Interview imaginaire avec Morgane
par Charactorium · Morgane · Mythologie · 5 min de lecture
C'est sur les rives brumeuses du lac qui mène à Avalon, là où l'eau se confond avec le ciel, que Merlin retrouve Morgane un soir où les saules ploient sous le vent breton. Une barque sombre attend, amarrée à un anneau de fer rouillé, et l'odeur des herbes médicinales monte des jardins de l'île. Ils se connaissent depuis les temps de la cour d'Arthur, où leurs arts se sont si souvent mesurés et parfois alliés. Merlin n'est pas venu en juge, mais en rival qui veut entendre, de la bouche même de l'enchanteresse, ce qu'elle a fait de sa magie.
—Morgane, te voici reine de cette Avalon que nul autre ne sait atteindre. Toi qui m'as si souvent défié, dis-moi : qu'as-tu voulu faire de cette île ?
Tu le sais mieux que personne, Merlin, toi qui as vu les royaumes des hommes s'effondrer comme châteaux de sable. Avalon n'est pas une terre, c'est un seuil — un lieu hors du temps où les blessures cessent de saigner et où les arts anciens ne meurent pas. Mes neuf sœurs y règnent avec moi, versées dans la science des plantes et des baumes. Quand le monde des hommes brûle ses bûchers et oublie les savoirs celtes, je les garde ici, à l'abri. On m'a dit malfaisante ; mais qui d'autre a bâti un refuge pour ce que les rois laissent mourir ? Avalon est ma réponse à un monde qui ne sait que détruire.
Avalon n'est pas une terre, c'est un seuil où les arts anciens ne meurent pas.
—On murmure que tu as recueilli Arthur après Camlann. Tu as franchi le lac avec son corps brisé — pourquoi sauver celui que l'on te dit ennemie ?
Tu poses la question comme si la haine et le soin s'excluaient, Merlin. Mon frère gisait sur le champ de Camlann, le flanc ouvert, abandonné des siens. J'ai navigué jusqu'à Avallon, comme il est écrit, là où je pouvais soigner ses plaies par mon art. Je ne l'ai pas guéri pour le rendre au trône : je l'ai endormi d'un sommeil sans terme, suspendu entre la vie et la mort. Tu m'appellerais conductrice des âmes, et tu n'aurais pas tort. Un roi ne meurt pas vraiment tant qu'une main de femme veille sur lui. Que cela te dérange ou te rassure, c'est moi qui détiens désormais le sommeil d'Arthur.
Un roi ne meurt pas vraiment tant qu'une main de femme veille sur lui.
—Fille d'Ygerne et du duc de Cornouaille, demi-sœur du roi — et pourtant tu as soutenu Mordred contre lui. Comment portes-tu cette double nature ?
Le sang ne fait pas l'obéissance, Merlin. Oui, je suis née à Tintagel, fille d'Ygerne, et le même ventre nous a portés, Arthur et moi. Mais ce frère, je l'ai vu monter sur un trône dont la magie l'avait tiré — et tu n'es pas innocent dans cette affaire, toi qui as trompé Ygerne. Quand j'ai soutenu Mordred, je n'ai pas trahi : j'ai réclamé une part qu'on m'avait refusée. Les hommes disent que je suis sorcière et malfaisante. Soit. Je suis l'ombre qui rappelle au roi qu'il n'est pas seul à régner. On ne me comprendra jamais d'un seul regard, et c'est très bien ainsi.
Je suis l'ombre qui rappelle au roi qu'il n'est pas seul à régner.
—Tu parles de mes tromperies sans détour. Te souviens-tu, lorsque nous siégions tous deux à la cour, combien nos arts s'opposaient ? Que pensais-tu de moi alors ?
Je te trouvais brillant et imprudent, Merlin — un savoir immense au service d'un seul roi. Tu as misé toute ta science sur Arthur, et moi je me défiais des trônes. Nous étions deux versants de la même montagne : toi le conseiller, moi l'enchanteresse qu'on relègue. Je me souviens que tu craignais mes châteaux et les enchantements dont je liais ceux qui s'y aventuraient. Tu avais raison de les craindre. Mais jamais je n'ai voulu ta perte ; j'ai voulu prouver qu'une femme pouvait égaler le plus grand des mages. Aujourd'hui encore, te parler m'est plus doux que de parler aux rois.
Nous étions deux versants de la même montagne : toi le conseiller, moi l'enchanteresse qu'on relègue.
—Tes miroirs, tes potions, tes grimoires — on dit que tu rivalises avec moi dans l'art des enchantements. D'où te vient ce savoir, Morgane ?
De là où vient tout savoir véritable : du temps et de la patience, Merlin. Mes matinées, je les passe penchée sur les grimoires et les traités d'herboristerie, avant même que la cour ne s'éveille. Je connais les plantes qui guérissent et celles qui endorment, les miroirs où se lisent les visions de ce qui n'est pas encore, les potions qui transforment. Ce sont les arts des anciens Celtes, ceux d'avant les croix et les autels neufs. Tu les nommerais sorcellerie ; je les nomme mémoire. On apprend ces choses goutte à goutte, jamais d'un coup. Mon pouvoir n'est pas un don tombé du ciel — c'est une vie entière de veilles.
Tu les nommerais sorcellerie ; je les nomme mémoire.

—On raconte que tu détiens un miroir où se voient les choses cachées. Qu'y as-tu lu, toi qui prétends connaître les secrets que même moi j'ignore ?
Le miroir ne montre pas ce qu'on désire, Merlin, mais ce qu'on redoute. J'y ai vu la Table Ronde se disperser, les chevaliers tomber un à un, et le royaume de Bretagne reculer devant ceux qui viennent de l'Est. J'y ai vu aussi des choses que je ne dirai pas — car un savoir partagé devient une arme entre des mains qui ne le méritent pas. Tu comprends cela, toi qui as gardé tes propres prophéties pour mieux les distiller. Le miroir m'enseigne surtout l'humilité : voir l'avenir ne signifie pas pouvoir le changer. On y gagne de la clairvoyance, on y perd la paix.
Le miroir ne montre pas ce qu'on désire, mais ce qu'on redoute.
—Et l'épée — cet Excalibur dont on dit que tu connais la forge ? Quelle est ta part dans le destin de cette lame ?
On a beaucoup brodé sur cette lame, Merlin, et tu sais combien les bardes aiment grossir nos rôles. Disons que je connais le secret des armes qui ne se brisent pas, et que rien d'enchanté dans ce royaume ne m'est tout à fait étranger. Excalibur est plus qu'un fer : c'est le pouvoir royal fait métal. Qu'on dise que je l'ai forgée ou seulement gardée, l'essentiel est ailleurs : une telle arme appelle toujours une gardienne, et c'est une main de femme qui sort du lac pour la recevoir. Le roi croit posséder l'épée. En vérité, c'est l'épée qui choisit à qui elle revient — et je veille à ce retour.
Le roi croit posséder l'épée ; en vérité, c'est l'épée qui choisit à qui elle revient.

—On murmure que tu as enlevé le jeune Lancelot pour l'élever par ta magie. Est-ce vrai, ou n'est-ce qu'un conte de plus que les clercs te prêtent ?
Les clercs me prêtent tout, Merlin — le pire comme le merveilleux. Oui, dans certaines traditions, j'ai recueilli l'enfant Lancelot et l'ai gardé près de moi avant de le rendre au monde des chevaliers. Protectrice, disent les uns ; manipulatrice, disent les autres. La vérité est que les conteurs ne savent jamais où me ranger, alors ils me font tour à tour fée bienveillante et enchanteresse traîtresse. Cela me sied. Une femme qu'on ne peut enfermer dans un seul récit garde son pouvoir intact. Élever un héros, le former, puis le laisser partir : voilà un art plus subtil que la guerre, et bien moins reconnu.
Une femme qu'on ne peut enfermer dans un seul récit garde son pouvoir intact.
—Les manuscrits te réécrivent sans cesse, d'un parchemin à l'autre. Cela ne t'inquiète-t-il pas d'être ainsi remodelée par des mains que tu ne connais pas ?
M'inquiéter ? Au contraire, Merlin. Tant qu'on écrit sur moi, je vis. Chaque copiste, chaque clerc penché sur son manuscrit me refait à son image : tantôt sage guérisseuse, tantôt sorcière malfaisante. Geoffroy m'a dite savante en médecine et en incantations ; d'autres me veulent ennemie jurée du roi. Qu'importe la contradiction — c'est elle qui me rend insaisissable. Une figure trop nette s'use et s'oublie ; une figure ambiguë traverse les siècles. Toi aussi tu seras réécrit, mon vieux rival, et tu n'y pourras rien. Mieux vaut être une énigme vivante qu'une vérité morte rangée sur une étagère.
Tant qu'on écrit sur moi, je vis.
—L'heure se fait tardive et le lac s'assombrit. Avant que je reprenne ma barque, dis-moi, Morgane : que crains-tu de voir disparaître ?
Les savoirs sans gardien, Merlin. Les baumes qu'on ne saura plus préparer, les plantes qu'on dira maudites, les voix anciennes qu'on couvrira de cantiques. Le monde des hommes avance, et à chaque pas il oublie un peu plus d'où il vient. C'est pourquoi je garde Avalon, c'est pourquoi je veille sur le sommeil d'Arthur et sur les reliques du royaume. Tant que mon île demeure, rien n'est tout à fait perdu. Toi et moi sommes les derniers d'un temps où la magie et le savoir ne faisaient qu'un. Va, reprends ta barque — mais souviens-toi que sur ce lac, c'est toujours une main de femme qui décide qui passe.
Tant que mon île demeure, rien n'est tout à fait perdu.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Morgane. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



