Interview imaginaire avec Sigurd
par Charactorium · Sigurd · Mythologie · 5 min de lecture
C'est sur le mont Hindarfjall, là où un cercle de flammes lèche encore le rocher nu, que Brynhildr la valkyrie reçoit Sigurd au crépuscule. L'odeur du fer chauffé et de la bruyère brûlée flotte sur la lande ; en contrebas, Grani piaffe, indifférent au feu. Ils se connaissent depuis que le héros a franchi ces mêmes flammes pour la réveiller et qu'elle lui a enseigné les runes — avant qu'une coupe d'oubli ne vienne tout défaire. Elle l'interroge ce soir comme on rouvre une blessure : avec la voix de celle qui aima et fut trahie.
—Sigurd, tu te souviens du jour où tu as franchi mes flammes sur ce rocher ? Dis-moi ce que tu as ressenti en m'éveillant.
Comment l'oublierais-je, Brynhildr — toi seule sais ce que c'est, ce mur de feu que nul lâche ne traverse. J'ai poussé Grani dans les flammes et il n'a pas bronché, car il porte en lui le sang du cheval d'Odin. Je t'ai trouvée endormie dans ta cotte de mailles, et j'ai cru d'abord avoir réveillé un guerrier tombé. Quand tu t'es dressée, tu m'as donné l'hydromel de bienvenue et tu m'as enseigné les runes de victoire, de mer et de parole. Je n'avais jamais reçu pareil présent : pas un trésor de dragon, mais un savoir. Ce jour-là, j'ai su que ma destinée et la tienne s'étaient nouées dans le feu.
Pas un trésor de dragon, mais un savoir : voilà ce que tu m'as donné dans le feu.
—Avant de venir à moi, il a fallu une lame. Parle-moi de cette épée qu'on dit reforgée des éclats de ton père.
Mon épée se nomme Gram, et son histoire est celle de ma lignée. Odin lui-même avait enfoncé une lame dans le tronc de Barnstokk, dans la salle des Völsung, et seul mon père Sigmund put l'arracher. Elle se brisa le jour de sa mort. Regin, le forgeron, ressouda les éclats pour moi, et la lame nouvelle trancha l'enclume en deux, puis fendit un flocon de laine porté par le courant de la rivière. Aucune armure ne lui résiste. C'est avec Gram que j'ai ouvert le ventre de Fáfnir, et c'est elle, plus que mon bras, qui fait de moi ce que je suis. Une épée qui vient des dieux ne se manie pas : elle vous conduit.
Une épée qui vient des dieux ne se manie pas : elle vous conduit.
—On chante partout la lande de Gnitaheiðr et le serpent. Raconte-moi vraiment cette nuit, sans le faste des skalds.
Regin m'avait montré la piste que Fáfnir suivait pour boire, un sillon creusé dans la lande de Gnitaheiðr par le ventre du monstre. Sur son conseil, j'ai creusé une fosse en travers du chemin et je m'y suis tapi. Quand le dragon est passé au-dessus de moi, la terre tremblait et son souffle empoisonné coulait comme une rivière. J'ai levé Gram et je l'ai plongée jusqu'à la garde dans son cœur. Il s'est tordu, il a parlé encore — car les dragons parlent en mourant — et il m'a averti que son or me perdrait. Je n'avais pas peur de la bête, Brynhildr. Ce sont ses derniers mots que je n'ai jamais pu oublier.
Les dragons parlent en mourant ; ce sont ses derniers mots que je n'ai jamais pu oublier.
—Et ensuite, le sang. On dit que tu as goûté Fáfnir et entendu ce que nul homme n'entend. Est-ce vrai ?
C'est vrai, et ce fut malgré moi. Regin m'avait demandé de rôtir le cœur du dragon pour qu'il le mange. En tâtant la chair pour voir si elle était cuite, je me suis brûlé le doigt et l'ai porté à ma bouche. Aussitôt le sang de Fáfnir a touché ma langue, et le chant des mésanges dans les branches est devenu paroles claires. Elles m'avertissaient que Regin voulait ma mort pour garder l'or seul. J'ai compris la trahison avant qu'elle ne tombe, et j'ai tranché la tête du forgeron. Depuis, j'entends parfois encore les oiseaux. Mais sais-tu, Brynhildr, ce don ne console pas : connaître ce que tramment les cœurs est un fardeau autant qu'une arme.
Connaître ce que tramment les cœurs est un fardeau autant qu'une arme.
—Toi qui as bu le sang d'un monstre et reçu mes runes, dis-moi : ce savoir t'a-t-il rendu plus libre, ou plus enchaîné ?
Plus enchaîné, je le crains. Tes runes, Brynhildr, m'ont appris à graver la victoire et à apaiser la mer ; le sang de Fáfnir m'a ouvert la langue des oiseaux. Mais aucun de ces dons ne m'apprend à échapper à ce qui est écrit. Je vois les pièges, je devine les traîtres, et pourtant je marche vers eux comme la rivière vers le fjord. Les oiseaux m'ont prévenu contre Regin et j'ai pu le frapper ; mais contre le malheur attaché à l'or, nul avertissement ne sert. Savoir n'est pas pouvoir détourner. J'ai appris cela en goûtant un cœur de dragon : on peut entendre sa perte annoncée et n'y rien changer.
On peut entendre sa perte annoncée et n'y rien changer.

—Sur ce rocher, après les runes, tu m'as fait un serment. T'en souviens-tu encore, Sigurd, ou l'a-t-on effacé ?
Je m'en souviens à présent, Brynhildr, et c'est là toute ma honte. Nous avons échangé des serments dans la clarté de ces flammes : que je reviendrais, que nulle autre ne prendrait ta place dans mon cœur. Je t'ai laissé un anneau en gage. Je ne mens pas en disant qu'à cet instant, aucun trésor de Fáfnir ne valait ta parole. Tu m'avais enseigné plus que les runes : tu m'avais montré à qui un guerrier sans peur pouvait enfin parler d'égal à égal. Ce serment, je l'ai juré le cœur entier. Que la suite l'ait trahi ne le rend pas faux — seulement perdu, comme tant de choses chez les Völsung.
Aucun trésor de Fáfnir ne valait ta parole.
—Tu as pris l'or du dragon, et l'anneau Andvaranaut avec. Savais-tu, en le glissant à ton doigt, ce qu'il portait ?
Je le savais, et je l'ai pris quand même. Fáfnir mourant m'avait averti que son or me perdrait, et l'anneau Andvaranaut est le pire de tout ce butin : le nain Andvari, dépouillé de son dernier bien, l'a maudit pour que la mort suive quiconque le posséderait. Un guerrier ne renonce pas au trésor d'un dragon par crainte d'une parole de nain — c'eût été indigne. Alors j'ai chargé l'or sur Grani et l'anneau à mon doigt. Mais l'or des Nibelungen n'enrichit personne : il dresse les frères contre les frères, l'épouse contre l'amante. Je crois aujourd'hui que ce cercle d'or pèse plus lourd que tout le bât de mon cheval.
L'or des Nibelungen n'enrichit personne : il dresse les frères contre les frères.

—Et pourtant tu m'as oubliée et tu en as épousé une autre. Dis-moi, Sigurd : qu'est-ce qui a effacé nos flammes ?
Une coupe, Brynhildr. Rien de plus, et rien de pire. À la cour de Gjúki, la reine Grímhild m'a tendu un hydromel mêlé d'herbes et de runes noires, un breuvage d'oubli. Dès la première gorgée, ton visage et notre serment se sont retirés de moi comme la mer se retire de la grève. J'ai épousé Gudrun sans même savoir que je te trahissais ; pire, j'ai franchi tes flammes une seconde fois, mais sous les traits de Gunnar, pour te livrer à lui. Je ne plaide pas l'innocence — un homme reste comptable de ses actes, même drogué. Mais sache que ce n'est pas mon cœur qui t'a quittée : c'est ma mémoire qu'on m'a volée.
Ce n'est pas mon cœur qui t'a quittée : c'est ma mémoire qu'on m'a volée.
—Tu parles comme un homme qui voit déjà sa fin. Le Wyrd te pèse-t-il à ce point, toi le tueur de dragon ?
Le Wyrd pèse sur tous, Brynhildr, même sur celui qui a fendu Fáfnir. J'ai entendu trop d'avertissements — la bête, les oiseaux, le nain — pour me croire à l'abri. Le destin d'un Völsung n'est pas de mourir vieux au coin du feu : c'est d'accomplir de grandes choses et de tomber jeune, frappé par ceux qu'il aimait. Je sens autour de moi la rancune monter comme la fosse de Gnitaheiðr se remplissait du sang du dragon. On ne tue pas un homme tel que moi en plein champ ; on le frappe endormi, sans armes, par la main d'un parent. Je ne fuirai pas. Affronter sans trembler ce qui est écrit, c'est tout ce qui reste d'un héros.
Affronter sans trembler ce qui est écrit, c'est tout ce qui reste d'un héros.
—Une dernière chose, Sigurd. De tous tes exploits, lequel veux-tu que les skalds chantent quand ni toi ni moi ne serons plus ?
Qu'ils chantent Gnitaheiðr s'ils le veulent, Brynhildr, et la lame Gram dans le cœur du serpent ; c'est l'exploit que les hommes comprennent le mieux. Mais ce n'est pas ce que je voudrais qu'on retienne. Tuer un dragon, c'est une affaire de courage et d'une bonne fosse. Le plus dur fut de tenir parole, et là j'ai failli. Si l'on doit me chanter, que ce soit pour le guerrier qui n'eut jamais peur — ni du feu, ni du fer, ni de la mort annoncée. Le reste, l'or, les trahisons, l'oubli, appartient à la malédiction, non à moi. Un héros n'est pas ce que le sort lui fait : il est ce qu'il fait du peu de liberté qu'on lui laisse.
Un héros n'est pas ce que le sort lui fait : il est ce qu'il fait du peu de liberté qu'on lui laisse.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sigurd. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


