Interview imaginaire avec Michelle Bachelet
par Charactorium · Michelle Bachelet (1951 — ?) · Politique · 6 min de lecture
C'est dans une salle feutrée de Santiago, en cette fin d'année 2022, que Ricardo Lagos retrouve Michelle Bachelet, tout juste rentrée de Genève après quatre années au Haut-Commissariat. Sur la table, deux tasses de café noir refroidissent près d'un exemplaire annoté de la Constitution. Ils se connaissent depuis plus de vingt ans — c'est lui qui, en 2000, l'a tirée de l'ombre pour en faire sa ministre. Il vient ce soir non pas en juge, mais en mentor qui veut comprendre le chemin parcouru.
—Michelle, avant que je ne t'appelle au gouvernement, il y a eu 1975, la Villa Grimaldi, ta mère, ton père disparu. D'où es-tu revenue ?
Je suis revenue d'un endroit que peu reviennent, Ricardo. En 1975, la DINA nous a arrêtées, ma mère et moi, et conduites à la Villa Grimaldi. Mon père, le général Alberto Bachelet, avait refusé de cautionner le coup d'État ; il est mort en prison des suites des tortures. J'avais vingt-trois ans. On apprend là-bas que la haine est une impasse, parce qu'elle te dévore avant de toucher l'autre. J'ai choisi autre chose : comprendre, reconstruire, soigner. Tu sais combien ce mot me définit. Quand on a connu les desaparecidos de l'intérieur, on ne fait pas de la politique pour le pouvoir, on en fait pour que cela ne recommence jamais. Ce parc de la mémoire, aujourd'hui, c'est ma réponse au silence qu'on voulait nous imposer.
On ne fait pas de la politique pour le pouvoir, on en fait pour que cela ne recommence jamais.
—Te souviens-tu, en 2002, quand je t'ai confié la Défense ? La fille d'un officier brisé par l'armée, à la tête de cette même armée. T'ai-je trop demandé ?
Tu m'as demandé l'impossible, et c'est précisément pour cela que je t'ai dit oui. Première femme ministre de la Défense en Amérique latine, dans une institution qui avait détruit ma famille — il fallait être un peu folle, ou alors croire profondément à la réconciliation. J'avais déjà porté l'uniforme à l'École de santé militaire, je connaissais ces hommes de l'intérieur. Mon pari, c'était de leur tendre la main sans rien oublier. Faire défiler ensemble les soldats et les civils, regarder les généraux dans les yeux en étant la fille d'Alberto Bachelet. Tu m'as vue revenir de certaines réunions épuisée. Mais c'est là que le pays a compris qu'une femme pouvait commander, et que la mémoire n'empêche pas de tourner la page sans la déchirer.
Il fallait être un peu folle, ou alors croire profondément à la réconciliation.
—Tu parles de soigner. Cette vocation de médecin pédiatre, l'as-tu jamais quittée vraiment, même à La Moneda ?
Jamais. Un médecin ne raccroche pas son stéthoscope, il l'emporte dans sa façon de regarder les gens. À La Moneda, je voyais des courbes de pauvreté comme on lit un dossier clinique : où ça saigne, qui souffre, ce qu'il faut traiter en urgence. C'est de là qu'est venu Chile Solidario, pour les familles les plus démunies — je ne pensais pas en statistiques, je pensais à ces enfants que j'avais examinés dans les dispensaires. La médecine m'a appris l'écoute, la patience devant un diagnostic difficile, l'humilité aussi. On ne ment pas à un patient ; on ne devrait pas mentir à un peuple. Toi qui m'as vue gouverner, tu sais que je cherchais toujours d'abord à comprendre la douleur avant de prescrire le remède.
On ne ment pas à un patient ; on ne devrait pas mentir à un peuple.
—En 2006, ton premier acte fut un cabinet à parité parfaite. Beaucoup, dans notre Concertación, ont grincé. Était-ce un symbole, ou davantage ?
Les deux, et je l'assume. Le jour de mon investiture, le 11 mars 2006, j'ai parlé d'une société plus égale entre les hommes et les femmes — ce n'était pas une formule, c'était un programme. Nommer autant de ministres femmes que d'hommes, pour la première fois au monde, ce n'était pas distribuer des places, c'était changer qui décide. Oui, certains de nos amis ont grincé, tu t'en souviens mieux que moi. Ils disaient qu'on manquait de femmes « compétentes ». Foutaises : elles existaient, on ne les regardait simplement pas. La parité gouvernementale a forcé tout le pays à les voir. Aujourd'hui d'autres nations le font sans même y penser ; à l'époque, c'était une petite révolution tranquille, et j'en suis fière.
Ce n'était pas distribuer des places, c'était changer qui décide.
—Entre nous, l'as-tu parfois payé cher, cette image de première femme présidente ? On t'a beaucoup observée, peut-être plus durement qu'un homme.
Bien sûr que je l'ai payé. On scrutait mes vêtements, mon ton, ma manière de pleurer ou de ne pas pleurer. Un homme décide, on dit qu'il est ferme ; une femme décide, on dit qu'elle est dure ou, à l'inverse, trop sensible. J'ai dû gouverner sous une double loupe. Mais sais-tu, Ricardo, je n'ai jamais voulu être « la première femme » comme un trophée. Je voulais surtout ne pas être la dernière, ouvrir grand la porte derrière moi. Quand une fillette de Santiago voit une femme à La Moneda, son horizon change sans qu'on ait besoin de lui faire un discours. C'est cela, le vrai pouvoir d'une présidence : non pas ce qu'on fait, mais ce qu'on rend désormais imaginable.
Je n'ai jamais voulu être la première femme comme un trophée ; je voulais ne pas être la dernière.

—Ton second mandat a affronté la rue étudiante, le movimiento estudiantil. La gratuité universitaire de 2015 : nécessité ou concession à la pression ?
Nécessité, et fierté. Tu te rappelles l'héritage des Chicago Boys : un Chili où l'éducation supérieure était parmi les plus chères du monde, une marchandise plutôt qu'un droit. Les jeunes l'ont dit avec leurs corps dans la rue, dès la « révolution des pingouins » en 2006, puis en 2011. Je les ai écoutés. La réforme de 2015 a engagé la gratuité progressive de l'université publique, pour que le talent d'un enfant ne soit plus condamné par le compte en banque de ses parents. Ce ne fut pas une concession arrachée, ce fut une conviction rejointe par la rue. Le néolibéralisme à la chilienne avait fait de l'école un privilège ; je voulais lui rendre sa fonction première, celle d'un ascenseur que l'on n'a pas le droit de débrancher.
Le talent d'un enfant ne doit pas être condamné par le compte en banque de ses parents.
—Mais une telle réforme coûte. Beaucoup t'ont reproché de ne pas avoir tout obtenu, de t'être heurtée aux limites du budget. Le regrettes-tu ?
Je regrette de ne pas être allée plus loin, jamais d'être allée trop loin. Gouverner, c'est l'art du possible, tu me l'as appris bien avant que je m'assoie à ta place. La gratuité totale, immédiate, aurait fait exploser les comptes ; alors nous l'avons rendue progressive, en commençant par les plus modestes. Certains ont crié à la trahison, d'autres à l'irresponsabilité — la marque d'un équilibre honnête, peut-être. Mais des centaines de milliers d'étudiants des premiers déciles ont étudié sans payer. Ce n'est pas rien, c'est même considérable pour des familles qui n'avaient jamais envoyé un enfant à l'université. Une réforme qui dure vaut mieux qu'une promesse qui éclate. J'ai préféré poser une pierre solide plutôt qu'un château que mon successeur aurait défait en un trait de plume.
Une réforme qui dure vaut mieux qu'une promesse qui éclate.

—Après le Chili, Genève, le Palais des Nations. Toi qui as connu les geôles, comment vit-on de dénoncer les bourreaux du monde entier ?
Avec gravité, et une certaine solitude. Diriger le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de 2018 à 2022, c'est porter la voix de millions de gens qui n'en ont plus. Le Venezuela, l'Éthiopie, et tant d'autres : à chaque rapport, on engage la crédibilité de l'institution et la sienne propre. Quand on a été soi-même prisonnière à la Villa Grimaldi, on ne signe pas ces documents d'une main légère ; on sait ce qu'il y a derrière les chiffres. Le plus dur, ce n'est pas de nommer le mal, c'est de mesurer combien notre pouvoir d'y mettre fin est limité. On dénonce, on documente, on espère que la honte fasse reculer les bourreaux. C'est une arme lente. Mais sans cette mémoire écrite, l'oubli gagne toujours, et l'oubli est le meilleur allié des tyrans.
Sans cette mémoire écrite, l'oubli gagne toujours, et l'oubli est le meilleur allié des tyrans.
—Ton dernier rapport, sur le Xinjiang, en 2022, t'a valu des critiques des deux camps. Trop tard pour les uns, trop loin pour les autres. Comment as-tu tranché ?
En cherchant la vérité, pas l'applaudissement. Le rapport concluait que les traitements infligés aux Ouïghours pouvaient constituer des crimes contre l'humanité — des mots terribles, que je n'ai pas écrits à la légère. On m'a accusée de complaisance envers une grande puissance, puis de provocation : preuve, sans doute, que la ligne était juste. Avec un État comme la Chine, chaque virgule est un combat diplomatique. Pouvais-je publier sans accès complet ? Pouvais-je me taire ? J'ai choisi de publier, à la minute même où mon mandat s'achevait, pour que nul ne puisse étouffer le document après mon départ. On me dira un jour que c'était imparfait ; je répondrai que le silence, lui, eût été impardonnable. Un Haut-Commissaire ne plaît pas, il témoigne.
Un Haut-Commissaire ne plaît pas, il témoigne.
—Pour finir, Michelle, toi que j'ai vue ministre, présidente, puis voix du monde : que reste-t-il, le soir, de la jeune médecin de 1979 ?
Il en reste tout, Ricardo. Le soir, quand je referme les dossiers, je suis encore cette femme qui a obtenu son diplôme de médecine en 1979, au retour de l'exil, dans un pays qui m'avait tout pris sauf l'envie de servir. J'écoute parfois la nueva canción, Victor Jara, et je me souviens d'où nous venons tous les deux — d'un Chili meurtri qu'il a fallu recoudre patiemment. Je n'ai pas changé le monde ; j'ai soigné ce que je pouvais, là où j'étais. La présidence, l'ONU, ce furent de plus grands dispensaires, voilà tout. Et si l'on me demande mon plus grand titre, je réponds toujours : médecin. Le reste n'est que la manière dont j'ai exercé ce métier à plus grande échelle.
La présidence, l'ONU, ce furent de plus grands dispensaires, voilà tout.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Michelle Bachelet. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


