Interview imaginaire avec Néfertiti
par Charactorium · Néfertiti (1369 av. J.-C. — 1329 av. J.-C.) · Politique · 5 min de lecture
Au crépuscule, dans la cour à ciel ouvert du palais nord d'Akhetaton, le disque d'Aton bascule vers l'horizon. La grande épouse royale repose son sistre, congédie ses servantes et accepte de répondre, à voix basse, tandis que le fleuve charrie déjà les ombres.
—Comment êtes-vous venue à bâtir une cité neuve en plein désert ?
Le sol était vierge, sans temple d'aucun dieu, sans tombe d'aucun ancêtre — Aton seul l'avait choisi. Avec Akhénaton, j'ai fait dresser les grandes stèles dans les falaises, là où s'arrête le territoire sacré d'Akhetaton. Elles disent que je me tiens près du roi comme le disque lui-même se tient au ciel, et c'est la vérité gravée dans le calcaire. Pour élever les temples vite, nos artisans taillaient ces petits blocs, les talatat, qu'un seul homme pouvait porter sur l'épaule. En une saison, ce qui n'était que sable est devenu l'Horizon d'Aton. On bâtit une ville comme on prononce un nom : il suffit que le dieu l'entende.
On bâtit une ville comme on prononce un nom : il suffit que le dieu l'entende.
—Que représente pour vous ce disque solaire dont vous avez fait l'unique dieu ?
Regardez ses rayons : ils ne finissent pas en pointe, mais en mains ouvertes. Et au bout de ces mains, l'ankh, le signe de vie, qu'Aton tend vers nos narines à Akhénaton et à moi, comme on offre une fleur. Les anciens dieux se cachaient dans la pénombre des sanctuaires de Karnak, derrière le clergé d'Amon ; le mien se montre à tous, chaque matin, sans intermédiaire. Il n'a pas de statue à nourrir, seulement la lumière à recevoir. J'ai entendu les prêtres murmurer que nous avions éteint les vieux feux. Nous n'avons rien éteint : nous avons ouvert les volets.
Les anciens dieux se cachaient dans la pénombre ; le mien se montre à tous, sans intermédiaire.
—Sur certains reliefs, on vous voit frapper des ennemis, geste réservé aux pharaons. Que faut-il y lire ?
Les tailleurs de pierre m'ont représentée à Karnak, dans les reliefs du Gempaaton, le bras levé, la massue tenue au-dessus d'un captif agenouillé. Avant moi, ce geste n'appartenait qu'au roi, jamais à son épouse. Et sur ma tête, non pas la perruque des reines, mais le khépresh, la couronne bleue qu'on porte au combat. Je ne prétends pas avoir versé le sang de mes mains — une reine ne court pas les champs de bataille. Mais l'image dit ce que les mots taisent : devant Aton, je tiens debout à côté du roi, et non un pas derrière lui. La pierre, elle, ne sait pas mentir.
La pierre dit ce que les mots taisent : je tiens debout à côté du roi, non un pas derrière lui.
—Cette couronne bleue, pourquoi y tenez-vous tant ?
Les autres reines se coiffaient des dépouilles de vautour ou des hautes plumes. Moi, j'ai choisi cette coiffe cylindrique plate, ce bleu profond ceint d'un ruban, qu'aucune épouse royale n'avait portée avant moi. Mes servantes me l'ajustent à l'aube, après le khôl noir aux yeux et le fard de malachite sur les paupières, avant que je ne paraisse aux cérémonies. Ce n'est pas une parure : c'est une déclaration. Le khépresh est la couronne du roi qui marche à la guerre. En la posant sur mon front, Akhénaton et moi disons au monde que le pouvoir, ici, se partage à deux têtes sous un seul disque.
—À quoi ressemble une journée dans votre vie de grande épouse royale ?
Je me lève avant le soleil. Quand Aton franchit l'horizon de l'orient, il faut que je sois déjà là, le sistre en main, à secouer le bronze sacré pour saluer sa première lumière — car cette heure-là n'attend personne. Comme une ouabet, une pure, je dirige les offrandes du matin ; nul prêtre ne s'interpose entre le dieu et moi. L'après-midi, on reçoit les ambassadeurs dans la salle aux colonnes, on surveille les chantiers, on lit les missives venues des royaumes lointains. Et toujours, autour de moi, mes six filles, que je veux instruites du culte autant que des manières de la cour. Le soir, la harpe et le luth, puis le silence du palais nord.
Quand Aton franchit l'horizon, il faut que je sois déjà là — cette heure-là n'attend personne.
—Vous parlez de vos six filles. Quelle place tiennent-elles dans votre vie ?
On les voit partout sur nos murs, et cela n'est pas un hasard. Dans l'ancien art, les enfants restaient de petites silhouettes muettes ; chez nous, elles grimpent sur nos genoux, nous tendent les colliers d'or à la fenêtre de l'apparition, partagent le banquet du soir. J'ai voulu qu'on les peigne ainsi, vivantes, désordonnées, près de nous. Je les élève dans les appartements royaux comme on élève des servantes d'Aton : qu'elles sachent agiter le sistre et reconnaître les rayons du disque avant même de savoir régner. Une dynastie ne se transmet pas seulement par le ventre ; elle se transmet par ce que l'on enseigne à l'aube.
Une dynastie ne se transmet pas seulement par le ventre ; elle se transmet par ce que l'on enseigne à l'aube.
—Imaginez qu'on parle encore de vous dans très longtemps. Par quel objet pensez-vous qu'on vous connaîtra ?
Il y a, dans l'atelier de Thoutmosis, le sculpteur du roi, un visage de calcaire à mon image — un seul œil achevé, l'autre encore nu de sa pierre d'incrustation. Il l'a peint de couleurs vives, ajusté ma couronne bleue, posé le large collier ousekh sur ma gorge. Ce n'est qu'un modèle d'atelier, une étude que l'on garde pour en tirer d'autres portraits. Mais si un jour, dans des siècles que je ne verrai pas, on ne devait sauver qu'une seule chose de moi, je gage que ce serait cette tête-là. L'idée me trouble : qu'un éclat de pierre survive à la cité, au culte, et même à mon nom.
Qu'un éclat de pierre survive à la cité, au culte, et même à mon nom.
—Que diriez-vous de la beauté, vous dont le visage est partout reproduit ?
Mon nom même le porte : Nefer-titi, « la belle est venue ». Certains en concluent que je serais née loin d'ici, dans quelque royaume du nord ; je laisse les langues bavarder. Ce que je sais, c'est que la beauté, dans l'art d'Akhetaton, n'est pas celle des statues raides d'autrefois. Nos artistes osent le cou long, la lèvre pleine, la ligne qui ondule comme le lin plissé sur la peau. Thoutmosis ne cherche pas à me flatter : il cherche l'équilibre, ce point où un visage cesse d'être un visage pour devenir une offrande. La vraie beauté n'appartient pas à celle qu'on regarde. Elle appartient au disque qui l'éclaire.
La vraie beauté n'appartient pas à celle qu'on regarde, mais au disque qui l'éclaire.
—Un jour viendra où votre nom s'effacera des inscriptions officielles. Comment envisagez-vous cette éclipse ?
On me dit que, passé la douzième année du règne, mon image se ferait plus rare sur les murs. Je ne sais ce que les graveurs feront de moi quand je ne serai plus là pour tenir le ciseau. Peut-être me croira-t-on morte. Peut-être autre chose. Car il existe, dans la titulature d'Aton, un nom que je pourrais ceindre : Neferneferouaton, « parfaite est la perfection d'Aton ». Si le trône devait rester vacant, qui mieux que celle qui se tient déjà près du roi comme le disque au ciel pourrait l'occuper un temps ? Une reine peut s'effacer d'un mur. Il est plus difficile de l'effacer du dessein du dieu.
Une reine peut s'effacer d'un mur ; il est plus difficile de l'effacer du dessein du dieu.
—Une femme régnant en pharaon : pensez-vous qu'on l'acceptera après vous ?
L'Égypte a connu des femmes au sommet — on chuchote encore le nom de celles qui coiffèrent la double couronne avant moi. Mais le clergé d'Amon, que nous avons écarté de Karnak, n'oublie pas. Quand le disque pâlira, ces gens-là rouvriront les vieux sanctuaires et gratteront nos noms du calcaire, le mien comme celui d'Akhénaton, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un creux dans la pierre. Je le pressens sans le craindre. Ce que l'on bâtit pour Aton, on le bâtit pour l'instant où il brille ; le reste appartient aux hommes qui viendront, et les hommes oublient vite. J'aurai tenu la massue et le sistre dans la même main : qu'on essaie donc de dire que cela n'a pas eu lieu.
J'aurai tenu la massue et le sistre dans la même main : qu'on essaie de dire que cela n'a pas eu lieu.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Néfertiti. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



