Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Marco Polo

par Charactorium · Marco Polo (1254 — 1324) · Exploration · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la pénombre humide d'une geôle de Gênes, en cette année 1298, que je retrouve chaque soir messire Marco Polo, mon compagnon de captivité. La défaite vénitienne de Curzola nous a jetés là tous deux, lui le marchand revenu d'Orient, moi le faiseur de récits. Une mauvaise chandelle éclaire le parchemin posé sur mes genoux, et le grattement de ma plume rythme nos nuits. Je le presse de tout me dire, dans l'ordre, car ce qu'il a vu mérite d'être couché sur le papier avant que l'oubli ou la prison ne l'emporte.

Marco, avant que ma plume ne s'use, reprends depuis le début : comment un garçon de dix-sept ans quitte-t-il Venise pour la Tartarie ?

J'avais dix-sept ans, l'âge où l'on rêve plus qu'on ne craint. En 1271, je partis d'Acre avec mon père Niccolò et mon oncle Maffeo, qu'à peine je connaissais, car ils étaient repartis vers le Levant quand j'étais enfant. Nous portions des présents du pape pour le Grand Khan. La route fut longue, quatre années entières. Nous pensâmes d'abord nous embarquer à Hormuz, dans le golfe Persique, mais les navires m'y parurent fragiles, cousus de fil et non cloués — je préférai la terre. Alors nous montâmes vers les hauts plateaux, de caravansérail en caravansérail, dormant sous des yourtes, buvant ce lait de jument aigre que les Tartares nomment koumiss. Mon corps d'enfant vénitien apprit le froid des steppes et la patience des longues marches.

J'avais dix-sept ans, l'âge où l'on rêve plus qu'on ne craint.

Tu m'as raconté ta première entrevue avec le Khan. Que ressent un jeune marchand de chez nous devant un tel souverain ?

À Shangdu, que les leurs appellent la cité d'été, je fus reçu en 1275. Imagine, toi qui n'as vu que les palais de pierre de nos cités : un palais de marbre et de roseaux dorés, des jardins où couraient des cerfs, une magnificence dont nul prince de chez nous n'approche. Kubilaï Khan me trouva curieux, prompt à retenir les langues — j'appris le mongol, le persan, et plusieurs parlers de ces contrées. Il fit de moi son émissaire. Il me confiait des tournées d'inspection à travers ses provinces, et au retour je lui rapportais non les seuls tributs, mais les coutumes, les routes, les fortifications. Je crois qu'il m'aimait surtout pour les histoires que je rapportais des chemins. Un étranger qui sait regarder vaut, à ses yeux, plus qu'un courtisan qui sait flatter.

Un étranger qui sait regarder vaut, à ses yeux, plus qu'un courtisan qui sait flatter.

Tu prétends avoir gouverné une grande ville chinoise. Avoue-le-moi sans fard : toi, Vénitien, administrer une cité du Khan ?

On me croira difficilement, je le sais, et toi-même tu hausses le sourcil en l'écrivant. Pourtant je fus en poste à Yangzhou, cité immense au bord du grand fleuve, durant trois années, sur ordre du Grand Khan. Gouverneur, ou chargé de quelque office dans son administration — peu importe le titre exact que les hommes y mettront. Ce qui compte, c'est qu'un fils de marchand de la lagune siégeait dans la machine d'un empire plus vaste que toute la chrétienté. Je portais la paiza, cette tablette d'or que le Khan remet à ses gens de confiance : elle m'ouvrait les relais, m'assurait gîte et monture d'un bout à l'autre du monde mongol. Sans elle, je n'aurais été qu'un voyageur de plus, exposé aux brigands des cols.

Un fils de marchand de la lagune siégeait dans la machine d'un empire plus vaste que toute la chrétienté.

Hier soir tu m'as parlé de pierres qui brûlent. Mes oreilles ont cru à une fable : explique-moi cela posément.

Tu n'es pas le premier à me croire menteur, l'ami. Au Cathay, ils tirent du sol des pierres noires qu'ils mettent au feu, et qui brûlent mieux que le bois, gardant la braise toute la nuit. Tout le pays s'en chauffe et y fait bouillir ses bains. À Venise, qui me croirait ? J'ai vu plus étrange encore : le Khan fait fabriquer de la monnaie non d'or ni d'argent, mais de papier, marquée de son sceau, et nul n'ose la refuser sous peine de mort. Du papier qui vaut de l'or ! Et la noix de muscade, et ces aiguilles aimantées dont les marins de Chine se servent pour trouver le sud en pleine mer. Voilà pourquoi à Venise on rira et l'on me nommera Marco aux mille mensonges. Pourtant je n'invente rien.

Du papier qui vaut de l'or ! Pourtant je n'invente rien.

Quand tu décris ces banquets de la cour, je peine à te suivre. Qu'y mangeait-on, qu'y voyait-on, vraiment ?

Les soirs de fête à Khanbaliq, que le Khan nomme Cambaluc, des milliers de convives s'asseyaient dans une salle si vaste que nos églises y tiendraient. On servait du riz, des nouilles, des viandes parfumées d'épices dont je ne savais même pas le nom, du gingembre frais, de la cannelle. Des acrobates, des musiciens, des conteurs venaient amuser le maître entre les plats. Et toujours coulait le koumiss, ce lait fermenté que les seigneurs des steppes préfèrent à tout vin. Moi qui avais grandi près du Rialto, parmi les étoffes et les épices du marché, je me croyais déjà au cœur du commerce du monde — mais ce que je voyais là dépassait tout ce que la lagune m'avait appris à imaginer. La richesse de l'Orient n'a pas de mesure dans nos langues.

La richesse de l'Orient n'a pas de mesure dans nos langues.
MarcoPoloStatueInHangzhou
MarcoPoloStatueInHangzhouWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Captmjc

Reviens à ton retour, Marco. Tu m'as conté qu'à Venise, en 1295, nul ne te reconnut. Comment cela se peut-il ?

Vingt-quatre ans, l'ami ! Songe : j'étais parti adolescent imberbe, je revins en 1295 le visage tanné, vêtu à la mode tartare, parlant ma propre langue avec l'accent rude des steppes. Aux miens, je n'étais qu'un étranger frappant à la porte. On nous fit affront, on doutait que nous fussions les Polo. Alors, à un grand repas, nous fîmes découdre les coutures de nos méchants habits de voyage — et il en tomba des rubis, des saphirs, des émeraudes que nous y avions cachés pour traverser tant de pays sans être détroussés. Le silence se fit, puis la stupeur. Nos parents se jetèrent à notre cou. C'est ainsi qu'un Vénitien prouve son identité : non par son visage, que le temps efface, mais par les trésors cousus dans la doublure de sa misère apparente.

Aux miens, je n'étais qu'un étranger frappant à la porte.

On t'accuse d'enfler tes récits pour ta gloire. Qu'opposes-tu à ceux qui ricanent et te surnomment l'homme aux millions ?

Qu'ils ricanent. Leur monde s'arrête aux colonnes d'Hercule et au comptoir le plus proche ; le mien s'étend jusqu'aux confins où le soleil se lève. Je n'ai pas la langue d'un menteur, j'ai les yeux d'un homme qui a marché. Et pourtant, je te le dis à toi qui notes chacune de mes paroles : ce que je raconte n'est pas la moitié de ce que j'ai vu. J'ai tu mille choses parce qu'on ne les croirait point, et qu'à force d'être incroyable la vérité passe pour vantardise. Ceux qui ne sont jamais sortis de leur paroisse mesurent le monde à l'aune de leur clocher. Moi, j'ai vu le clocher se perdre derrière des déserts plus larges que des mers. Le reproche des petits ne m'atteint pas ; il prouve seulement combien le monde est plus grand qu'eux.

Ce que je raconte n'est pas la moitié de ce que j'ai vu.
Statue of Marco Polo (11548075445)
Statue of Marco Polo (11548075445)Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Clay Gilliland

Dis-moi encore la peur des cols et des déserts. Qu'est-ce qui, sur la Route de la Soie, faillit te coûter la vie ?

Le pire ne fut pas les brigands, quoiqu'ils rôdassent à chaque col. Le pire fut le désert — celui que l'on met un mois et plus à franchir, où l'eau manque, où le vent efface les pistes. On dit qu'au cœur de ces sables des voix appellent le voyageur égaré par son nom, pour l'attirer loin de la caravane jusqu'à ce qu'il périsse seul. Vrai ou non, je sais la terreur de l'homme qui s'écarte de la file et n'entend plus les clochettes des bêtes. Nous allions d'un caravansérail à l'autre, ces refuges fortifiés où hommes et chameaux reprenaient souffle. Sans la paiza du Khan, sans ces relais, nul marchand ne survivrait. La Route de la Soie, vois-tu, n'est pas un chemin : c'est une chaîne de haltes arrachées au vide, et malheur à qui rompt le maillon.

La Route de la Soie n'est pas un chemin : c'est une chaîne de haltes arrachées au vide.

Nous voici tous deux dans cette geôle de Gênes. Pourquoi me confier à moi, scribe et compagnon de cellule, le récit de ta vie ?

Parce que le destin a bien fait les choses, Rustichello. La bataille de Curzola nous a jetés ensemble entre ces murs : moi qui ai tout vu et n'ai pas la plume assez vive, toi qui sais conter et n'as rien vu. Que ferions-nous d'autre, dans ce cachot, sinon échanger ce que chacun possède ? Tu connais l'art d'agencer les mots, de tenir un lecteur en haleine — moi, je n'ai que ma mémoire, mais elle est pleine à déborder. Je te dicte, tu ordonnes. Sans cette captivité, peut-être mes voyages seraient-ils morts avec moi, dispersés en propos de table que nul n'aurait fixés. Tu vois, l'ami : ce qui devrait être notre malheur deviendra peut-être ce que nous laisserons de plus durable. La prison nous donne le temps que la liberté nous refusait.

Moi qui ai tout vu et n'ai pas la plume assez vive, toi qui sais conter et n'as rien vu.

Comment veux-tu que je nomme ce livre, et que dirons-nous au lecteur dès la première page pour qu'il nous croie ?

Nomme-le le Devisement du monde, car nous y devisons, nous y décrivons toutes les contrées de la terre. Et à la première page, ne mens pas pour me grandir : dis simplement la vérité, qui suffit. Écris que depuis qu'Adam fut formé, nul homme, chrétien, sarrasin, tartare ou indien, n'a parcouru autant de parties du monde que je l'ai fait. Que ceux qui douteront aillent voir eux-mêmes, s'ils l'osent. Adresse-le aux marchands, aux princes, à tous ceux qui veulent savoir comment vivent les hommes au bout des routes. Mets-y les peuples, les bêtes, les pierres, les monnaies, les coutumes — tout ce que je t'ai dicté ces nuits durant. Si nous travaillons bien, ce parchemin voyagera plus loin que mes jambes ne m'ont porté, et parlera quand nos deux voix se seront tues.

Ce parchemin voyagera plus loin que mes jambes ne m'ont porté.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Marco Polo. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.