versailles. Si tu savais combien il m'arrive encore, dans cette chambre, de me demander où ses vaisseaux ont bien pu se perdre. On me croira frivole d'y songer en pareil moment. Mais cet homme parti pour la science, lui, n'a trahi personne.
Pendant qu'on me parlait de déficits, je rêvais d'îles que nul Français n'avait relevées.
—On a tant moqué cette ligne de ton journal, ce « Rien » écrit le jour de la Bastille. Étais-tu donc si aveugle à ce qui montait dans Paris ?
Ce mot ne disait que ma chasse manquée, tu le sais. Je tenais ce registre depuis l'enfance, et « rien » signifiait que je n'avais pas tiré une bête ce jour-là. On en a fait la preuve de mon indifférence ; c'était seulement l'habitude d'un homme méthodique. Mais je ne me défendrai pas tout entier : oui, je n'ai pas mesuré la marée. J'avais convoqué les États généraux pour sauver les finances, croyant rassembler mes ordres comme jadis ; j'ai ouvert sans le vouloir une porte que nul n'a pu refermer. Le renvoi de Necker, deux jours plus tôt, fut une étincelle de plus. J'ai cru gouverner des sujets ; je découvrais une nation.
J'ai cru gouverner des sujets ; je découvrais une nation.
—Cette nuit d'octobre, quand les femmes de Paris sont montées jusqu'à Versailles pour nous arracher à nos appartements — qu'as-tu éprouvé en quittant la demeure de tes pères ?
Le sol se dérobait sous nous, et pourtant je devais paraître calme pour ne pas t'effrayer davantage, ni les enfants. Quitter Versailles, c'était quitter le cadre même de la royauté, ce protocole hérité de Louis XIV où chacun savait sa place. Aux Tuileries, nous n'étions plus chez nous : des hôtes surveillés, presque des otages dans notre propre capitale. J'ai accepté pour éviter le sang. Tu m'as souvent reproché cette douceur, cette répugnance à faire tirer. Mais comment un roi se fait-il craindre de son propre peuple sans cesser d'être leur père ? Je n'ai jamais su résoudre cette énigme. Et chaque concession en appelait une autre, plus grande.
Comment un roi se fait-il craindre de son peuple sans cesser d'être leur père ?

—Cette nuit-là, juin 1791, déguisés en domestiques dans cette lourde berline... Dis-moi vraiment, le crois-tu encore : aurions-nous pu réussir à passer ?
Je me le demande chaque jour, ici. La voiture était trop grande, trop lente, trop belle pour des gens de service — je le vois bien à présent. Nous avions tout misé sur le secret, et c'est un détail qui nous a perdus : mon visage, gravé sur un misérable assignat, qu'un maître de poste nommé Drouet a reconnu à Varennes. Songe à cela : ce papier-monnaie né de la Révolution m'a livré à elle. Je voulais gagner une place forte, négocier en homme libre, non fuir lâchement comme on l'a dit. Mais dès lors que l'on m'a ramené sous escorte, j'ai compris que ma parole ne valait plus rien. Ce jour-là, le roi est mort avant l'homme.
Ce papier né de la Révolution, gravé de mon visage, m'a livré à elle.
—On t'a tant raillé pour ton appétit, ta lenteur, ta réserve dans nos fêtes. Ces moqueries, mon ami — t'ont-elles blessé autant que je le craignais ?
Plus que je ne l'ai jamais montré, Antoinette. Je mangeais de bon cœur quand le peuple avait faim, je le sais, et l'on m'en a fait grief. Je n'avais ni ton aisance ni ton goût pour le spectacle ; je préférais une soirée tranquille en famille à tes soupers brillants, et l'on a pris ma timidité pour de la sottise. Un roi muet dans ses propres salons fait un piètre personnage. Mais je n'étais pas l'homme qu'on a peint. Derrière ma maladresse, il y avait un esprit qui lisait, qui calculait des longitudes, qui pesait le sort d'un protestant. On a préféré la caricature : elle se grave plus vite que la vérité, comme un trait sur une planche de cuivre.
La caricature se grave plus vite que la vérité.

—Quand tu as engagé la France auprès des insurgents d'Amérique, beaucoup t'ont mis en garde contre le coût. Le referais-tu, sachant ce qui a suivi ?
Voilà la plus cruelle des ironies. J'ai aidé un peuple à se donner une république, et cette guerre a creusé un gouffre dans mes finances — ce gouffre même qui m'a contraint d'appeler les États généraux. Lafayette est revenu d'Amérique enivré de liberté, et avec lui mille autres. J'ai abattu un roi d'Angleterre au loin et armé, sans le voir, ceux qui défaisaient le mien chez moi. Le referais-je ? Ma raison d'État disait oui : affaiblir l'Anglais valait bien ce prix. Mais l'histoire a une logique que les rois ne maîtrisent pas. On sème une chose, on en récolte une autre. J'ai voulu la grandeur de la France ; j'ai peut-être hâté la fin de la mienne.
J'ai armé au loin, sans le voir, ceux qui défaisaient ma couronne chez moi.
—Demain tu paraîtras seul devant la Convention, sans moi à tes côtés. Comment trouves-tu la force d'affronter ces hommes qui te nomment « Capet » ?
En me tenant à ce que j'ai toujours cru juste. Je leur dirai que je suis innocent de ce dont on m'accuse, que jamais je n'ai craint que ma conduite fût examinée, que j'ai agi selon les lois autant qu'un roi le pouvait. Ils m'ont ôté l'inviolabilité que la Constitution me garantissait ; ils me jugent donc contre leur propre loi. Je ne plaiderai pas pour ma vie, Antoinette — je sais qu'elle est déjà comptée — mais pour mon honneur, et pour ce que tu liras un jour de ce procès. Ce nom de Capet qu'ils me jettent, comme on déshabille un homme, ne m'atteint pas. On peut me dépouiller du titre ; on ne me dépouille pas de ma conscience.
On peut me dépouiller du titre ; on ne me dépouille pas de ma conscience.
—J'ai vu le prêtre, Edgeworth, monter te visiter. Que veux-tu, mon ami, que je garde de toi quand tout sera consommé ?
Garde l'homme, non le martyr qu'on voudra faire de moi ni le tyran qu'ils ont inventé. J'ai écrit mon testament dans cette chambre : j'y meurs en chrétien, et je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie donné sujet. Dis à mon fils, s'il vit, qu'il ne cherche jamais à venger ma mort. Je ne quitte pas ce monde en haïssant ce peuple ; je l'ai aimé maladroitement, c'est tout. Toi qui as partagé mes silences mieux que personne, souviens-toi du serrurier, du lecteur de cartes, du mari — pas seulement du roi qu'on traîne place de la Révolution. Le reste appartient désormais à d'autres mains que les miennes.
Garde l'homme, non le martyr qu'on voudra faire de moi ni le tyran qu'ils ont inventé.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louis XVI. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


