Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sor Juana Inés de la Cruz

par Charactorium · Sor Juana Inés de la Cruz (1651 — 1695) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le parloir du couvent de San Jerónimo, à Mexico, en cette fin d'année 1691, que Sœur Philothée de la Croix vient s'entretenir avec Sor Juana. La lumière tombe sur une cellule encombrée de volumes reliés, et l'odeur de l'encre fraîche flotte encore près de l'écritoire. Quelques mois plus tôt, le prélat a fait imprimer sans son aval la Carta Atenagórica, puis l'a exhortée à délaisser les lettres profanes. Sor Juana, elle, vient d'achever sa Respuesta — et reçoit son correspondant avec une déférence où perce la fermeté.

Ma sœur, dans la lettre que vous m'adressez, vous évoquez une enfance studieuse. Comment une si petite fille a-t-elle pu apprendre à lire seule ?

Vous touchez là, Sœur Philothée, à mon premier péché de curiosité. J'avais à peine trois ans lorsque j'ai suivi ma sœur aînée à l'école sous un prétexte menteur, et le maître m'enseigna sans le dire à ma mère. Plus tard, je me cachais dans la bibliothèque de mon grand-père, à Nepantla, parmi des livres que nul ne songeait à m'interdire — car nul n'imaginait qu'une fille les ouvrît. J'ai dévoré le latin en quelques leçons, me privant de fromage parce qu'on le disait nuisible à l'esprit. Vous le voyez : cette faim n'est pas venue d'un orgueil tardif, mais d'un naturel que je n'ai jamais su réfréner.

Cette faim n'est pas venue d'un orgueil tardif, mais d'un naturel que je n'ai jamais su réfréner.

Beaucoup s'étonnent qu'une femme de votre esprit ait choisi le voile. Pourquoi le cloître plutôt que le monde, mon enfant ?

Je vous répondrai sans détour, puisque vous portez vous-même l'habit. Je n'avais nul appétit pour le mariage, et je connaissais peu de chemins qui laissassent à une femme la liberté d'étudier. Le couvent des Jerónimas fut ce refuge : ici, en 1668, j'ai pu faire de ma cellule une bibliothèque, et j'y ai rassemblé plus de quatre mille volumes. On me croit recluse ; je me sens plus libre entre ces murs que je ne l'aurais été dans aucun salon. La règle m'enserre, certes, mais elle me garde aussi des mille empêchements qu'un foyer aurait dressés contre mes études.

Je me sens plus libre entre ces murs que je ne l'aurais été dans aucun salon.

On raconte qu'avant le voile, à la cour du vice-roi, quarante savants vous interrogèrent. Cet examen vous a-t-il pesé ?

Ah, Sœur Philothée, cette journée demeure étrange dans mon souvenir. Le vice-roi avait réuni théologiens, juristes, mathématiciens et poètes pour m'éprouver, comme on éprouve un galion par tempête. Je répondis à chacun selon sa science, non par vanité, mais parce que les questions venaient à moi comme l'eau cherche sa pente. Beaucoup en conçurent de l'admiration ; d'autres, j'en suis sûre, n'y virent qu'un prodige indécent chez une jeune fille. C'est de ce mécénat que naquirent ensuite mes œuvres de commande, comme le Neptuno Alegórico pour l'entrée du vice-roi en 1680. La cour donne beaucoup, mais elle observe celle qui sait, plus qu'elle ne l'aime.

Les questions venaient à moi comme l'eau cherche sa pente.

Venons-en à ce qui me presse : je vous ai exhortée, sous mon nom d'emprunt, à plus de retenue. Pourquoi cette longue Respuesta en retour ?

Pardonnez ma franchise, vous qui m'avez écrite avec tant de bienveillance apparente. Vous avez fait imprimer ma critique sans mon aveu, puis m'avez conseillé de baisser les yeux vers les choses divines. Mais comment renoncer à comprendre, quand comprendre est la voie même que Dieu m'a ouverte ? Dans ma Respuesta a sor Filotea, je ne réclame pas un privilège : je rappelle que tant de saintes femmes ont enseigné, et que refuser le savoir aux femmes, c'est leur refuser la moitié de leur âme. Je l'ai dit ailleurs en vers contre les hommes déraisonnables qui accusent la femme sans voir qu'ils sont l'occasion du mal qu'ils lui reprochent. Ma défense n'est pas révolte : c'est l'aveu d'une conscience.

Comment renoncer à comprendre, quand comprendre est la voie même que Dieu m'a ouverte ?

Ne craignez-vous pas, ma sœur, que ces écrits hardis n'attirent sur vous la censure de l'Inquisition et le déplaisir de l'archevêque ?

Je la crains, Sœur Philothée, et je ne le cache point. Vous savez mieux que personne combien la Carta Atenagórica a déjà soulevé d'orages, et combien l'archevêque de Mexico tient en suspicion une plume de femme. On me reproche de commenter la théologie comme si l'intelligence avait un sexe. Pourtant je n'ai jamais écrit contre la foi, seulement contre l'idée que l'étude la trahirait. Si l'on m'impose le silence, je m'inclinerai par obéissance, car ma profession l'exige. Mais nul ne m'ôtera ce que j'ai déjà appris, ni cette certitude qu'une intelligence qu'on étouffe ne se tait jamais tout à fait au-dedans.

On me reproche de commenter la théologie comme si l'intelligence avait un sexe.
Sor Juana Inés de la Cruz (Juan de Miranda)
Sor Juana Inés de la Cruz (Juan de Miranda)Wikimedia Commons, Public domain — Juan de Miranda (c.1667?-1714)

Parlons de vos vers. Dans votre grand poème du songe, l'âme prend son envol la nuit. Que cherchiez-vous à dire par cette image ?

Vous avez lu mon Primero Sueño avec attention, et j'en suis touchée. J'y ai voulu peindre l'âme qui, le corps endormi, entreprend son vol nocturne à travers les sphères du savoir pour contempler l'ordre de la création. C'est l'aventure de l'entendement qui se hisse, échoue, recommence — car la connaissance humaine ne saisit l'univers que par fragments. J'ai écrit ce poème pour moi seule, sans commande ni dédicace, ce que je n'ai fait qu'une fois. Le style en est baroque, chargé d'allégories et de conceptismes, mais sous l'ornement il y a une question toute nue : jusqu'où l'esprit peut-il monter avant que la lumière du jour ne le rappelle à sa mesure ?

Sous l'ornement il y a une question toute nue : jusqu'où l'esprit peut-il monter ?

Décrivez-moi vos journées en ce couvent, ma sœur. Comment conciliez-vous la règle et cette ardeur d'étude que vous m'avouez ?

Mes jours suivent la cloche, Sœur Philothée, comme il sied à toute moniale. Je me lève avant l'aube pour les offices, je prends un frugal repas de pain et de chocolat, et j'écoute au réfectoire les lectures édifiantes. Mais l'après-midi m'appartient un peu : dans ma cellule, je compose, je réponds aux lettres des savants qui me sollicitent, je lis parmi mes volumes. Le soir, les vêpres me ramènent à la communauté avant le grand silence. Croyez bien que je n'ai pas choisi cette discipline pour fuir l'étude, mais pour la sauver des distractions du siècle. Même mes tâches d'économe du couvent m'enseignent : j'ai observé qu'une cuisine bien menée recèle plus de philosophie qu'on ne croit.

Je n'ai pas choisi cette discipline pour fuir l'étude, mais pour la sauver des distractions du siècle.
Sor Juana Inés de la Cruz
Sor Juana Inés de la CruzWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Juan de Miranda

Enfant, vous parliez déjà le nahuatl autant que le latin, dit-on. Ces langues du Nouveau Monde nourrissent-elles encore votre plume ?

Elles la nourrissent plus que mes censeurs ne le souhaiteraient. J'ai grandi parmi les voix indiennes des champs, et le nahuatl ne m'est pas plus étranger que le latin de mes livres. Quand je compose des villancicos pour la cathédrale, j'y mêle parfois ces parlers et les rythmes des Noirs et des Indiens de cette terre, car la louange de Dieu monte aussi bien des humbles que des doctes. Cette Nouvelle-Espagne n'est pas une pâle copie de la métropole : elle a sa langue, ses chants, son génie propre. Je crois qu'un esprit ne s'appauvrit jamais d'entendre plusieurs voix ; il s'appauvrit de n'en vouloir entendre qu'une.

Un esprit ne s'appauvrit jamais d'entendre plusieurs voix ; il s'appauvrit de n'en vouloir entendre qu'une.

On qualifie votre art de baroque, tout en jeux de mots et en images surprenantes. Ce style n'égare-t-il pas le lecteur loin du sens ?

Voilà un reproche que j'entends souvent, et je veux vous y répondre. Le conceptisme et l'abondance ne sont pas, chez moi, parure gratuite : ils sont la forme même d'une pensée qui se replie et se déploie. Une idée trop vite dite glisse sans laisser de trace ; une image qui surprend force l'esprit à s'arrêter, à creuser. Quand je multiplie les contrastes, c'est pour que le lecteur sente la difficulté de comprendre, qui est le vrai sujet de presque tout ce que j'écris. Le baroque n'est pas un voile jeté sur le sens : c'est l'aveu honnête que la vérité ne se donne jamais d'un seul coup, et qu'il faut, pour l'atteindre, accepter le labyrinthe.

Le baroque n'est pas un voile jeté sur le sens : c'est l'aveu que la vérité ne se donne jamais d'un seul coup.

Une dernière question, ma sœur. Si l'on vous ordonnait demain de renoncer à toute plume, vous soumettriez-vous de bon cœur ?

Vous me pressez là où je suis le plus tendre, Sœur Philothée. Si l'obéissance l'exige, je céderai mes livres et ma plume, car je n'ai pas pris le voile pour désobéir. Mais ne croyez pas que cela me coûte peu : c'est me demander de tarir une source qui jaillit malgré moi. Je confesse être tombée dans le labyrinthe de ces études mondaines, et j'ignore si j'aurais la force de m'en retirer tout entière. Peut-être renoncerai-je aux vers profanes ; je ne renoncerai pas à penser, car nul vœu n'a jamais pu interdire cela. Et vous, qui m'avez écrit en amie, vous savez bien qu'on n'éteint pas une lampe en la cachant sous le boisseau.

Peut-être renoncerai-je aux vers profanes ; je ne renoncerai pas à penser.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sor Juana Inés de la Cruz. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.