Imaginary interview with Abbé Prévost
by Charactorium · Abbé Prévost (1697 — 1763) · Literature · 5 min read
Deux élèves de douzième année, en classe découverte, poussent la porte d'un vieux presbytère. Un homme en soutane noire les attend, une plume d'oie à la main. Il pose son manuscrit, sourit, et les invite à s'asseoir près de lui.
—Vous aviez quel âge quand vous êtes entré chez les religieux ?
Tu sais, mon enfant, j'étais encore un gamin. À seize ans, en 1713, on m'a confié aux Jésuites pour étudier la théologie. Imagine une grande maison de pierre, froide, où l'on prie avant même le lever du soleil. Moi, j'avais le cœur trop vif pour rester sage. Alors j'ai fui. Une fois, deux fois… la vie de séminaire me serrait comme un habit trop petit. Je partais, je revenais, je repartais. On appelait ça de l'instabilité. Moi, j'appelais ça chercher ma vraie place. Et tout ce remue-ménage, plus tard, je l'ai versé dans mes romans, comme on verse de l'encre.
La vie de séminaire me serrait comme un habit trop petit.
—Pourquoi vous êtes parti vivre dans un autre pays ?
Parce qu'en France, j'avais trop d'ennuis sur le dos ! En 1728, j'ai pris mes affaires et j'ai filé. D'abord en Hollande, puis en Angleterre. Imagine un voyage en carrosse pendant des jours, puis un bateau qui tangue sur la mer du Nord, le vent qui mord. À La Haye, je me suis installé, j'ai écrit, j'ai même ajouté des pages à mon roman préféré. Loin de mon pays, j'étais libre mais seul. Tu vois, partir, ce n'est pas toujours par courage. Parfois c'est par peur. Et c'est dans cette peur que j'ai appris à raconter les cœurs qui souffrent.
Partir, ce n'est pas toujours par courage ; parfois c'est par peur.
—C'est quoi votre livre le plus connu, et il parle de quoi ?
Ah, celui-là, tu le verras peut-être un jour à l'école ! Manon Lescaut, écrit en 1731. C'est l'histoire d'un jeune chevalier, Des Grieux, qui tombe fou amoureux de Manon. Le problème ? Elle n'est pas une demoiselle bien sage. À mon époque, on disait qu'elle vivait dans le libertinage, c'est-à-dire sans suivre les règles de la morale. Lui, il sacrifie tout pour elle : sa famille, son honneur, sa vertu. C'est un amour magnifique et un désastre en même temps. Imagine aimer quelqu'un si fort que tu en oublies ce qui est juste. Voilà mon roman : beau et triste comme une larme.
Un amour magnifique et un désastre en même temps.
—Les gens ils ont aimé le livre, ou ça a fait scandale ?
Les deux, mon enfant ! Les gens l'ont dévoré… et les autorités ont froncé les sourcils. Raconter l'amour d'un chevalier et d'une fille de mauvaise vie, en 1731, ça ne se faisait pas. Alors on a voulu l'interdire. Mais sais-tu ce qui arrive quand on interdit un livre ? Tout le monde veut le lire ! On l'imprimait en secret, on se le passait sous le manteau. Imagine un livre caché dans une poche, lu à la chandelle, le soir. Plus on me censurait, plus on me lisait. La censure, vois-tu, a fait de moi un homme célèbre malgré elle.
Plus on me censurait, plus on me lisait.
—C'était bizarre d'être prêtre et d'écrire des histoires d'amour, non ?
Tu mets le doigt juste là où ça pique, mon enfant ! Oui, c'était étrange. Le matin, je portais l'habit ecclésiastique, la soutane noire, et je priais dans une petite chapelle. Et le soir, ma plume écrivait les plus brûlants chagrins d'amour. Les gens n'y comprenaient rien. Comment un homme d'Église pouvait-il peindre la passion si bien ? Mais vois-tu, je crois qu'on écrit mieux ce qu'on connaît de l'intérieur. J'avais le devoir d'un côté, le cœur de l'autre, et les deux se battaient en moi. Cette bataille, justement, c'est elle que je racontais dans mes pages.
On écrit mieux ce qu'on connaît de l'intérieur.

—Vous trouviez ça dur de choisir entre la religion et l'écriture ?
Très dur, oui. Imagine que tu aimes deux choses qui te tirent chacune d'un côté, comme deux cordes. D'un côté, mes prières, ma soutane, mes abbayes en Normandie. De l'autre, mes romans, mes voyages, ma liberté. Je n'ai jamais vraiment choisi. J'ai vécu écartelé entre les deux toute ma vie. Et tu sais quoi ? Je crois que mes personnages aussi sont écartelés. L'un d'eux disait que l'amour violent renverse tous les devoirs. C'est exactement ce que je ressentais. Un homme partagé, ce n'est pas un homme raté, mon enfant. C'est un homme qui sent battre la vie dans les deux sens.
Un homme partagé n'est pas un homme raté.
—C'est vrai que vous avez écrit un livre énorme sur les voyages ?
Énorme, le mot est juste ! C'était l'Histoire générale des voyages. J'y ai travaillé près de vingt ans, à partir de 1746. Imagine une pile de livres plus haute que toi : une vingtaine de gros volumes ! J'y rassemblais les récits des marins, des explorateurs, ceux qui avaient vu des terres lointaines, des mers inconnues. À mon époque, on ne pouvait pas voir ces pays autrement qu'en lisant. Alors je devenais un peu leurs yeux. Je voulais qu'on connaisse non seulement les côtes, mais les façons de vivre des peuples là-bas. Pour ça, il fallait de la patience. Beaucoup, beaucoup de patience.
Je devenais un peu les yeux de ceux qui ne voyageraient jamais.

—Comment vous faisiez pour écrire un livre aussi long sans vous ennuyer ?
Ah, mais je ne m'ennuyais pas, figure-toi ! Chaque récit me transportait. Imagine : tu es assis à ton bureau, ton encrier devant toi, ta plume d'oie à la main, et soudain tu lis le journal d'un navigateur qui décrit une île que personne en France n'a jamais vue. C'est un voyage immobile ! Je tournais les pages, je traduisais, je rangeais tout dans l'ordre. Vingt ans, oui, mais vingt ans d'aventures sans quitter ma chaise. Je voulais montrer les mœurs et le caractère des peuples qu'on découvrait. Le savoir, mon enfant, c'est le seul bateau qui t'emmène partout sans jamais prendre l'eau.
Le savoir, c'est le seul bateau qui t'emmène partout sans prendre l'eau.
—Vous écriviez seulement vos histoires, ou aussi celles des autres ?
Les deux, mon enfant ! J'aimais aussi faire passer dans notre langue les livres venus d'ailleurs. J'ai traduit en français le célèbre Don Quichotte, écrit par un Espagnol nommé Cervantès. Tu connais ? C'est l'histoire d'un homme qui se prend pour un chevalier et se bat contre des moulins à vent ! Traduire, c'est comme construire un pont entre deux pays. Sans moi, beaucoup de Français n'auraient jamais ri de ce livre espagnol. À mon époque, les idées voyageaient de pays en pays grâce à nous, les traducteurs. Nous étions des passeurs. On portait les mots d'une rive à l'autre, comme un trésor.
Traduire, c'est construire un pont entre deux pays.
—Si on se souvient de vous aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne ?
Quelle belle question pour finir ! Tu sais, je suis mort en 1763, et je me demandais ce qui resterait de moi. Un homme d'Église ? Un voyageur de bibliothèque ? Non. Je crois qu'on se souvient surtout de Manon, de cet amour qui fait pleurer. J'aimerais qu'on retienne que j'ai osé peindre le cœur humain tel qu'il est : faible, contradictoire, plein de désirs et de remords. Je n'ai pas jugé mes personnages, je les ai aimés. Si un jour tu lis mon livre et qu'une larme te vient, alors je serai encore un peu vivant. Voilà mon vrai trésor, mon enfant.
Si une larme te vient en me lisant, je serai encore un peu vivant.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Abbé Prévost's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



