Imaginary interview

Imaginary interview with Abbé Prévost

by Charactorium · Abbé Prévost (1697 — 1763) · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans une maison de Chantilly, par un après-midi de 1762, que Voltaire vient retrouver l'Abbé Prévost, désormais vieilli et retiré près du domaine des Condé. Sur la table, des volumes reliés de l'Histoire générale des voyages voisinent avec un encrier de porcelaine et une plume d'oie encore humide. Les deux hommes se connaissent par lettres depuis des années — l'un a fait trembler les dévots, l'autre a porté la soutane tout en chantant l'amour profane. Voltaire n'est pas venu flatter : il vient pousser son confrère à s'expliquer, une dernière fois, sur ce paradoxe qui le fascine.

Mon cher abbé, on me dit que vous avez fui le séminaire des Jésuites plus d'une fois avant de courir les routes de Hollande. Qu'est-ce qui vous chassait ainsi ?

Vous touchez juste, mon ami, et vous qui avez tâté de la Bastille, vous savez ce qu'est une fuite. J'étais entré chez les Jésuites tout jeune, en 1713, persuadé d'y trouver la paix. Mais quelque chose en moi refusait l'enfermement : j'ai repris l'habit, je l'ai quitté, je me suis enrôlé soldat, puis de nouveau religieux. En 1728 j'ai passé la frontière et gagné La Haye, puis l'Angleterre. On y voit un homme inconstant ; moi j'y vois un cœur qui ne pouvait se résoudre à mentir à lui-même. Toutes mes errances, je les ai versées dans mes romans. Mes personnages fuient comme j'ai fui, et tombent comme je suis tombé.

Mes personnages fuient comme j'ai fui, et tombent comme je suis tombé.

Parlons de cette Manon Lescaut de 1731. Une courtisane, un chevalier perdu d'amour — n'aviez-vous pas peur de la censure, vous, homme d'Église ?

La peur, je l'avais, bien sûr. Mais le succès m'a dépassé : on a saisi l'ouvrage, et aussitôt les éditions clandestines se sont multipliées sous le manteau. Plus on l'interdisait, plus on le lisait. Je n'ai pas voulu faire l'apologie du vice, voyez-vous ; j'ai voulu peindre un homme honnête entraîné malgré lui, qui se débat entre la vertu et sa passion. Des Grieux n'est pas un monstre : c'est vous, c'est moi, c'est quiconque a aimé contre sa raison. Si le tableau effraie les dévots, c'est qu'il est vrai. On n'instruit pas les hommes en leur cachant leur propre cœur.

Plus on l'interdisait, plus on le lisait.

Voilà ce qui m'intrigue chez vous : la soutane sur le dos, et sous la plume les pages les plus brûlantes qu'on ait lues en France. Comment tenez-vous les deux ensemble ?

Ah, vous mettez le doigt sur ma plaie, et vous le faites en ami. J'ai vécu chez les bénédictins, à Saint-Wandrille, à Jumièges, dans le silence des cloîtres de Normandie. J'y ai prié, sincèrement. Mais le même homme qui chantait l'office le matin écrivait l'après-midi les égarements de la passion. Je ne crois pas que ce soit une contradiction : qui mieux qu'un religieux connaît la force du désir, puisqu'il a fait vœu de le combattre ? Le libertinage que je décris, je ne le célèbre pas — je le comprends. Peindre la chute, c'est encore parler de la grâce qu'on a perdue.

Qui mieux qu'un religieux connaît la force du désir, puisqu'il a fait vœu de le combattre ?

On a tant aimé Des Grieux qu'on en a oublié, dit-on, sa faiblesse. Ne craignez-vous pas d'avoir rendu le vice aimable, comme vos détracteurs le murmurent ?

Le reproche est ancien, et je l'ai entendu cent fois. Mais songez : si j'avais fait de mon chevalier un coquin sans âme, qui l'aurait suivi jusqu'au bout de sa déchéance ? C'est précisément parce qu'il est aimable qu'il instruit. Le lecteur s'attache, puis s'effraie de voir où mène l'amour quand il renverse tous les devoirs. La leçon n'est pas dans un sermon collé à la fin : elle est dans le frisson qu'on éprouve. Vous-même, mon cher confrère, ne logez-vous pas vos vérités les plus dures dans des récits qui font rire ou pleurer ? Nous travaillons le même bois, vous et moi.

C'est précisément parce qu'il est aimable qu'il instruit.

Vous avez consacré près de vingt ans à votre Histoire générale des voyages — tant de volumes ! Qu'alliez-vous donc chercher au bout du monde, depuis votre cabinet ?

Vous souriez, et je le mérite un peu : voilà un romancier qui se fait compilateur ! Mais cette tâche, commencée en 1746, m'a passionné autant que mes fictions. Rassembler les récits des navigateurs, les comparer, les corriger, c'est voyager sans bouger. Et ce qui m'importait n'était pas seulement la route ou la côte : c'était l'homme. Je voulais savoir comment vivent, croient et aiment les peuples qu'on découvre, car l'histoire doit nous instruire des mœurs autant que des faits. Le siècle veut connaître la terre entière ; j'ai voulu lui en donner le miroir le plus fidèle que ma patience pût polir.

Rassembler les récits des navigateurs, c'est voyager sans bouger.
Prévost - Manon Lescaut, 1908, Vallienne - Parto Komenco
Prévost - Manon Lescaut, 1908, Vallienne - Parto KomencoWikimedia Commons, Public domain — Abbé Prévost Henri Vallienne

Vingt années de patience sur des volumes érudits, vous le romancier des passions : n'avez-vous jamais regretté ces heures dérobées à la fiction ?

Regretté ? Parfois, quand la plume me brûlait d'une histoire que je remettais à plus tard. Mais cette besogne m'a nourri, au sens propre comme au figuré : elle me donnait du pain, car un homme de lettres sans rente vit de son labeur. Et puis l'érudit et le romancier ne sont qu'un seul homme. Tout ce que j'apprenais des terres lointaines, des naufrages, des sauvages et des rois nourrissait mon imagination. On croit que l'histoire et le roman s'opposent ; je les ai toujours vus se tendre la main. Le vrai et le vraisemblable sont frères.

Le vrai et le vraisemblable sont frères.

Vous m'avez écrit jadis vouloir peindre le cœur humain sans craindre d'en montrer les faiblesses. Maintenez-vous cette ambition, à l'heure de l'Encyclopédie et des grands traités ?

Je la maintiens plus que jamais, et vous étiez le bon destinataire de cet aveu. Voyez notre temps : Montesquieu a démonté les lois, Diderot entasse tout le savoir des hommes, et notre ami genevois vient de faire pleurer l'Europe avec sa Nouvelle Héloïse. Chacun éclaire un coin de l'âme ou du monde. Moi, mon territoire fut toujours le cœur — ses contradictions, ses élans, ses lâchetés. Je n'ai pas la science d'un géomètre ni l'audace d'un philosophe de cour, mais je connais le ravage d'une passion. Si les Lumières veulent comprendre l'homme, qu'elles n'oublient pas qu'il pleure autant qu'il raisonne.

Si les Lumières veulent comprendre l'homme, qu'elles n'oublient pas qu'il pleure autant qu'il raisonne.
Hesdin Maison natale de l'abbé-Prévost PA00108313 (1)
Hesdin Maison natale de l'abbé-Prévost PA00108313 (1)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Pierre André Leclercq

On sait moins que vous avez traduit, et beaucoup — jusqu'au Don Quichotte de Cervantès. Pourquoi ce labeur de passeur, vous qui aviez vos propres fictions à écrire ?

Parce qu'un grand livre n'appartient à aucune nation, mon ami. Traduire, c'est ouvrir une porte entre les peuples : ce que l'Espagnol ou l'Anglais a senti, je veux que le Français le sente à son tour. Notre siècle se nourrit de ce commerce des idées — les vôtres ont passé la Manche, celles des Anglais sont venues chez nous. Je me suis fait ce porteur d'eau de la littérature, allant puiser ailleurs pour arroser nos jardins. Et il y a une humilité salutaire à servir le génie d'un autre : on y apprend son métier mieux que dans aucune académie. Cervantès m'a enseigné à rire de mes propres chevaliers.

Traduire, c'est ouvrir une porte entre les peuples.

Vous voici à Chantilly, paisible enfin, après tant d'exils et de tempêtes. Que reste-t-il, ce soir, de l'homme qui fuyait sans cesse ?

Il reste un homme fatigué, mais réconcilié, je crois. J'ai couru l'Europe en fuyant tantôt l'Église, tantôt mes créanciers, tantôt moi-même. Aujourd'hui je marche sous ces arbres et je ne fuis plus rien. Curieuse paix que celle qui vient à la fin, quand le sang s'apaise et que les passions s'éteignent. Mes personnages, eux, n'ont jamais connu ce répit — je les ai laissés brûler. Peut-être leur ai-je donné le tourment que j'ai mis tant d'années à fuir. Quand on vous reverra, vous direz qu'en ce jardin l'abbé avait enfin posé son bâton de pèlerin.

Aujourd'hui je marche sous ces arbres et je ne fuis plus rien.

Une dernière question d'ami : si l'on ne devait garder qu'une chose de vous, l'homme d'Église ou le peintre des passions, lequel choisiriez-vous ?

Vous me demandez de me trancher en deux, et vous savez bien que je ne le puis. La soutane et la plume m'ont également porté ; l'une m'a donné le silence, l'autre la voix. Si l'on m'ôte le prêtre, on ne comprend plus pourquoi mes amants tremblent devant la faute. Si l'on m'ôte l'écrivain, il ne reste qu'un religieux médiocre de plus. Gardez donc l'homme entier, avec sa contradiction — c'est elle qui m'a fait. Je n'ai jamais réconcilié le ciel et la terre en moi, mais j'ai passé ma vie à en faire le récit. Et après tout, n'est-ce pas là le partage de tout homme ?

La soutane et la plume m'ont également porté ; l'une m'a donné le silence, l'autre la voix.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Abbé Prévost's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.