Interview imaginaire avec Louis XVI
par Charactorium · Louis XVI (1754 — 1793) · Politique · 6 min de lecture
Hiver 1792. Dans la pénombre humide de la tour du Temple, un homme en habit gris reçoit son visiteur près d'une chandelle et d'une pile de livres de géographie. Roi déchu, citoyen sans couronne, il accepte de répondre, la voix posée, comme on inventorie une journée avant la nuit.
—On vous décrit penché sur un établi plutôt que sur un trône. Comment en êtes-vous venu à la serrurerie ?
Il faut comprendre qu'un homme né au château de Versailles n'y est jamais seul une heure. Le lever du roi, ma toilette, mon habillage : tout cela se faisait sous les yeux de cent courtisans, selon un protocole que mon aïeul Louis XIV avait réglé comme une horloge. Alors l'après-midi, je montais dans mon atelier, sous les combles, avec Gamain. Là, le métal ne flatte pas, ne ment pas. Une serrure tient ou ne tient pas. Limer un pêne, ajuster un ressort, sentir le mécanisme s'enclencher : voilà l'unique besogne où mon ouvrage dépendait de mes seules mains, et non de l'humeur d'une assemblée. On a raillé ce goût, on m'a voulu plus artisan que monarque. Je n'ai jamais su pourquoi un roi devrait avoir honte de comprendre comment se ferme une porte.
Le métal ne flatte pas, ne ment pas. Une serrure tient ou ne tient pas.
—Votre règne s'ouvre pourtant sur des gestes audacieux. Pourquoi vous être fait inoculer dès 1774 ?
J'avais dix-neuf ans, mon grand-père Louis XV venait de mourir de la petite vérole, et la Cour tremblait que le mal n'emportât aussi le nouveau roi. L'inoculation passait alors pour une témérité d'esprits forts ; les médecins se querellaient, les dévots y voyaient défier la Providence. J'ai voulu qu'on me la fît. Non par bravade : parce que les hommes éclairés de ce siècle tenaient la chose pour raisonnable, et qu'un prince doit oser ce qu'il recommande à son peuple. Plus tard j'ai accordé l'Édit de tolérance, rendu un état civil aux protestants et aux juifs ; j'ai armé nos vaisseaux pour les insurgents d'Amérique. On me peint en roi arc-bouté contre son temps. Je crois plutôt avoir voulu, sur bien des points, marcher avec lui.
—Vous avez personnellement organisé l'expédition de La Pérouse. Que représentait-elle pour vous ?
J'ai préparé ce voyage moi-même, carte sur la table, comme un capitaine prépare sa traversée. La Pérouse devait faire le tour du monde, mesurer des côtes, ramener des plantes et des langues inconnues — une conquête sans armée, par la seule science. J'aimais l'astronomie, la géographie ; je possédais des lunettes par lesquelles je suivais le ciel mieux que les intrigues de mon Conseil. On dit qu'au matin du dernier jour, parmi les soucis qu'un homme peut avoir, j'ai demandé si l'on avait des nouvelles de ses navires. C'est vrai. Deux frégates perdues quelque part dans les mers du Sud me semblaient, ce matin-là, mériter une pensée autant que mon propre sort. Un roi peut mourir ; une expédition disparue, c'est un savoir qui se noie.
Un roi peut mourir ; une expédition disparue, c'est un savoir qui se noie.
—On cite souvent ce mot de votre journal, le 14 juillet 1789 : « Rien ». Que faut-il y entendre ?
Ce mot, je l'ai écrit, et il me poursuivra plus que mes édits. Mais sachez ce qu'était ce journal : un registre de chasse, où je notais le gibier pris ou manqué. Ce 14 juillet, je n'avais rien tiré ; donc, « Rien ». Que la Bastille tombât à quelques lieues de là, mon carnet n'en savait rien, et moi-même n'en mesurais pas l'ampleur avant la nuit. On y a vu l'aveuglement d'un roi. J'y vois surtout le décalage d'un homme qui avait convoqué les États généraux pour réparer les finances du royaume, et qui découvrait, jour après jour, qu'il avait ouvert une porte dont nul ne tenait plus la clef. Moi qui savais si bien les serrures, j'avais forcé celle-là sans le vouloir.
J'avais ouvert une porte dont nul ne tenait plus la clef.
—Le renvoi de Necker, trois jours plus tôt, a mis le feu aux poudres. Le regrettez-vous ?
On me pressait de toutes parts. Le 11 juillet 1789, j'écartai mon contrôleur des finances en croyant qu'un gouvernement plus ferme calmerait l'effervescence de Paris. Je n'avais pas anticipé que la nouvelle, courant les rues, embraserait la ville en deux jours. Voilà mon défaut, si j'en dois nommer un : je délibérais lentement, je pesais, je revenais sur mes pas, quand les événements, eux, galopaient. Calonne déjà m'avait montré le gouffre de nos comptes ; les privilégiés bloquaient toute réforme de l'impôt ; et moi, entre le marteau de la Cour et l'enclume du peuple, je cherchais une mesure que personne ne voulait. Renvoyer Necker fut peut-être une faute. Mais je vous le demande : qui, à ma place, eût trouvé la bonne porte dans une maison qui brûlait déjà par les quatre coins ?

—Vous souvenez-vous de la nuit du 20 juin 1791, lorsque vous avez quitté Paris ?
Nous sommes sortis des Tuileries à la nuit, déguisés en gens de maison, moi en valet, dans une grande berline que j'avais voulue commode pour les miens. Ce fut là notre faute : trop vaste, trop lente, trop chargée, elle avançait comme un convoi de noces quand il eût fallu courir. À Varennes, le maître de poste Drouet crut me reconnaître ; il avait sous les yeux mon portrait gravé sur un assignat, ce papier-monnaie où l'on avait mis ma face. Songez à l'ironie : ma propre effigie, frappée pour sauver les finances du royaume, servit à m'arrêter. On nous reconduisit à Paris sous escorte, au milieu d'un silence pire que les huées. Ce jour-là, je crois, j'ai cessé d'être un roi aux yeux de mon peuple.
Ma propre effigie, frappée pour sauver les finances, servit à m'arrêter.
—Cette fuite vous a-t-elle paru, sur le moment, un abandon de votre charge ?
Je ne fuyais pas la France ; je fuyais une captivité douce qui faisait de moi le prisonnier de ma propre capitale. Aux Tuileries, depuis que les femmes de Paris nous avaient ramenés de Versailles en octobre 89, je signais des lois sous la pression de la rue et l'on me disait libre. Je voulais gagner une place forte de l'Est, retrouver des troupes fidèles, et négocier d'un lieu où ma parole pesât quelque chose. Était-ce déserter ? Je l'ai pesé longuement, comme tout. Mais un roi qu'on contraint n'engage pas la nation : voilà ce que je me disais en montant dans cette berline. Varennes a répondu pour moi. Après elle, plus personne ne crut que mon consentement valût mieux que ma signature arrachée.

—En septembre 1791, vous acceptez pourtant une Constitution. Quel roi devenait-on alors ?
Le 14 septembre 1791, j'ai prêté serment : « J'accepte la Constitution ; je m'engage à la maintenir au-dedans, à la défendre contre les attaques du dehors, et à en faire exécuter les lois. » Je devenais roi des Français, non plus roi de France et de Navarre — la nuance contient tout un monde. Le pouvoir ne me venait plus seulement d'en haut, par le sacre, mais d'un texte écrit que des hommes avaient voté. On a dit mon acceptation contrainte, et il est vrai que Varennes pesait sur ma plume. Pourtant j'ai voulu croire qu'une monarchie constitutionnelle pouvait tenir, qu'on pouvait limiter le roi sans l'abattre. Le malheur a voulu que ni les miens ni mes adversaires n'y crussent avec moi.
—Devant la Convention, en décembre, on vous nomme « Louis Capet ». Qu'avez-vous voulu défendre à votre procès ?
On m'a dépouillé d'abord de mon nom. Capet : un patronyme qu'on m'accolait pour faire de moi un citoyen comme un autre, sujet aux lois ordinaires, depuis qu'on avait aboli mon inviolabilité. Devant la Convention nationale, j'ai parlé seul, sans m'emporter. J'ai dit ce qui était : « Je suis innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je n'ai jamais craint que ma conduite fût examinée publiquement ; j'ai toujours agi selon les lois. » Je niais avoir ordonné qu'on versât le sang de mon peuple. Que l'on m'eût jugé, soit ; mais qu'on ne fît pas de moi un monstre quand je n'avais cherché, fût-ce maladroitement, que son bonheur. Je savais déjà que mon sort était scellé. Restait à ne pas trembler.
—Vous avez rédigé un testament dans cette tour. Quelle paix espériez-vous y mettre ?
Je l'ai écrit ici même, dans cette tour du Temple, le 25 décembre 1792, séparé des miens, n'ayant pour compagnie qu'un prêtre et mes prières. J'y meurs, ai-je dit, dans la religion catholique, apostolique et romaine, celle de mes pères ; et je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie donné aucun sujet. Cela m'a coûté moins qu'on ne croirait. La haine est un fardeau, et je n'en voulais pas porter sur le peu de chemin qui me restait. Quand on viendra me mener à la place de la Révolution, je voudrais y marcher en homme qui a fait la paix avec son Dieu, sinon avec son siècle. Le droit divin dont on m'a fait grief, je le rends à celui dont je le tenais.
La haine est un fardeau, et je n'en voulais pas porter sur le peu de chemin qui me restait.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louis XVI. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


