Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Thomas Hobbes

par Charactorium · Thomas Hobbes (1588 — 1679) · Philosophie · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est à Paris, dans le cabinet encombré de livres du père Mersenne, qu'un soir de l'hiver 1648 René Descartes retrouve Thomas Hobbes. Une chandelle tremble sur la table où s'entassent feuillets latins et lettres décachetées. Les deux hommes se connaissent par leurs objections croisées — sept ans plus tôt, l'Anglais avait critiqué les Méditations du Français, et la discussion ne s'est jamais vraiment éteinte. Descartes vient ce soir non pour disputer, mais pour comprendre ce qui pousse cet exilé à bâtir un État sur la peur.

Vous avez quitté Londres en 1640, comme moi j'ai fui les querelles. Qu'est-ce qui vous a chassé jusqu'à Paris, mon cher Hobbes ?

Je n'ai pas fui une querelle, Descartes, j'ai fui des couteaux. Le Parlement s'apprêtait à briser le roi, et tout homme qui défendait l'autorité par la plume risquait sa tête. J'ai été, je crois, le premier à m'enfuir, et je n'en rougis pas : un homme mort ne raisonne plus. Ici, dans cette ville où vous m'avez accueilli parmi les vôtres, j'ai enfin pu penser au lieu de me défendre. Et plus je regardais de loin mon pays déchiré, plus une certitude s'imposait : là où nul pouvoir commun ne tient les hommes en respect, c'est la guerre de chacun contre chacun. J'ai vu cette guerre de mes yeux. Le Léviathan est né de cette frayeur autant que de mes raisonnements.

Je n'ai pas fui une querelle, j'ai fui des couteaux : un homme mort ne raisonne plus.

Et lorsque vous avez appris, l'an dernier, que votre roi Charles avait été conduit à l'échafaud — qu'avez-vous éprouvé, vous qui prônez l'obéissance ?

Un effroi qui confirmait toute ma doctrine, hélas. Voyez-vous, je n'ai pas pleuré un homme seulement : j'ai vu se réaliser sous mes yeux ce que je redoutais en pensée. Quand le glaive de la souveraineté tombe, ce n'est pas la liberté qui se lève, c'est la bête de l'état de nature. Les Anglais ont cru se délivrer d'un tyran ; ils se sont livrés à mille tyrans, chacun armé contre son voisin. Voilà pourquoi je soutiens qu'un pouvoir, fût-il rude, vaut mieux que l'absence de pouvoir. La pire des paix surpasse la meilleure des guerres civiles. Mes ennemis me reprochent d'aimer les rois ; ils se trompent : j'aime seulement n'avoir pas peur le soir en fermant ma porte.

Les Anglais ont cru se délivrer d'un tyran ; ils se sont livrés à mille tyrans.

Vous donnez à l'État le nom d'un monstre des Écritures, le Léviathan. Pourquoi cette image effrayante, quand vous prétendez offrir la paix ?

Parce que la paix a besoin d'être redoutable pour durer, mon ami. Le Léviathan du livre de Job est cette créature que nul ne peut dompter ni affronter ; ainsi doit être le souverain. Les hommes, par nature, sont égaux dans leur capacité de se nuire — le plus faible peut tuer le plus fort dans son sommeil. Tant qu'il n'existe aucune puissance commune au-dessus d'eux, ils vivent dans la défiance perpétuelle. Mon État est donc un homme artificiel, un géant fait de tous les hommes réunis, à qui chacun cède son droit de se faire justice. Ce n'est pas un monstre cruel : c'est un dieu mortel qui nous arrache à la mort violente. On me croit sombre ; je suis seulement lucide sur ce que les hommes feraient sans frein.

Mon État n'est pas un monstre cruel : c'est un dieu mortel qui nous arrache à la mort violente.

Vous parlez d'un contrat. Mais dites-moi franchement : avez-vous jamais vu des hommes s'asseoir et signer pareil abandon de leur liberté ?

Jamais sur un parchemin, vous avez raison de me presser là-dessus. Le contrat dont je parle n'est pas un événement qu'un greffier aurait consigné ; c'est la raison même de l'obéissance, qu'on découvre en démontant la mécanique des passions humaines. Chacun convient avec chacun de remettre son droit naturel à un souverain, à condition que tous en fassent autant. C'est une convention de la raison, non un souvenir d'histoire. Comprenez-moi : je procède comme vous le faites en géométrie. Je pars des éléments les plus simples — l'homme, ses craintes, ses désirs — et je construis la cité comme on construit une figure. La force de la chose ne tient pas à ce qu'on l'ait vue, mais à ce qu'on ne puisse la nier sans absurdité.

Ce contrat n'est pas un souvenir d'histoire, c'est une convention de la raison.
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Thomas Hobbes title QS:P1476,en:"Thomas Hobbes "label QS:Len,"Thomas Hobbes "Wikimedia Commons, Public domain — John Michael Wright

On vous dit précepteur des Cavendish depuis votre jeunesse, et naguère du jeune Charles en exil. Cette familiarité des grands a-t-elle façonné votre goût de l'autorité ?

Elle m'a appris comment le pouvoir respire de près, ce que ni les livres ni vos belles déductions ne sauraient enseigner, Descartes. Au service du comte de Devonshire, à Hardwick comme à Chatsworth, j'ai vécu quarante ans parmi ceux qui gouvernent et tremblent de cesser de gouverner. J'ai instruit le jeune prince aux mathématiques durant son exil, ici même, et j'ai vu la cour d'un roi sans royaume — combien fragile est l'obéissance quand la crainte se relâche. Cette proximité ne m'a pas rendu courtisan ; elle m'a rendu prudent. Un homme qui a vu de si près le tremblement des trônes ne croit plus que l'ordre va de soi. Il sait qu'il faut le bâtir, et le défendre, contre la nature même des hommes.

Un homme qui a vu de près le tremblement des trônes ne croit plus que l'ordre va de soi.

Nous avons croisé le fer par lettres, en 1641, sur mes Méditations. Vous refusiez mon âme distincte du corps. Le maintenez-vous encore, ici, en face de moi ?

Je le maintiens, et vous savez que je vous estime trop pour vous flatter. Quand vous m'avez fait l'honneur de répondre à mes objections, j'y ai vu un homme dont le jugement en philosophie est justement reconnu — mais nous ne pouvons nous accorder sur le fond. Pour moi, tout ce qui existe est corps en mouvement ; la pensée elle-même n'est qu'un mouvement dans la matière de notre cerveau. Vous logez l'esprit hors de l'étendue ; moi, je ne sais concevoir une chose qui ne soit nulle part. Dans mon De Corpore, je tiens que philosopher, c'est raisonner sur la génération des corps. Nous partons tous deux de la raison, vous et moi, mais vous montez vers les esprits quand je reste collé à la matière. Le temps dira lequel de nous deux marchait sur un sol plus ferme.

La pensée elle-même n'est qu'un mouvement dans la matière de notre cerveau.
Thomas Hobbes by John Hoskins, portrait miniature, 1616 - Oak Room, Chatsworth House - Derbyshire, England - DSC03054
Thomas Hobbes by John Hoskins, portrait miniature, 1616 - Oak Room, Chatsworth House - Derbyshire, England - DSC03054Wikimedia Commons, Public domain — Daderot

Si tout n'est que corps et mouvement, comme vous le soutenez, que reste-t-il de la liberté de l'homme ? N'êtes-vous pas en train de tout enchaîner ?

Je n'enchaîne rien que les chimères, mon ami. La liberté, selon moi, n'est pas l'absence de causes — cela n'existe nulle part dans la nature — mais l'absence d'empêchement extérieur. L'eau qui coule librement par la pente n'en suit pas moins sa pente : elle est libre et déterminée tout ensemble. De même l'homme agit selon ses désirs, et ses désirs naissent de causes qu'il ne choisit pas. Cela ne le rend ni pierre ni esclave ; cela le rend intelligible. Car ce qui peut s'expliquer par le mouvement peut se gouverner par les lois. Voyez le bénéfice politique : si les passions des hommes obéissent à des règles, alors un législateur sage peut les ordonner vers la paix, comme l'ingénieur ordonne les eaux. Ma physique et ma politique ne font qu'un seul ouvrage.

La liberté n'est pas l'absence de causes, mais l'absence d'empêchement.

Vous approchez des soixante ans. Songez-vous parfois à ce qui demeurera de vous, quand nos disputes de ce soir seront cendres ?

Je songe surtout à ne pas mourir avant d'avoir tout dit, ce qui est déjà beaucoup. Voyez-vous, je me suis toujours senti né avec la peur — l'année de ma naissance, l'Armada espagnole menaçait nos côtes, et ma mère, dit-on, m'enfanta de frayeur. La peur et moi sommes jumeaux. Tant que ma main tiendra la plume, je veux opposer à cette peur l'ordre du raisonnement. Je me promène chaque jour pour entretenir mon corps, car l'esprit dépend de lui ; je compte bien vivre vieux et écrire vieux. Peut-être traduirai-je encore les anciens, peut-être conterai-je ma propre vie. Ce qui restera ? Je l'ignore, et je m'en soucie moins qu'on ne croit. J'aurai au moins essayé de rendre les hommes un peu moins loups les uns pour les autres.

L'année de ma naissance, l'Armada menaçait nos côtes : la peur et moi sommes jumeaux.

Une dernière chose, entre nous deux. Vous moquez-vous de moi quand vous dites préférer la géométrie à toute la philosophie de l'École ?

Je ne me moque jamais de la géométrie, Descartes — c'est la seule science où les hommes ne se querellent point, et vous savez combien je prise ce repos. Je suis venu tard à elle, presque à quarante ans, et ce fut comme une révélation : voilà donc ce qu'est une démonstration véritable ! J'ai voulu dès lors traiter la morale et la politique avec la même rigueur, partant de définitions claires pour ne jamais glisser dans le vague des Écoles. Là où les docteurs disputent de mots sans fin, le géomètre conclut et se tait. Vous et moi, malgré nos désaccords, partageons cette foi : qu'on peut raisonner droit même sur les choses humaines. Le reste — les distinctions obscures, les qualités cachées — je le laisse aux disputeurs de Sorbonne. La vérité, comme une figure bien tracée, n'a pas besoin qu'on crie pour s'imposer.

Le géomètre conclut et se tait, là où les docteurs disputent de mots sans fin.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Thomas Hobbes. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.