Interview imaginaire avec Maryam Mirzakhani
par Charactorium · Maryam Mirzakhani (1977 — 2017) · Sciences · 5 min de lecture
Un matin clair à Palo Alto, le soleil californien tombe sur le sol d'un bureau où de longs rouleaux de papier s'étalent comme des cartes d'explorateur. Maryam Mirzakhani nous reçoit en chaussettes, un crayon de couleur à la main, sa fille Anahita venant de partir pour l'école. Elle parle bas, lentement, comme si chaque phrase était d'abord un dessin avant d'être un mot.
—Enfant, à Téhéran, de quoi rêviez-vous avant que les mathématiques n'entrent dans votre vie ?
Je voulais écrire. Petite, je dévorais les romans, j'inventais des vies pour des héroïnes que je n'avais jamais croisées, et je me voyais très bien passer mes journées à raconter des histoires. Les chiffres ne me disaient rien de particulier ; ils me semblaient froids, sans personnages. C'est plus tard, au collège, que j'ai compris qu'on pouvait résoudre une énigme difficile avec une simple feuille de papier, dans le silence, sans rien d'autre que sa propre obstination. Ce jour-là, j'ai senti le même frisson qu'en tournant la dernière page d'un grand livre. Les mathématiques n'ont pas remplacé mon désir d'écrire — elles l'ont déguisé. Pour moi, démontrer un théorème, c'est encore tenir un fil narratif jusqu'à sa fin.
Les mathématiques n'ont pas remplacé mon désir d'écrire — elles l'ont déguisé.
—Comment décririez-vous ce basculement, ce moment où vous avez su que ce serait votre voie ?
Rien n'a été planifié, et c'est peut-être pour cela que c'est resté vivant. Je l'ai dit un jour, à Séoul en 2014 : « The more I spent time on maths, the more excited I became. I think I'm quite lucky that I fell in love with it, but it was not by design. » Tomber amoureuse, voilà le mot juste : on ne décide pas de l'être. J'ai simplement passé de plus en plus de temps avec les problèmes, et plus j'y restais, plus ils me rendaient curieuse. Au lycée Farzanegan, mon amie Roya et moi, nous nous lancions des défis sans fin. Ce qui aurait pu être une discipline scolaire de plus est devenu une passion privée, presque clandestine.
Tomber amoureuse, voilà le mot juste : on ne décide pas de l'être.
—Que représentait, pour une jeune fille de votre génération, ce parcours d'excellence à Téhéran ?
J'ai grandi dans un pays qui sortait à peine d'une longue guerre avec l'Irak, terminée en 1988, et dont la société s'était profondément refermée après la révolution de 1979. Et pourtant, on m'a ouvert des portes : le lycée Farzanegan, réservé aux filles surdouées, puis l'Université de technologie Sharif, qui forme l'élite scientifique du pays. En 1994 et 1995, j'ai remporté deux médailles d'or aux Olympiades internationales, la seconde fois avec un score parfait. Je crois que beaucoup de petites filles iraniennes y ont vu un signal : qu'une porte verrouillée peut parfois s'entrouvrir. Je n'ai jamais pensé être une exception ; j'ai pensé être une preuve, parmi d'autres, qu'on nous avait sous-estimées.
Je n'ai jamais pensé être une exception ; j'ai pensé être une preuve.
—Comment avez-vous vécu le passage de Téhéran à Harvard, puis à la Californie ?
Quitter l'Iran pour Harvard, en 1999, ce fut quitter une langue, une cuisine, une famille, pour entrer dans une langue mathématique commune à tous. Là-bas, sous la direction de Curtis McMullen, lui-même médaillé Fields, j'ai appris à poser de meilleures questions plus qu'à donner de bonnes réponses. Puis Stanford, Palo Alto, en 2008. Chez nous, à la maison, je garde des tapis persans, des livres en persan à côté des livres en anglais, et je cuisine encore le ghormeh sabzi de ma mère. Je porte le voile quand je rentre voir ma famille, parce que la loi l'exige, et des jeans le reste du temps. On me demande souvent où est mon pays ; je réponds qu'il est sur le sol de mon bureau, là où s'étalent mes feuilles.
—Parlons de votre méthode de travail si singulière. Pourquoi ces grands rouleaux de papier posés à même le sol ?
Parce que je n'arrive pas à penser dans une petite case. J'ai besoin d'espace, littéralement. Je déroule de longues feuilles blanches sur le plancher, je m'agenouille au-dessus et je commence à dessiner des surfaces, des boucles, des chemins qui s'enroulent. Je tourne autour, je me déplace dans mes propres figures comme on marche dans un paysage. Ma fille Anahita, qui me voit faire depuis qu'elle est toute petite, dit à ses amis que je suis « la maman qui fait des peintures ». Elle n'a pas tort. Pour un œil non averti, ce ne sont que des griffonnages colorés. Pour moi, ce sont des surfaces de Riemann prises en flagrant délit d'exister.
Ce sont des surfaces de Riemann prises en flagrant délit d'exister.

—Quelle place tiennent la couleur et le dessin dans une discipline qu'on imagine purement abstraite ?
Une place centrale, même si cela surprend. J'ai toujours mes crayons de couleur et mes marqueurs à portée de main, parce que je ne sépare pas voir et comprendre. Une géodésique, ce chemin le plus court tracé sur une surface courbe, je dois pouvoir la suivre du regard, lui donner une teinte, la distinguer de ses voisines. L'abstraction pure, le langage des formules, vient toujours après, quand l'image est déjà claire dans ma tête. Je formalise au clavier seulement une fois que j'ai vu. Beaucoup de mes collègues pensent d'abord en symboles ; moi, je pense en formes, et je traduis ensuite. C'est sans doute l'écrivaine que j'aurais pu être qui dessine encore.
—Vos premiers travaux majeurs portent sur les surfaces hyperboliques. Comment entre-t-on dans un territoire mathématique aussi inconnu ?
Ma thèse, soutenue à Harvard en 2004, portait sur les géodésiques simples des surfaces hyperboliques, et j'y ai trouvé une formule pour ce qu'on appelle les volumes de Weil-Petersson. Cela paraît hermétique, mais l'expérience que j'en garde est très concrète. Faire de la recherche, c'est, comme je l'ai confié au Clay Institute : « like being lost in a jungle and trying to use all the knowledge that you can gather to come up with some new tricks. » On avance sans carte, on bute, on revient sur ses pas. Et soudain une clairière s'ouvre : une formule récursive, simple, élégante, qui relie des choses qu'on croyait étrangères. Ce moment-là vaut toutes les années d'errance.
On avance sans carte, on bute, on revient sur ses pas — et soudain une clairière s'ouvre.

—Comment se travaille un problème resté ouvert depuis longtemps, comme le comptage des géodésiques fermées ?
Avec une patience qui ressemble à de l'entêtement, et rarement seule. Le comptage des géodésiques fermées dans les espaces de modules, je l'ai mené avec Alex Eskin, à qui je téléphonais sans cesse à Chicago. Un espace de modules, c'est l'ensemble de toutes les formes possibles d'une même surface ; imaginez une bibliothèque infinie où chaque livre serait une géométrie différente. Nous avons passé des années à apprivoiser cet objet, à le retourner sous tous les angles. Je ne crois pas aux éclairs de génie isolés. Je crois aux longues conversations, aux brouillons abandonnés puis repris, à cette manière lente de laisser une question vous habituer à elle avant qu'elle ne consente à se laisser résoudre.
—Vous souvenez-vous de la cérémonie de Séoul, en 2014, où vous avez reçu la médaille Fields ?
Je me souviens surtout de l'étrangeté de l'instant. Le Congrès international des mathématiciens, à Séoul, une salle immense, et cette médaille Fields que l'on remet tous les quatre ans aux chercheurs de moins de quarante ans — souvent appelée le « Nobel des mathématiques ». J'étais la première femme à la recevoir, et la première Iranienne. Je n'ai jamais aimé l'idée d'être un symbole ; je voulais simplement faire de bonnes mathématiques. Mais j'ai compris ce jour-là que mon nom allait dire quelque chose à des jeunes filles qui n'oseraient peut-être pas, sans cela, lever la main en classe. Si ma part de hasard pouvait leur servir de permission, alors la médaille avait un sens au-delà de moi.
Si ma part de hasard pouvait leur servir de permission, alors la médaille avait un sens au-delà de moi.
—Que diriez-vous du poids d'être perçue comme une pionnière, alors que la maladie vous accompagnait déjà ?
Le cancer m'a été diagnostiqué en 2013, un an avant Séoul. J'ai choisi de continuer à travailler, parce que mes rouleaux de papier au sol étaient aussi un refuge contre la peur. Être perçue comme pionnière est un honneur lourd : on voudrait que vous incarniez une cause, alors que vous voulez surtout finir une démonstration. Ce qui me touche, c'est de savoir que dans mon pays, où la loi impose le voile, on parle de moi sans détour aux petites filles. Je n'ai pas cherché ce rôle, mais je l'accepte. J'espère seulement qu'on retiendra le travail autant que le symbole — la patience, la couleur, les longues feuilles, et cette joie têtue de rester perdue dans la jungle jusqu'à ce qu'elle s'ouvre.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Maryam Mirzakhani. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


