Interview imaginaire avec Sun Wukong
par Charactorium · Sun Wukong · Mythologie · 5 min de lecture
C'est au pied de la Montagne des Cinq Éléments, là où le Roi Singe demeura scellé cinq cents ans, que Xuanzang retrouve Sun Wukong pour une halte du soir, après une journée de marche vers l'Ouest. Un feu de branchages crépite, le Ruyi Jingu Bang repose contre une pierre, et le diadème d'or luit faiblement sur le front du singe. Le moine, qui l'a délivré de sa prison de roc et l'a pris pour disciple, voudrait comprendre ce cœur turbulent qu'il a juré de guider. Il pose ses questions à voix basse, pendant que les démons rôdent au loin.
—Wukong, avant que je ne te délivre de cette montagne, tu avais défié le Ciel tout entier. Dis-moi : pourquoi t'es-tu proclamé l'égal de l'Empereur d'En-Haut ?
Maître, tu me demandes cela alors que tu m'as trouvé écrasé sous ce roc — c'est donc que tu connais déjà la fin de l'histoire. Je m'étais nommé Grand Saint Égal au Ciel parce que les fonctionnaires célestes m'avaient donné un titre creux, gardien d'écuries, pour m'amadouer. Moi qui étais né libre sur la Montagne des Fleurs et des Fruits, je n'acceptais pas qu'on mesure ma valeur à si peu. J'ai renversé le banquet de la Reine-Mère, dévoré les pêches d'immortalité, terrorisé les palais célestes. Aucune armée ne pouvait me prendre. Il a fallu la paume du Bouddha lui-même pour me clouer ici, cinq cents ans, à boire la pluie et mâcher le fer. C'est long, pour apprendre l'humilité.
On m'avait donné un titre creux ; j'ai voulu un nom à la mesure du Ciel.
—Tu n'es pas né d'une mère, m'a-t-on dit, mais d'une pierre. Comment un être de roche a-t-il appris les arts qui te rendent aujourd'hui si redoutable ?
C'est vrai, je suis sorti d'un œuf de pierre cosmique fendu par le vent et la rosée, là-haut sur la Montagne des Fleurs et des Fruits. Aucun parent, aucune lignée — seulement le ciel pour père et la terre pour mère. Devenu roi des singes, j'ai voulu plus que régner : je voulais ne jamais mourir. J'ai traversé les mers pour trouver le Patriarche Subodhi, et c'est lui qui m'a enseigné les arts taoïstes, le secret du nuage et les soixante-douze transformations. Oiseau, poisson, insecte, je peux tout devenir. Mais le maître m'avait prévenu : ces pouvoirs attirent le malheur sur qui les montre par orgueil. J'ai mis du temps, bien trop de temps, à entendre cet avertissement.
Le ciel pour père, la terre pour mère, et la pierre pour seul berceau.
—Wukong, ce bâton que tu chéris pèse plus qu'une montagne, dit-on. D'où te vient cette arme, et comment l'as-tu obtenue ?
Le Ruyi Jingu Bang, maître, je suis allé le prendre au fond du palais du Roi-Dragon des mers. C'était jadis le pieu qui mesurait les eaux du déluge, treize mille cinq cents livres de fer doré. Devant moi, il s'est mis à briller et à frémir — il m'avait reconnu. D'un mot je le fais grand comme un pilier du Ciel, d'un autre menu comme une aiguille que je glisse derrière mon oreille. Aucune main hormis la mienne ne peut le soulever. Le Roi-Dragon en a pâli, mais que pouvait-il contre moi ? Cette arme et moi, nous ne faisons qu'un seul vouloir.
Le fer m'a reconnu avant même que ma main ne le touche.
—Et ce diadème sur ton front, Wukong — celui que mes mots resserrent quand tu t'égares ? Pardonne-moi de te le rappeler, mais que ressens-tu lorsque je récite le mantra ?
Ah, maître, tu touches là le seul fer que je ne peux ployer. Quand tu as posé cette Couronne d'or sur ma tête, je ne savais pas qu'elle ne se retirerait jamais. Et la première fois que tu as prononcé le mantra parce que j'avais tué ces brigands trop vite — la douleur m'a jeté à terre, les mains crispées sur mon crâne, suppliant. Moi qui défiais le Ciel, réduit à ramper par quelques syllabes ! J'ai d'abord voulu te frapper, je l'avoue. Puis j'ai compris : ce cercle est la bride dont mon cœur sauvage avait besoin. Ma force pouvait briser des montagnes ; il fallait qu'une main plus sage lui dise où frapper.
Mon bras pouvait briser des montagnes ; ton mantra m'a appris où ne pas frapper.
—Tu parles d'apprendre l'humilité sous le roc. Pourtant je te vois encore bouillir quand on t'insulte. La rébellion t'a-t-elle vraiment quitté ?
Non, maître, et je ne te mentirai pas, à toi moins qu'à un autre. Le singe qui a renversé les palais célestes vit toujours sous ma peau. Quand un démon se moque de toi ou menace ta vie, je sens monter la même flamme qu'au temps de ma révolte. La différence, c'est qu'autrefois je brûlais pour mon orgueil seul ; aujourd'hui je brûle pour te protéger. Cinq cents ans sous la pierre ne m'ont pas rendu doux — ils m'ont appris à choisir ma colère. Tu as pris un fauve pour disciple, et tu le sais. Mais ce fauve a juré de te mener vivant jusqu'à l'Ouest.
Cinq cents ans sous la pierre ne m'ont pas adouci ; ils m'ont appris à choisir ma colère.

—Wukong, depuis que nous cheminons ensemble, les démons surgissent à chaque col pour me dévorer. Pourquoi crois-tu qu'ils me convoitent ainsi, moi, un simple bonze ?
Simple bonze ? Maître, ta chair est la plus précieuse de ce monde. Les démons murmurent qu'en te dévorant ils gagneraient l'immortalité, car tu es une âme pure venue de l'Ouest. Voilà pourquoi je ne te quitte jamais des yeux, pourquoi je trace ce cercle au sol quand je dois m'absenter. Mes soixante-douze transformations me servent moins à combattre qu'à démasquer : je vois sous le visage de la vieille femme la goule, sous le moine secourable l'ogre affamé. Toi, ton cœur trop bon te fait prendre les monstres pour des innocents. Ce sont nos rôles : tu portes la sainteté, moi je porte le bâton. Sans l'un, l'autre n'arriverait jamais.
Tu portes la sainteté, moi le bâton ; sans l'un, l'autre n'arrive jamais à l'Ouest.
—On dit qu'au bout de ce chemin nous attendent quatre-vingt-une épreuves. Toi qui as déjà tant souffert, qu'espères-tu trouver au terme du voyage vers l'Ouest ?
Les écritures, maître — voilà ce que toi tu cherches. Mais moi ? Longtemps je n'ai voulu que l'immortalité, ce bien que j'ai déjà volé aux pêches du Ciel. Aujourd'hui, je commence à entrevoir autre chose. Chaque épreuve franchie à tes côtés, chaque démon vaincu pour ta survie, allège un peu le poids de mes anciennes fautes. Peut-être qu'au bout de ces quatre-vingt-une épreuves, ce n'est pas seulement un coffre de sutras qui m'attend, mais le pardon du Ciel que j'ai offensé. Le rebelle pourrait y déposer sa colère comme on dépose un fardeau au seuil d'un temple. Je ne sais pas encore si j'en suis digne. Mais je marche.
Chaque démon vaincu pour toi allège un peu le poids de mes anciennes fautes.
—Te souviens-tu, Wukong, du jour où je t'ai libéré de cette montagne où nous campons ce soir ? Qu'as-tu éprouvé en revoyant le ciel libre ?
Comment l'oublierais-je, maître ? Cinq siècles durant, je n'avais vu que le bord du roc et le passage des nuages au-dessus de ma prison. Quand tu as arraché le sceau du Bouddha collé sur la pierre, la montagne s'est fendue et le jour m'a frappé comme un torrent. J'ai bondi, j'ai crié, j'ai cru que mon corps s'était changé en poussière à force d'attendre. Et puis je t'ai vu, toi, ce moine frêle qui n'avait pas peur de moi. Tu m'as nommé ton disciple avant même que je promette quoi que ce soit. Ce jour-là, sans le savoir encore, j'ai cessé d'être le singe seul du monde. J'avais enfin un maître à suivre — et une route.
Le jour m'a frappé comme un torrent, et toi tu n'avais pas peur de moi.
—Tes frères singes t'attendent encore, dit-on, sur la Montagne des Fleurs et des Fruits. Ne te pèse-t-il pas d'avoir quitté ton royaume pour me suivre ?
Mon royaume, maître… j'en étais le roi, et pourtant je l'ai abandonné deux fois : une première pour chercher l'immortalité, une seconde pour te suivre. Mes singes m'aimaient, nous vivions dans la grotte du Rideau d'Eau, libres comme le vent. Mais régner sur un peuple insouciant ne m'a jamais rassasié. Il y avait en moi une faim que les pêches sauvages ne comblaient pas. Te suivre sur cette route de poussière et de démons, c'est plus dur que tout ce que j'ai connu sur ma montagne — et pourtant c'est là que je me sens enfin à ma place. Mes frères me reverront, je le crois. Mais le singe qui reviendra ne sera plus tout à fait le même roi.
Il y avait en moi une faim que les pêches sauvages ne comblaient pas.
—Quand tu chevauches ton nuage pour fendre les cieux en éclaireur, Wukong, à quoi songes-tu, là-haut, loin de notre caravane ?
Sur mon nuage culbutant, maître, je franchis en un saut ce que la caravane mettrait des mois à parcourir. Là-haut, le monde devient minuscule : les royaumes ne sont plus que des taches, les rivières des fils d'argent. Autrefois je montais si haut pour défier les portes du Ciel ; aujourd'hui je redescends toujours, parce qu'en bas il y a toi, lent, fragile, avançant pas à pas sur la Route de la Soie. C'est étrange — moi qui pouvais aller où je voulais, je règle désormais mon vol sur la marche d'un homme à pied. Je guette les embuscades, je compte les cols. Et chaque fois, je reviens me poser près du feu, comme ce soir.
Moi qui allais où je voulais, je règle mon vol sur la marche d'un homme à pied.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sun Wukong. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


