Kids interview Abbas Kiarostami
by Charactorium · Abbas Kiarostami (1940 — 2016) · Performing Arts · Visual Arts · 4 min read

Ce matin-là, deux élèves de cinquième en classe découverte poussent la porte d'une petite salle de projection. Un homme aux lunettes sombres les attend, souriant, touché que des enfants viennent l'interroger sur ses films. Il les invite à s'asseoir tout près de lui.
—C'est vrai que vous avez fait un film sur un homme qui s'est fait passer pour quelqu'un d'autre ?
Tu sais, mon enfant, un jour j'ai lu dans un journal une histoire incroyable. Un homme s'était fait passer pour un célèbre cinéaste, Mohsen Makhmalbaf, pour entrer dans une famille. Imagine : tu frappes à une porte, et on te croit quelqu'un d'autre. Ça m'a bouleversé. Alors j'ai fait quelque chose d'un peu fou pour Close-Up, en 1990. J'ai demandé aux vraies personnes de rejouer leur propre histoire. Le faux cinéaste jouait le faux cinéaste. Le vrai juge jouait le vrai juge. Personne ne mentait, et pourtant tout était du cinéma.
Personne ne mentait, et pourtant tout était du cinéma.
—Mais ça ne les gênait pas de rejouer un moment où ils avaient eu honte ?
C'est une belle question. Au début, oui, j'avais un peu peur. Rejouer sa propre vie, c'est délicat. Mais l'homme qui avait menti voulait s'expliquer, être compris. Le cinéma lui a offert ça. On appelle ce procédé une mise en abyme : c'est comme un miroir dans un miroir, un film qui se regarde lui-même. Imagine que tu dessines un enfant en train de dessiner. Voilà ce que je faisais. Et à force de rejouer le faux, on touchait quelque chose de très vrai : le désir de cet homme d'exister enfin aux yeux des autres.
—C'est vrai que vous êtes parti en voiture chercher des enfants après un tremblement de terre ?
Oui, c'est vrai. En juin 1990, un terrible séisme a dévasté le nord de l'Iran, du côté de Koker. Trois ans plus tôt, j'y avais tourné un film avec des petits du village. La nuit, je n'arrivais plus à dormir. Étaient-ils vivants ? J'ai pris ma voiture et j'ai roulé vers les montagnes, sur des routes cassées, au milieu des maisons effondrées. C'était comme traverser un pays blessé. De ce voyage, j'ai fait un film, Et la vie continue. Parce que même dans les ruines, tu vois des gens replanter, cuisiner, rire.
Même dans les ruines, la vie ne s'arrête jamais.
—Vous aviez peur en roulant au milieu de tout ça ?
Un peu, oui. Mais tu sais, ce que j'ai vu m'a surtout donné du courage. Les gens avaient tout perdu : leur maison, parfois leur famille. Et pourtant, l'un d'eux installait une antenne sur un toit à moitié écroulé pour suivre un match important. J'ai trouvé ça magnifique. Se cramponner à un petit bonheur quand tout s'effondre. Je n'ai pas voulu filmer le malheur pour te faire pleurer. J'ai filmé ceux qui recommencent. Dans mes films, je préfère toujours regarder vers ce qui repousse, comme une herbe minuscule entre deux pierres.
—Pourquoi vous adoriez autant filmer à l'intérieur des voitures ?
Ah, la voiture ! Pour moi, c'était un petit studio qui roule. Tu es assis à côté de quelqu'un, vous regardez la route ensemble, et les mots viennent tout seuls, sans qu'on se sente observé. Les gens se confient mieux en avançant qu'en se faisant face. Et puis j'aimais les longues routes sinueuses dans les collines autour de Téhéran — je les photographiais aussi à l'aube. Tu me reconnaissais toujours à mes lunettes teintées sombres, que je gardais de jour comme de nuit. Elles m'aidaient à regarder le monde à ma façon, comme derrière un petit cadre à moi.

—C'est vrai que parfois vous n'étiez même pas dans la voiture pendant le tournage ?
Oui, et ça surprend tout le monde ! Pour mon film Ten, en 2002, j'ai fixé deux toutes petites caméras sur le tableau de bord. Puis je descendais. La conductrice roulait, parlait à son fils, à des inconnues, et la vie se filmait presque toute seule. Imagine une caméra si discrète qu'on l'oublie : plus personne ne joue, chacun redevient vrai. Je crois que le cinéaste ne doit pas toujours tout commander. Parfois, il faut se retirer, faire confiance, et laisser la réalité entrer dans le cadre.
Le plus beau arrive quand on lâche un peu les rênes.
—Beaucoup d'artistes sont partis. Pourquoi vous, vous êtes resté en Iran ?
C'est vrai qu'après la révolution de 1979, beaucoup de mes amis sont partis vivre ailleurs. Moi, je n'ai pas pu. Je te le dis avec une image que j'aime beaucoup : « Quand on prend un arbre enraciné dans la terre et qu'on le transplante d'un endroit à un autre, l'arbre ne porte plus de fruits. » J'étais cet arbre. Mes racines étaient dans les collines de Téhéran, dans ma langue, dans les visages que je connaissais. Là-bas, je savais filmer. Ailleurs, j'avais peur de devenir sec. Alors je suis resté, et j'ai continué, même quand c'était difficile.

—C'était comment de faire des films quand il y avait la censure ?
Difficile, mais pas impossible. La censure, c'est quand les autorités décident ce qu'on a le droit de montrer ou pas. Il fallait ruser, contourner, dire les choses autrement. Alors je filmais des enfants, des routes, des paysages, des histoires toutes simples. Et derrière cette simplicité, il y avait tout : la vie, la mort, la liberté. Un cahier d'écolier qu'un petit garçon veut rendre à son ami, comme dans Où est la maison de mon ami ?, ça parle au monde entier. J'ai appris qu'on peut beaucoup dire, à condition de le dire tout bas, avec délicatesse.
On peut tout dire, à condition de le dire tout bas.
—Vous disiez que vos films étaient « à moitié faits ». Ça veut dire quoi ?
Oui, j'y tenais beaucoup. En 1995, j'ai écrit un texte où je disais croire en « un cinéma à moitié créé, inachevé, qui ne s'accomplit que grâce à l'esprit créatif du spectateur ». Ça veut dire que le film n'est pas complet sans toi. Imagine un dessin où je ne trace que la moitié des lignes : c'est ton imagination qui termine le reste. Je laisse des silences, des routes qui montent, des fins ouvertes. Et toi, dans la salle, tu remplis les trous avec ta propre vie.
Un film n'est pas complet sans le spectateur qui le rêve.
—Vous avez dit qu'on approche la vérité par le mensonge. C'est bizarre, non ?
Ça semble bizarre, je sais ! Mais réfléchis : le cinéma, c'est toujours une invention. Des acteurs, des lumières, des décors. Tout est faux. Et pourtant, à travers ce jeu, on peut faire surgir quelque chose de profondément vrai sur les êtres humains. C'est pour ça que je disais qu'« on ne peut s'approcher de la vérité qu'à travers le mensonge ». J'aimais même les films lents, ceux qui laissent un peu somnoler. Parce que ces films-là, vois-tu, sont souvent ceux qui te tiennent ensuite éveillé toute la nuit, à y repenser dans ton lit.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Abbas Kiarostami's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


