Interview imaginaire avec Sun Wukong
par Charactorium · Sun Wukong · Mythologie · 6 min de lecture
Sur la Montagne des Fleurs et des Fruits, là où les cascades tombent comme des rideaux de jade, le Roi Singe est assis sur un rocher tiède de soleil, faisant tourner entre ses doigts un bâton qui n'est pas plus gros qu'une aiguille à coudre. Il a accepté de parler, à condition qu'on ne lui demande pas de rester sage. Voici ses paroles.
—On raconte que vous n'avez ni père ni mère. D'où venez-vous vraiment ?
Je suis né d'une pierre. Pas une image de poète : une vraie pierre cosmique, posée au sommet de la Montagne des Fleurs et des Fruits, que le Ciel et la Terre avaient nourrie des âges durant jusqu'à ce qu'elle éclate et me crache au monde. Aucune matrice, aucun lait, aucune dette envers personne. Quand j'ai ouvert les yeux, deux rayons ont jailli de mes prunelles jusqu'au Palais céleste, et là-haut on a frémi sans encore savoir mon nom. Les autres singes m'ont fait roi parce que j'ai osé sauter à travers la cascade le premier, dans la grotte du Rideau d'Eau. Comprenez bien : je ne descends de rien, donc je ne crains rien. Celui qui naît d'un caillou ne se courbe pas facilement.
Celui qui naît d'un caillou ne se courbe pas facilement.
—Comment en êtes-vous arrivé à défier l'Empereur du Ciel lui-même ?
On m'avait donné un petit poste là-haut, palefrenier des chevaux célestes, un titre pour amuser les enfants. Quand j'ai compris qu'on se moquait de moi, j'ai planté ma bannière sur la Montagne des Fleurs et des Fruits et je me suis proclamé Grand Roi Égal au Ciel. Égal, vous entendez ? Pas serviteur, pas vassal. J'ai mis sens dessus dessous leurs banquets, j'ai goûté les pêches d'immortalité du Jardin de la Reine-Mère, j'ai avalé les pilules d'or du vieux Laozi comme on grignote des fèves. Toute l'armée céleste est descendue, cent mille lances, et je les ai renvoyées chez eux dépeignés. Ce qu'on appelle là-haut La Rébellion contre le Ciel, moi je l'appelle le jour où j'ai refusé qu'on décide de ma taille à ma place.
Je me suis proclamé Grand Roi Égal au Ciel. Égal, vous entendez ?
—Vos transformations sont légendaires. Où avez-vous appris cet art ?
J'ai traversé deux océans sur un radeau de fortune pour trouver un maître. C'est le Patriarche Subodhi qui m'a pris, dans son monastère retiré, et qui m'a donné mon nom, Sun Wukong, « l'Éveillé à la Vacuité ». Il m'a enseigné les soixante-douze transformations. Comprenez ce que cela veut dire : je peux devenir un faucon, une carpe, un moustique, un temple entier avec ma queue dressée en mât de drapeau derrière. Je peux me cloner en arrachant une poignée de mes propres poils et en soufflant dessus — chaque poil un petit moi, hurlant et bondissant. Subodhi m'a aussi appris le saut du nuage : un culbute et je franchis trente-six mille lieues. Mais il m'a chassé en me défendant de jamais dire son nom. Un maître pareil ne se vante pas. Moi, en revanche, je me vante très bien tout seul.
—Parlez-nous de ce bâton que vous ne quittez jamais.
On l'appelle le Ruyi Jingu Bang, le bâton-aiguille à cercle d'or. Je l'ai pris au Roi-Dragon de la mer de l'Est, dans son palais sous les flots, où il servait de pilier pour mesurer la profondeur des eaux. Treize mille cinq cents livres, et pourtant il m'a obéi dès que je l'ai touché : il s'est mis à grandir, à rétrécir, selon ma seule volonté. Quand je le veux gros comme une colonne du Ciel, il fend les nuées ; quand je le veux fin comme une aiguille, je le glisse derrière mon oreille et je pars en sifflotant. Le Roi-Dragon en a pâli, le pauvre. Cette arme me ressemble : elle ne connaît qu'une mesure, la mienne. Donnez-moi un bâton qui change de taille à mon gré, et je vous renverse n'importe quel ordre établi.
Cette arme me ressemble : elle ne connaît qu'une mesure, la mienne.
—Votre révolte s'est mal terminée. Que s'est-il passé ?
Le Ciel n'arrivait pas à me mater, alors il a appelé le Bouddha. Lui ne s'est pas battu. Il a tendu sa paume et m'a dit : si tu sors de ma main d'un seul de tes sauts de nuage, tu auras gagné le Ciel. J'ai bondi, trente-six mille lieues, jusqu'à cinq piliers roses que j'ai pris pour le bout du monde — j'ai même laissé ma marque au pied de l'un d'eux. Et je n'avais pas quitté sa paume. Les piliers, c'étaient ses doigts. D'un revers, il a retourné sa main en une Montagne des Cinq Éléments et m'a scellé dessous. Cinq cents ans, écrasé, à mâcher des boulettes de fer et à boire du cuivre fondu pour toute pitance. Cinq cents ans à apprendre qu'il existe une main plus large que mon orgueil.
Cinq cents ans à apprendre qu'il existe une main plus large que mon orgueil.

—Comment votre route a-t-elle croisé celle du moine Xuanzang ?
Au bout de mes cinq cents ans sous la Montagne des Cinq Éléments, j'ai entendu des pas. Un moine au crâne nu, fragile, presque tremblant : Xuanzang, en route vers l'Ouest, vers l'Inde, pour rapporter les écritures sacrées. Le Bouddha avait promis que celui qui me délivrerait deviendrait mon maître. Le moine a décollé le talisman qui me clouait à la roche, et la montagne s'est ouverte comme une coquille. Je suis sorti en rugissant, libre, et je me suis incliné — moi, le Grand Saint, devant ce petit bonze sans force. Comprenez l'étrangeté : c'est le plus faible qui m'a rendu au monde. Désormais je marcherais devant lui sur la Route de la Soie, balayant les démons de son chemin. Mon premier disciple, ma première chaîne, et le début de tout.
—On dit que vous portez un diadème qui vous fait souffrir. Pourquoi l'acceptez-vous ?
Je ne l'ai pas accepté, on me l'a glissé sur la tête par ruse, déguisé en jolie coiffe. C'est le bandeau d'or, le Jingu. Dès que Xuanzang récite à voix basse la formule du resserrement, le cercle se contracte sur mon crâne et la douleur me jette à terre, moi qui ai défié les armées du Ciel. La première fois, j'ai voulu le briser à coups de bâton — impossible, il avait pris racine dans ma chair. J'ai compris alors que la force ne pouvait rien contre lui. Ce maudit anneau m'enseigne ce que mille combats n'avaient pas su m'apprendre : qu'on ne dompte pas un singe sauvage par la peur, mais par une douleur qui le ramène, encore et encore, au pas du devoir. Je le hais. Et pourtant, sans lui, je serais reparti depuis longtemps mettre le Ciel à sac.
On ne dompte pas un singe sauvage par la peur, mais par une douleur qui le ramène au devoir.
—Vous étiez l'incarnation du chaos. Qu'est-ce que la discipline a changé en vous ?
Au début, je tranchais tout ce qui se dressait : brigands, démons, esprits, je voyais le mal de mes yeux perçants et je frappais. Xuanzang m'a chassé pour cela, parce qu'il refusait que je tue, même des bandits. Il a fallu que la formule du bandeau d'or me serre le crâne pour que j'apprenne à retenir mon bras. La discipline, ce n'est pas devenir doux — un singe né d'une pierre ne devient jamais doux. C'est apprendre à mettre ma sauvagerie au service d'autre chose que de moi-même. Sur la Route de la Soie, à protéger ce moine plus faible qu'un roseau, j'ai découvert une force que je ne connaissais pas : celle de ne pas frapper quand je le pourrais. Le Grand Saint Égal au Ciel a fini par s'agenouiller. Non par défaite. Par choix.
—Le voyage vers l'Ouest fut semé d'épreuves. Comment l'avez-vous traversé ?
Quatre-vingt-une épreuves, pas une de moins — le Ciel compte juste. Des rivières où l'eau elle-même était un monstre, des montagnes de flammes qu'aucun nuage ne franchissait, des démons qui prenaient le visage de vieilles femmes pour tromper mon maître. À chaque fois mes yeux perçants déchiraient l'illusion, à chaque fois Xuanzang doutait de moi, et à chaque fois je revenais. J'arrachais mes poils pour en faire une armée, je me changeais en mouche pour entrer dans la panse des démons, je sautais sur mon nuage chercher du secours chez la Guanyin. Le plus dur n'était pas de me battre — me battre, c'est ma joie. Le plus dur, c'était d'endurer qu'on me renvoie, qu'on me soupçonne, et de protéger malgré tout celui qui se méfiait de moi. Voilà l'épreuve qu'aucun bâton ne réglait.
—Au terme de tout cela, vous êtes devenu Bouddha. Qu'est-ce que cela signifie pour le rebelle que vous étiez ?
Quand nous avons rapporté les écritures sacrées jusqu'au Royaume du Bouddha, en Inde, on m'a conféré un titre : Bouddha victorieux du combat. Songez à l'ironie : le singe qui avait mis le Ciel à feu et à sang devient l'un des Éveillés, canonisé, sanctifié. Et savez-vous ce que j'ai demandé en premier ? Que l'on m'ôte enfin le bandeau d'or. On m'a répondu de le toucher : il avait disparu de lui-même. Car celui qui a trouvé l'illumination n'a plus besoin qu'on lui serre le crâne — la discipline était devenue la mienne. Je suis toujours né d'une pierre, je saute toujours mes trente-six mille lieues. Mais le chaos qui me dévorait s'est fait clarté. Le Wukong de mon nom — l'Éveil à la Vacuité — n'était pas une promesse vide. C'était, depuis le début, le bout du chemin.
Le singe qui avait mis le Ciel à feu et à sang devient l'un des Éveillés.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sun Wukong. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


