Interview imaginaire

Interview imaginaire avec René Char

par Charactorium · René Char (1907 — 1988) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

L'eau de la Sorgue court sous les fenêtres ouvertes, à L'Isle-sur-la-Sorgue, en cette fin d'après-midi de 1975. René Char nous reçoit dans une pièce fraîche aux volets mi-clos, encombrée de livres et de quelques toiles offertes par des amis peintres. La voix est grave, lente, taillée comme ses fragments ; il pèse chaque mot avant de le laisser tomber.

Avant l'œuvre, il y a l'enfance : que reste-t-il du pays où vous êtes né ?

Je suis né en 1907 à L'Isle-sur-la-Sorgue, dans une maison où l'on entendait l'eau avant d'entendre les hommes. La Sorgue ne dort jamais ; elle sort de terre déjà adulte, à Fontaine-de-Vaucluse, et ses galets blancs roulent dans ma mémoire comme dans son lit. Enfant, je ramassais ces pierres lisses, je les soupesais, je croyais qu'elles renfermaient un secret minéral. Plus tard j'ai compris : un poème se taille comme un galet, par frottement patient, jusqu'à ce qu'il tienne dans la paume. Tout ce que j'ai écrit remonte à cette rivière et à la lumière qui frappe la garrigue au-dessus du village, le thym et le romarin chauffés à blanc.

Comment êtes-vous entré dans le cercle des surréalistes ?

En 1929 je suis monté à Paris, j'avais vingt-deux ans et l'Arsenal sous le bras, mon premier recueil. Breton et Éluard m'ont ouvert leur porte comme on adopte un jeune chien fougueux. L'année suivante, nous nous sommes enfermés tous les trois pour écrire Ralentir travaux en quelques jours, à trois mains, dans une fièvre joyeuse. C'était un jeu et c'était grave à la fois : nous voulions désincarcérer les mots, les faire cogner les uns contre les autres pour voir jaillir l'étincelle. Le surréalisme m'a appris la liberté de l'image ; il ne m'a jamais appris l'obéissance, et c'est précisément là que les ennuis ont commencé.

Pourquoi avoir pris vos distances avec ce mouvement dès le milieu des années 1930 ?

Parce qu'un poète ne signe pas de manifestes éternels. Dès 1934, avec Le Marteau sans maître, j'ai senti que ma voix tirait vers le sud, vers la pierre, loin des cafés parisiens et des excommunications de chapelle. Le mouvement devenait une église, avec ses dogmes et ses procès ; or je n'ai jamais supporté qu'on me dise comment respirer. Je suis redescendu en Provence retrouver la Sorgue et le silence. Bien plus tard, le compositeur Pierre Boulez a tiré une musique de ce recueil — preuve qu'un texte affranchi continue de vivre longtemps après que son auteur a claqué la porte des écoles.

Que diriez-vous de l'homme que vous êtes devenu sous le nom de Capitaine Alexandre ?

En 1942, j'ai rangé le poète et j'ai pris un fusil. À Céreste, dans les Basses-Alpes, je commandais un maquis sous le nom de Capitaine Alexandre — un pseudonyme qui sentait la poudre et non l'encre. Diriger des hommes dans la clandestinité, c'est apprendre le poids exact d'un mot : un ordre mal pesé, et quelqu'un meurt à l'aube. Je ne récitais plus, je veillais. La nuit, dans une bergerie, j'écoutais le vent descendre du plateau et je me demandais lesquels d'entre nous verraient le matin. Étrangement, je n'ai jamais autant pensé à la poésie que les armes à la main.

Je ne récitais plus, je veillais.

Vous souvenez-vous des carnets que vous teniez pendant ces années de clandestinité ?

De petits carnets que je glissais dans ma veste, contre la peau, et que j'aurais brûlés plutôt que de les laisser tomber aux mains de l'ennemi. J'y jetais des éclats, le soir, à la lueur d'une lampe voilée : une pensée, une colère, le visage d'un camarade fusillé. Ils sont devenus les Feuillets d'Hypnos, publiés en 1946. J'y ai écrit que « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » — phrase née de l'insomnie d'un guetteur, pas d'un fauteuil de bibliothèque. Le fragment n'était pas un choix d'esthète : c'était la seule forme qui tenait dans une poche et dans une vie qu'on pouvait perdre au petit jour.

Cabanon de René Char à Céreste en 1941
Cabanon de René Char à Céreste en 1941Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — vpagnouf

Comment se passait la coordination avec les Alliés depuis vos montagnes ?

Tout reposait sur un poste émetteur-récepteur caché et sur des phrases convenues que la radio de Londres diffusait le soir — des suites de mots absurdes où se logeait le destin d'une nuit. Quand le message tombait, nous montions vers les clairières attendre les parachutages : des conteneurs d'armes descendaient sous la lune, suspendus à des soies blanches, et il fallait les déterrer, les répartir, effacer les traces avant le jour. Imaginez un poète occupé à compter des mitraillettes dans la rosée ! J'ai appris là qu'une syllabe mal comprise précipite un homme dans le ravin. Cette économie du langage, ce respect terrible de la parole juste, je l'ai gardé toute ma vie.

D'où vous vient cette fidélité au fragment, à la forme brève ?

D'Héraclite, mon vieux compagnon d'Éphèse, ce présocratique qui disait l'univers en éclats plutôt qu'en systèmes. Le soir, après l'écriture, je relisais ces Grecs antérieurs à Socrate ; leurs livres de philosophie ne quittaient guère ma table. Héraclite m'a enseigné que la vérité ne se déroule pas en discours-fleuve : elle frappe, elle brûle, puis elle se tait. Un fragment dit davantage qu'un traité parce qu'il laisse au lecteur le silence où respirer. Je me méfie des systèmes comme d'une prison aux barreaux dorés ; j'ai préféré l'archipel à l'empire, des îles de sens reliées par la mer du non-dit.

J'ai préféré l'archipel à l'empire.

Qu'alliez-vous chercher dans vos rencontres avec le philosophe Martin Heidegger ?

À Le Thor, en 1966 puis en 1968, j'ai réuni autour de moi des penseurs et Martin Heidegger lui-même, dans la lumière provençale, pour des séminaires où le poème et la pensée se regardaient en face. Nous marchions parmi les oliviers, nous parlions de la parole, de l'être, de ce que dire veut dire. Je ne suivais pas le philosophe en disciple — un poète n'a pas de maître à penser — mais j'aimais ce frottement de deux feux différents. La poésie n'illustre pas la philosophie et ne lui obéit pas ; elles creusent le même puits par deux versants opposés. De ces journées, je garde le souvenir d'une amitié exigeante, faite de longs silences.

Le village de Céreste en 1941, mention autographe de René Char
Le village de Céreste en 1941, mention autographe de René CharWikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Not documented

En 1966, vous avez refusé le Grand Prix national de la poésie. Qu'est-ce qui vous a retenu ?

L'idée qu'on puisse épingler une médaille sur la liberté me soulève le cœur. La poésie n'est pas un cheval de course ; elle ne court pas pour un ruban. En refusant ce Grand Prix en 1966, je n'ai pas cherché à faire le fier — j'ai voulu protéger quelque chose de fragile : l'indépendance d'une parole qui, si elle accepte les honneurs des institutions, commence vite à leur ressembler. Un poème authentique ne se laisse pas domestiquer par un jury. J'ai toujours pensé qu'on ne saurait servir deux maîtres, la muse et le ministère. La vraie récompense d'un poème, c'est qu'il continue de tenir debout sans personne pour l'applaudir.

Votre engagement ne s'est pas arrêté avec la guerre : on vous a vu combattre l'installation de missiles sur le plateau d'Albion.

En 1974, quand on a voulu enfouir des missiles nucléaires sous le plateau d'Albion, à deux pas de mes garrigues, j'ai repris la plume comme on reprend les armes. Que mon pays de pierres et de thym devienne un silo pour l'apocalypse, cela je ne pouvais l'accepter. Mon ami Camus, avec qui j'avais tant parlé de révolte et de liberté avant sa disparition, m'aurait compris : résister à l'oppression n'est pas un épisode qu'on referme, c'est une fidélité. On ne range pas sa conscience au grenier une fois la paix revenue. Le Capitaine Alexandre avait combattu l'occupant ; le vieil homme de la Sorgue défendait désormais la terre elle-même.

Pourquoi n'avoir jamais voulu quitter définitivement cette terre de la Sorgue ?

Parce qu'un arbre transplanté trop souvent ne donne plus d'ombre. J'ai fréquenté Paris, ses peintres, mon cher Braque, mais je revenais toujours à L'Isle-sur-la-Sorgue comme on revient à une source. Un poète a besoin d'un sol sous les pieds, d'une lumière qu'il connaît par cœur, sinon ses mots flottent sans racines. Dans Les Matinaux, en 1950, j'ai écrit que « nous sommes du matin, hommes que la nuit n'a pas vaincus » — et ce matin-là a la couleur exacte de l'aube sur la rivière. C'est ici que je suis né, c'est ici que je veux qu'on me couche, dans cette terre provençale qui m'a tout appris du silence et de la durée.

Un arbre transplanté trop souvent ne donne plus d'ombre.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de René Char. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.