Interview imaginaire avec Rita Levi-Montalcini
par Charactorium · Rita Levi-Montalcini (1909 — 2012) · Sciences · 4 min de lecture
Deux élèves de douze ans, en classe découverte, ont poussé la porte d'un laboratoire plein de microscopes et de flacons. Une vieille dame élégante, en blouse blanche impeccable, les attend avec un sourire. Elle s'appelle Rita Levi-Montalcini, elle a passé sa vie à observer les nerfs grandir.
—C'est vrai que vous aviez un laboratoire secret dans votre chambre ?
Oui, mon enfant, c'est tout à fait vrai. En 1938, le régime de Mussolini a voté les leggi razziali, les lois raciales. Parce que ma famille était juive, on m'a interdit de travailler à l'université. Alors j'ai installé un petit laboratoire dans ma chambre, à Turin. Imagine une table de nuit avec un microscope, quelques outils fins, et des œufs de poule que j'allais chercher au marché noir. Je disséquais les embryons sur mon lit. Tu sais, on croyait me prendre ma science. Mais une chambre, ça suffit pour observer le monde quand on en a vraiment envie.
Une chambre suffit pour observer le monde quand on en a vraiment envie.
—Vous aviez peur quand vous avez dû fuir avec votre matériel ?
Peur, oui. En 1943, les bombes tombaient sur Turin. Avec ma famille, nous sommes partis à Florence, sous de faux noms, comme des fantômes qui n'ont pas le droit d'exister. J'ai mis mon microscope et mes précieux embryons dans une simple valise. Imagine que tu transportes ce qui compte le plus au monde dans un sac, en espérant que personne ne le regarde de trop près. Mon cœur battait fort. Mais abandonner mes recherches, c'était leur donner raison. Alors j'ai serré la valise contre moi, et j'ai continué.
Abandonner mes recherches, c'était leur donner raison.
—C'était quoi, le plus beau moment de toute votre vie de savante ?
Ah, je m'en souviens comme si c'était hier. En 1952, je suis partie à Rio de Janeiro, au Brésil, travailler avec une chercheuse, Hertha Meyer. Là-bas, j'ai mis une petite tumeur près de cellules nerveuses, dans un flacon. Et un jour, en regardant au microscope, j'ai vu une chose magnifique : un halo, une explosion de fibres nerveuses tout autour, comme les rayons d'un soleil minuscule. Dans mon discours de Stockholm, j'ai dit que c'était the most beautiful sight — la plus belle vision. Ce soir-là, j'ai compris : ces nerfs étaient nourris par quelque chose d'invisible.
Un halo de fibres nerveuses, comme les rayons d'un soleil minuscule.
—C'est quoi exactement, le truc que vous avez découvert ?
On l'appelle le NGF, le facteur de croissance nerveuse. C'est une toute petite protéine, mon enfant — pense à un message chimique, trop minuscule pour qu'on le voie. Son travail, c'est de dire aux neurones, les cellules du cerveau et des nerfs : « Grandis ! Vis ! Continue ! » Sans ce message, beaucoup de neurones meurent. Pendant des années, je disséquais des ganglions nerveux d'embryons de poulet pour comprendre comment les fibres poussent. Aujourd'hui, ma découverte aide à étudier des maladies comme Alzheimer. Quand tu trouves le fil invisible qui fait grandir la vie, tu changes un peu le monde.
—Comment vous êtes arrivée en Amérique pour faire vos recherches ?
Après la guerre, un savant américain, Viktor Hamburger, avait lu mes petits articles écrits en cachette. En 1947, il m'a invitée dans son laboratoire, à la Washington University de Saint-Louis. Imagine : une femme italienne, qu'on avait chassée de chez elle, qui traverse l'océan parce qu'un homme a cru en son travail. Je ne devais rester que quelques mois… j'y suis restée trente ans ! Là-bas, j'ai rencontré Stanley Cohen, et ensemble nous avons isolé le NGF. Tu vois, parfois une seule lettre, une seule invitation, peut changer toute une vie.
Parfois une seule invitation peut changer toute une vie.

—Ça fait quoi de gagner un prix Nobel ?
J'avais 77 ans quand on me l'a annoncé, en 1986 ! On n'attend plus vraiment, à cet âge. J'ai partagé le prix avec mon ami Stanley Cohen, et dans mon discours à Stockholm, j'ai d'abord remercié Viktor Hamburger. Sans son invitation à Saint-Louis, ma découverte n'aurait jamais existé. Tu sais, la médaille est en or, elle brille dans une jolie boîte. Mais ce qui m'a vraiment émue, ce n'était pas l'or. C'était de penser à la petite femme du laboratoire clandestin, celle qu'on voulait faire taire, et qui se retrouvait là, debout, devant le monde entier.
—Pourquoi vous avez écrit un livre qui s'appelle Éloge de l'imperfection ?
Parce que j'ai compris une chose, mon enfant : personne n'est parfait, et c'est tant mieux. En 1987, j'ai écrit Elogio dell'imperfezione, mon autobiographie. J'y raconte le jour de 1938 où j'ai entendu Mussolini annoncer les lois raciales à la radio. Je n'ai pas tremblé de terreur. J'ai senti une « froide détermination » : continuer à faire de la recherche, coûte que coûte. Imagine quelqu'un qui te dit que tu ne vaux rien, et toi, calmement, tu décides de prouver le contraire par ton travail. Nos failles ne nous arrêtent pas. Souvent, elles nous poussent à avancer.
Nos failles ne nous arrêtent pas ; souvent, elles nous poussent à avancer.

—Vous parliez de votre travail avec votre famille, le soir ?
Le soir, après le laboratoire, je rentrais dans mon appartement plein de livres et de revues. J'écrivais des lettres à mes collègues partout en Europe. Et surtout, je correspondais avec ma sœur jumelle Paola, qui était peintre. Elle, elle dessinait la beauté du monde ; moi, je cherchais comment les nerfs se dessinent dans le vivant. Au fond, nous faisions le même métier : regarder très, très attentivement. Je mangeais peu, un dîner simple à l'italienne, des pâtes, un peu de vin. Et je me couchais tard, en notant des idées au bord du lit. Mon esprit ne dormait jamais tout à fait.
—C'est vrai que vous travailliez encore quand vous étiez très très vieille ?
Oh oui ! En 2002, à plus de 90 ans, j'ai fondé un institut de recherche sur le cerveau à Rome, l'EBRI. J'y allais encore, je discutais avec les jeunes chercheurs. Et en 2001, on m'a nommée sénatrice à vie : un grand honneur en Italie, qui me permettait de voter les lois du pays. Imagine une dame de plus de 90 ans qui se lève chaque matin pour aller travailler et décider de choses importantes. Un jour, à 97 ans, j'ai dit en riant que mon cerveau fonctionnait mieux que jamais. La curiosité, vois-tu, ça ne prend pas de rides.
La curiosité, ça ne prend pas de rides.
—Si on devait retenir une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Retiens ceci, mon enfant. On a essayé de m'empêcher de travailler parce que j'étais juive, parce que j'étais une femme. J'ai disséqué des embryons sur ma table de nuit, fui sous un faux nom, traversé l'océan, et j'ai vécu jusqu'à 103 ans, sans jamais cesser d'apprendre. Ce n'est pas mon intelligence qui m'a portée si loin. C'est ma passion, et le refus d'abandonner. Alors quand quelqu'un te dira un jour que tu n'as pas le droit de faire ce que tu aimes, souviens-toi de la vieille dame au microscope. Et continue à regarder le monde de tes propres yeux.
Quand on te dit non, continue à regarder le monde de tes propres yeux.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Rita Levi-Montalcini. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


