Interview imaginaire avec Marguerite Yourcenar
par Charactorium · Marguerite Yourcenar (1903 — 1987) · Lettres · 4 min de lecture
Ce matin-là, deux élèves de cinquième visitent une maison de bois pleine de livres, posée sur une île. Une vieille dame au regard vif les accueille et les invite à s'asseoir. Intimidés, puis curieux, ils osent enfin poser leurs questions à Marguerite Yourcenar.
—C'était comment, le matin, dans votre maison là-bas ?
Tu sais, mon enfant, je vivais loin, sur une petite île du Maine, aux États-Unis. Ma maison s'appelait Petite Plaisance. Je me levais à l'aube, quand tout était encore silencieux. Imagine un matin sans aucun bruit de moteur, juste le vent et le cri des oiseaux. Je sortais marcher dans la forêt. Je regardais les plantes et les bêtes, comme une savante de la nature. Puis je rentrais m'asseoir à mon bureau. Ces premières heures du jour étaient les plus précieuses pour écrire. Le silence, vois-tu, c'est le meilleur ami de celui qui écrit.
—Vous viviez toute seule dans cette grande maison ?
Non, je n'étais pas seule. Je partageais cette maison avec Grace Frick, ma compagne, pendant plus de quarante ans. Le soir, nous lisions ensemble, au calme. C'est elle qui traduisait mes livres en anglais : elle était ma première voix dans une autre langue. Moi aussi, j'aimais traduire. J'ai mis en français des chants d'esclaves américains, ces negro spirituals si bouleversants, et des pages de Virginia Woolf. Traduire, tu sais, c'est entrer chez un autre écrivain sur la pointe des pieds. On apprend à penser comme lui, à respirer comme lui. C'est un très beau métier de patience.
—C'est vrai que vous avez mis presque vingt ans à écrire un seul livre ?
C'est vrai, presque vingt ans ! J'avais commencé ce livre, Mémoires d'Hadrien, quand j'étais jeune. Puis j'ai abandonné. Je n'y arrivais pas. Les années ont passé. Et un jour, en 1948, j'ai ouvert une vieille malle oubliée. À l'intérieur, j'ai retrouvé mes notes d'autrefois. Mon cœur a bondi. J'ai tout repris, depuis le début. Imagine : retrouver un trésor que tu croyais perdu pour toujours, au fond d'un coffre. Voilà comment naît parfois un livre. Pas d'un seul coup, mais après une très longue attente.
Il faut savoir attendre que les choses mûrissent en soi.
—Comment on fait pour écrire comme si on était un empereur mort ?
Ah, c'est tout un secret ! Hadrien était un empereur romain mort depuis très longtemps. Pour le faire parler, j'ai étudié des monnaies romaines à son effigie. En regardant son visage gravé dans le métal, j'essayais de deviner son regard, ses pensées. Je suis aussi allée en Italie, à Tivoli, marcher dans les ruines de sa grande villa, là où il avait marché lui-même. On appelle cela des mémoires apocryphes : c'est écrire « je » en se glissant dans la peau d'un personnage qui a vraiment existé. C'est un peu comme enfiler le manteau d'un mort pour sentir encore sa chaleur.
—C'était quoi, un alchimiste ?
Un alchimiste, mon enfant, c'était un savant d'autrefois. Il cherchait à transformer les métaux et à percer les secrets de la nature. Mon héros s'appelait Zénon, dans mon livre L'Œuvre au noir. Il vivait à la Renaissance, une époque dangereuse pour qui pensait librement. On pouvait être puni, persécuté, simplement parce qu'on posait trop de questions. Zénon voulait comprendre le monde par lui-même, sans qu'on lui dicte quoi croire. Ce livre a reçu un grand prix, le Femina, en 1968. Pour moi, chercher la vérité par soi-même, c'est la plus belle et la plus risquée des aventures.

—C'est vrai que vous ne mangiez pas de viande ?
C'est vrai, peu à peu j'ai cessé d'en manger. Cela me venait du cœur. J'aimais trop les animaux pour accepter qu'on les fasse souffrir. Sur mon île du Maine, je mangeais les légumes de mon jardin, les fruits sauvages, parfois du poisson. Je buvais beaucoup de thé. Vois-tu, je pensais que respecter une simple bête, c'est déjà respecter le monde entier. Tout est lié. Si l'on abîme la nature, on s'abîme soi-même. Dès les années 1970, je le disais tout haut, alors que bien peu de gens y pensaient encore.
—Vous aviez peur pour la planète, déjà à votre époque ?
Oui, j'avais peur pour elle. Beaucoup. Dans un livre d'essais, Le Temps, ce grand sculpteur, paru en 1983, j'ai écrit que notre monde se détruit lui-même à toute vitesse. Personne avant nous n'avait vu pareille hâte. J'aimais répéter une chose simple : « La nature est notre mère et notre sœur, non notre esclave. » Tu comprends ? On ne traite pas sa mère comme un objet qu'on jette. Imagine une forêt qu'on coupe en entier : elle met des siècles à repousser, parfois jamais. Prendre soin du monde, c'est prendre soin de ceux qui viendront longtemps après toi.
La nature est notre mère et notre sœur, non notre esclave.

—C'est vrai que vous avez été la première femme dans un endroit très célèbre ?
Oui. En 1980, on m'a élue à l'Académie française. C'est une très vieille assemblée d'écrivains, créée en 1635. On y appelle ses membres les Immortels, parce que leur devise parle d'immortalité. Eh bien, en presque trois cent cinquante ans, jamais une femme n'y était entrée. J'ai été la première. Imagine une grande salle remplie d'hommes en habit brodé, et soudain, une dame parmi eux. Cela a fait l'effet d'une petite révolution. Moi, je n'avais pas couru après cet honneur. Mais j'étais heureuse d'ouvrir une porte que d'autres femmes franchiraient après moi.
—Il y avait des gens qui ne voulaient pas de vous là-dedans ?
Oh oui ! Certains n'en voulaient pas du tout. Ils disaient que les règlements ne parlaient que d'Immortels, au masculin, jamais d'Immortelles. Pour eux, une femme n'avait pas sa place sous cette vénérable institution. Cela m'a un peu blessée, je l'avoue. Mais je n'ai pas répondu par la colère. Je me suis dit : mon meilleur argument, ce sont mes livres. On peut discuter les mots d'un statut. On discute beaucoup moins l'œuvre de toute une vie. Les portes fermées, vois-tu, finissent toujours par s'ouvrir, à force de patience et de travail.
—Si on devait garder une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Si tu ne devais garder qu'une seule chose de moi ? Garde ceci : regarde le monde avec des yeux ouverts. Vois les choses clairement, sans jamais te mentir. C'est ce que je cherchais en racontant la vie d'Hadrien, puis celle de Zénon. Comprendre les humains d'autrefois pour mieux comprendre ceux d'aujourd'hui. Et puis aime la nature, respecte-la, ne la crois jamais à ton service. Tu es jeune. Le monde sera bientôt entre tes mains. Lis beaucoup, voyage si tu peux, et garde ton cœur attentif aux autres et aux bêtes. C'est tout ce que j'ai appris en une très longue vie.
Regarde le monde avec des yeux ouverts, sans jamais te mentir.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Marguerite Yourcenar. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



