Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Pythagore

par Charactorium · Pythagore (582 av. J.-C. — 490 av. J.-C.) · Sciences · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Sur les hauteurs de Crotone, dans une cour ouverte sur la mer où le sable porte encore les traces d'une figure tracée à la pointe d'un bâton, un vieil homme drapé de blanc nous reçoit en silence. Il attend que le soleil franchisse le mur avant de parler, car selon lui rien de juste ne se dit avant la lumière. Voici Pythagore, fils de Mnésarque, tel qu'on l'imagine au soir de sa vie.

Comment êtes-vous arrivé jusqu'à Crotone, vous qui êtes né si loin de là ?

Je suis né à Samos, sous l'ombre de Polycrate. Un tyran nourrit bien ses artisans et ses poètes, mais il étouffe ceux qui cherchent l'ordre des choses, car l'ordre lui fait peur. J'ai pris la mer vers le couchant, vers cette Grande-Grèce où les cités neuves laissent encore respirer un homme. À Crotone, j'ai trouvé des gens robustes, fiers de leurs athlètes, prêts à entendre qu'un corps sain n'est rien sans une âme accordée. Là j'ai bâti non pas une école, mais une vie commune : on y mettait ses biens en partage, on mangeait à la même table, on se taisait des années durant avant d'avoir le droit de parler. Une cité dans la cité, voilà ce que je voulais — un lieu où le nombre régnerait avant les hommes.

Un tyran nourrit ses poètes, mais il étouffe ceux qui cherchent l'ordre des choses.

On raconte que vous avez découvert l'harmonie en passant devant une forge. Que s'est-il vraiment passé ce jour-là ?

Je marchais le long de l'atelier d'un forgeron, l'esprit ailleurs, quand les marteaux m'ont arrêté. Ils frappaient le fer ensemble, et pourtant certains chantaient juste, d'autres se querellaient. J'entrai. Je pesai les masses. Ce qui faisait l'accord n'était ni le bras de l'homme ni la chaleur de la braise : c'était le poids, le rapport d'un nombre à un autre. Rentré chez moi, j'ai tendu des cordes et suspendu des poids égaux à ceux des marteaux. La corde de moitié donnait l'octave, deux pour un ; les trois quarts, la quarte. Sur ma lyre, soudain, je ne touchais plus des sons mais des fractions. Le monde m'avait laissé entendre, par hasard d'une forge, qu'il était fait de proportions.

Je ne touchais plus des sons sur ma lyre, mais des fractions.

Vous répétez que tout est nombre. Comment un nombre peut-il être autre chose qu'un outil pour compter les bœufs et les amphores ?

Tu comptes tes amphores, et tu crois le nombre à ton service. Renverse l'idée : sans le nombre, tes amphores ne tiendraient pas ensemble, ni les saisons, ni les cordes de ma lyre. Regarde la tetraktys, ces dix points rangés en quatre lignes — un, deux, trois, quatre. Dans cette petite pyramide tient le point, la ligne, la surface, le volume : le monde entier monte de l'unité, de la monade. Quand mes disciples tracent un carré sur le sable de cette cour, ils ne dessinent pas, ils prient. Plus tard on dira de nous, je crois, que nous tînmes les principes du nombre pour les principes de toutes choses. C'est exact. J'ai même donné un nom à cet ensemble ordonné : kosmos, parce qu'un univers bien rangé est aussi beau qu'un visage.

Quand mes disciples tracent un carré sur le sable, ils ne dessinent pas, ils prient.

Parlons de ce théorème que les marchands eux-mêmes connaissent. Qu'avez-vous ajouté à ce que les Égyptiens savaient déjà ?

Les prêtres de Memphis tendaient des cordes à nœuds pour relever leurs champs après la crue, et leurs triangles tenaient debout sans qu'ils en sachent la raison. C'est ce qui me gênait : un savoir qui marche sans savoir pourquoi est une superstition habillée en utile. Sur le carré de l'hypoténuse, j'ai voulu non pas un truc de géomètre, mais une nécessité qu'aucun dieu ne pourrait défaire. Le carré dressé sur le grand côté pèse exactement autant que les deux autres réunis — non parfois, non souvent : toujours, et pour cette raison qu'il ne peut en être autrement. C'est là, vois-tu, la différence entre l'arpenteur et le philosophe. L'un mesure la terre, l'autre demande à la terre de rendre des comptes.

Un savoir qui marche sans savoir pourquoi est une superstition habillée en utile.

Vos disciples vivent sous des interdits étranges. Pourquoi ne faut-il pas toucher une fève ?

Tu souris, comme tous ceux du dehors. Ne pas manger de fèves, ne pas marcher sur les grandes routes, ne pas toucher un coq blanc : voilà ce qu'on appelle nos acusmates, les choses entendues. Certaines cachent une raison de santé, d'autres une raison de l'âme, quelques-unes un sens que même mes plus anciens disciples ne savent plus déchiffrer — et c'est très bien ainsi. Une règle qu'on comprend trop vite, on la plie à sa convenance ; une règle obscure tient l'esprit en éveil. Quant à la fève, je dirai seulement qu'elle ressemble à des choses qu'un homme pur ne doit pas avaler. Le vulgaire y voit une lubie. Mes disciples y voient une discipline du seuil : qui ne sait pas refuser une fève ne saura pas refuser une injustice.

Qui ne sait pas refuser une fève ne saura pas refuser une injustice.
Portrait of Marthe North-Siegfried (1866-1939)label QS:Len,"Portrait of Marthe North-Siegfried (1866-1939)"label QS:Lfr,"Fondatrice de la Croix-Rouge alsacienne, de la Bibliothèque Pythagore de Stras
Portrait of Marthe North-Siegfried (1866-1939)label QS:Len,"Portrait of Marthe North-Siegfried (1866-1939)"label QS:Lfr,"Fondatrice de la Croix-Rouge alsacienne, de la Bibliothèque Pythagore de StrasWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — François Schell

Vous imposez à tous un régime sans viande. Est-ce une affaire de santé ou de croyance ?

Les deux ne font qu'un, mais la croyance commande. Nous nous levons avant l'aube pour marcher en silence au bord de l'eau, et le corps qu'on emmène dans cette marche doit être léger, lavé, sobre. À notre table du soir, on ne sert que le pain, les légumes, les fruits, le miel — jamais la chair d'un être qui respire. Car si l'âme passe de corps en corps, qui te dit que ce bœuf à l'étal ne porte pas l'âme d'un homme que tu aimais ? Manger une bête, ce pourrait être dévorer un hôte. Le soir venu, avant le sommeil, chacun des nôtres repasse les actes de sa journée : qu'ai-je mal fait, qu'ai-je oublié de bien faire ? Le régime du ventre n'est rien sans le régime de la mémoire.

Le régime du ventre n'est rien sans le régime de la mémoire.

Vous affirmez vous souvenir de vies antérieures. Que répondez-vous à ceux qui vous prennent pour un fabulateur ?

Je me souviens d'avoir été Euphorbe, sous les murs de Troie, percé par la lance d'un Grec. Avant lui, j'ai été d'autres encore, un pêcheur, un homme sans nom. Tu peux rire ; je ne demande pas qu'on me croie, je dis ce que je sais. L'âme ne naît pas avec le corps et ne meurt pas avec lui : elle entre, elle habite, elle quitte, comme un voyageur change d'auberge sans changer de route. C'est ce que nous appelons la métempsychose. Cicéron dira un jour, je l'imagine, que les âmes procèdent toutes d'une même nature universelle dont le nombre et l'harmonie sont le fondement — et il aura saisi l'essentiel. Si l'âme demeure, alors ma vie n'est pas une ligne qui finit, mais un point sur un cercle.

L'âme entre, elle habite, elle quitte, comme un voyageur change d'auberge sans changer de route.

Pourquoi accorder tant d'importance à la musique, qui n'est pour beaucoup qu'un divertissement de banquet ?

Parce que la musique est la seule chose que l'oreille peut toucher du nombre. Le banqueteur entend une chanson agréable ; moi j'entends l'octave, la quinte, la quarte, c'est-à-dire deux pour un, trois pour deux, quatre pour trois — les mêmes rapports qui tiennent les astres dans leur course. Les sphères du ciel, en tournant, rendent un accord que nous n'entendons plus parce qu'il sonne depuis notre naissance, comme le forgeron n'entend plus sa forge. Au matin, je fais jouer de la lyre à mes jeunes pour accorder leur âme avant l'étude, comme on accorde l'instrument avant le chant. Soigner une âme troublée par une mélodie juste, ce n'est pas de la magie : c'est de l'arithmétique appliquée au vivant.

La musique est la seule chose que l'oreille peut toucher du nombre.

Que diriez-vous à ceux qui craignent la mort, eux qui n'ont pas votre certitude sur l'âme ?

Je leur dirais de regarder le pentagramme que mes disciples portent comme signe de reconnaissance, cette étoile à cinq branches qui se referme sur elle-même sans fin. La mort n'est pas un mur, c'est un seuil : on dépose un corps usé comme on quitte un himation troué. Ce qui m'effraie n'est pas de mourir, c'est de mourir mal accordé, l'âme encombrée de fautes non examinées. Voilà pourquoi le soir, chacun chez nous se demande : ai-je transgressé la mesure ? La crainte de la mort vient toujours d'une vie restée fausse, comme une corde mal tendue. Accorde ta vie, jour après jour, et la dernière note ne sera qu'un silence de plus dans une longue harmonie.

La crainte de la mort vient toujours d'une vie restée fausse, comme une corde mal tendue.

On dit votre communauté de plus en plus puissante à Crotone. Cette influence ne vous attire-t-elle pas des ennemis ?

Quand des hommes qui se taisent et qui partagent tout deviennent nombreux, les ambitieux du dehors les redoutent. Nous n'avons jamais brigué les charges, mais on nous a confié les conseils de la cité, parce qu'un homme qui s'est gouverné lui-même au point de refuser une fève saura gouverner une assemblée. Cela fait des jaloux. J'entends déjà gronder ceux qu'on a écartés ; je sais qu'un jour la maison commune pourrait flamber, que nos tables renversées et que je devrais peut-être fuir vers Métaponte. Une confrérie de la mesure dérange toujours la démesure des autres. On ne pardonne jamais à ceux qui prouvent qu'une autre vie était possible.

On ne pardonne jamais à ceux qui prouvent qu'une autre vie était possible.

Vous refusez qu'on vous appelle un sage. Pourquoi cette modestie ?

Sage — sophos — est un mot que je laisse aux dieux et aux morts illustres. Un homme vivant ne possède pas la sagesse ; au mieux, il la désire et la poursuit comme on poursuit une figure qu'on n'a pas fini de tracer sur le sable. Aussi je préfère me dire philosophos, ami de la sagesse, celui qui marche vers elle sans prétendre l'avoir atteinte. Vois la tetraktys encore : même elle, qui contient tant, n'est qu'un seuil vers ce que je ne comprendrai jamais entièrement. Celui qui se croit arrivé cesse de chercher, et celui qui cesse de chercher se ferme comme un poing. Je ne suis pas un sage ; je suis un homme qui n'a pas renoncé à le devenir.

Je ne suis pas un sage ; je suis un homme qui n'a pas renoncé à le devenir.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Pythagore. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.