Interview imaginaire avec Nadine Gordimer
par Charactorium · Nadine Gordimer (1923 — 2014) · Lettres · 4 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans franchissent la grille d'une maison pleine de livres, à Johannesburg. Une vieille dame souriante les attend dans le jardin. C'est Nadine Gordimer, et elle a tant d'histoires à raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous avez su que vous gagniez le prix Nobel ?
J'avais 68 ans, mon enfant. C'était en 1991, et tu sais quoi ? Le téléphone a sonné, on m'a annoncé la nouvelle, et la première personne que j'ai voulu prévenir, ce n'était pas un journaliste. C'était la femme noire qui travaillait chez moi depuis des années. Imagine : elle avait partagé mes matins, mes repas, mes soucis. Dans mon pays, à cette époque, une Blanche et une Noire ne devaient même pas vivre ensemble comme des égales. Alors je suis allée la voir d'abord. Pour moi, ce prix était aussi un peu le sien.
La première à savoir, ce fut elle, pas les journaux.
—Ça vous a fait quoi de partir si loin, à Stockholm, recevoir ce prix ?
Tu sais, Stockholm est une ville froide et lumineuse, tout au nord, en Suède. J'y suis allée en décembre 1991. Devant des gens venus du monde entier, j'ai parlé du métier d'écrivain. Je leur ai dit qu'un écrivain cherche toujours ce qu'est l'humanité, au-delà de ce que la société permet de dire. C'était étrange et émouvant. Imagine une petite fille tenue à l'écart de l'école, qui lisait seule dans une maison silencieuse... et qui se retrouve, vieille, sur cette grande scène. La vie fait de drôles de chemins, mon enfant.
L'écrivain cherche ce qu'est l'humanité, au-delà de ce qu'on permet de dire.
—C'est vrai qu'on a interdit vos livres ? Pourquoi on fait ça à un livre ?
Oui, c'est vrai, et ça m'a fait mal. Mon roman Un monde d'étrangers a été interdit pendant douze ans. Pourquoi ? Parce qu'il racontait une amitié entre un Blanc et un Noir. Cela paraît fou, n'est-ce pas ? Mais sous l'apartheid — ce mot veut dire « séparation » — on n'avait pas le droit de montrer ces choses. Plus tard, mon livre Fille de Burger a été censuré quelques semaines après sa sortie. Le gouvernement croyait faire taire le livre. En vérité, le monde entier a voulu le lire. Interdire un livre, c'est avouer qu'on en a peur.
Interdire un livre, c'est avouer qu'on en a peur.
—Vous aviez peur quand le gouvernement déclarait l'état d'urgence ?
Bien sûr que j'avais peur, mon enfant. L'état d'urgence, c'était quand le gouvernement décidait qu'il pouvait arrêter les gens sans procès, du jour au lendemain. Cela arrivait souvent, surtout vers 1985. On pouvait emporter quelqu'un la nuit, sans explication. Moi, j'écrivais des choses interdites, je rangeais des coupures de journaux sur les violences cachées. Imagine : tu gardes chez toi des papiers qui peuvent t'envoyer en prison. Mais je me disais que se taire, c'était laisser gagner le mensonge. Alors j'avais peur, et j'écrivais quand même.
J'avais peur, et j'écrivais quand même.
—C'est vrai que vous connaissiez Nelson Mandela pour de vrai ?
Oui, et j'en suis fière. Nelson Mandela était mon ami. En 1964, on l'a jugé lors d'un grand procès, à Rivonia, parce qu'il luttait contre l'apartheid. Je l'ai aidé à préparer le discours qu'il a prononcé devant les juges. À la fin, il a dit que c'était un idéal pour lequel il était prêt à mourir. Imagine le courage qu'il fallait. Lui, on l'a envoyé en prison pour vingt-sept ans, sur une île battue par le vent. Le connaître, c'était comprendre qu'un seul homme droit peut tenir tête à toute une injustice.
Un seul homme droit peut tenir tête à toute une injustice.
—C'était dangereux d'être dans l'ANC ? Vous deviez vous cacher ?
Oui, c'était dangereux, surtout pour moi, une femme blanche. L'ANC, le mouvement de Mandela, était interdit dans mon pays. Avoir une simple carte de membre, c'était risquer la prison. Tu te souviens de 1960 ? La police a tiré sur une foule de manifestants noirs, à Sharpeville : soixante-neuf morts. Après ça, tout devint plus dur et plus secret. Alors oui, on se rencontrait à l'abri des regards, l'après-midi, à voix basse. Imagine devoir cacher tes amitiés comme un trésor interdit. Ce n'était pas un jeu : c'était notre manière de résister.
On cachait nos amitiés comme un trésor interdit.
—Ça sentait quoi chez vous, le soir, quand vous receviez vos amis à dîner ?
Oh, quelle jolie question ! Ma maison, dans le quartier de Parktown, sentait les livres, le jardin, et la bonne cuisine. J'avais gardé des plats de mes parents, venus d'Europe, des saveurs juives de mon enfance. Le soir, des amis arrivaient : des écrivains, des artistes, des Noirs et des Blancs autour de la même table. Tu trouves ça normal ? À mon époque, c'était presque interdit. Une loi punissait même la simple amitié entre les races. Alors chaque dîner partagé était une petite victoire. Le rire, autour d'une table mêlée, était déjà une forme de désobéissance.
Un dîner partagé entre Blancs et Noirs était déjà une victoire.
—Vous écriviez à quel moment de la journée ? Le matin, le soir ?
Le matin, toujours le matin, mon enfant. Je me levais tôt, dans le silence de Johannesburg, et je m'asseyais devant ma machine à écrire. C'étaient mes heures les plus précieuses, quand l'esprit est neuf comme un drap propre. J'écrivais plusieurs heures d'affilée, sans laisser entrer le monde. L'après-midi, alors, venaient les amis, les militants, les lectures. Imagine un peintre qui prépare ses couleurs avant que la lumière n'arrive : c'était ça, mes matins. Écrire chaque jour, même quand on est fatigué, c'est une discipline. Et pour moi, c'était aussi une façon de me battre.
Mes matins étaient neufs comme un drap propre.
—Quand l'apartheid a fini, en 1994, vous étiez contente ? Vous avez arrêté d'écrire ?
Contente ? J'ai pleuré de joie, mon enfant ! En 1994, pour la première fois, Noirs et Blancs ont voté ensemble, et Mandela est devenu président. Le cauchemar s'achevait. Mais arrêter d'écrire ? Oh non. J'ai publié None to Accompany Me cette année-là, sur ce pays qui devait tout réinventer. Tu vois, gagner une bataille ne suffit pas. De nouveaux problèmes arrivaient : la pauvreté, la violence, une terrible maladie qu'on appelait le SIDA. Le combat pour la justice ne s'arrête jamais vraiment. Alors j'ai continué, ma plume à la main, jusqu'au bout.
Le combat pour la justice ne s'arrête jamais vraiment.
—Si on se souvenait d'une seule chose de vous, ce serait quoi pour vous ?
Quelle belle question pour finir. Si tu ne devais retenir qu'une chose, retiens ceci : j'ai cru qu'écrire pouvait dire la vérité, même quand on l'interdisait. J'ai laissé plus de trente livres, traduits partout dans le monde. Mais les livres ne sont pas l'essentiel. L'essentiel, c'est que des enfants comme toi sachent qu'un jour, dans un pays, on a séparé les gens selon leur couleur... et que des gens ont dit non. Imagine une chaîne de mains qui se tendent à travers le temps. Sois un maillon de cette chaîne, mon enfant. C'est tout ce que je demande.
On a séparé les gens selon leur couleur, et des gens ont dit non.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Nadine Gordimer. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


