Kids interview Agatha Christie
by Charactorium · Agatha Christie (1890 — 1976) · Literature · 5 min read

Deux élèves de douze ans, en classe découverte, ont poussé la porte d'un grand salon anglais. Dans un fauteuil, une dame âgée aux yeux malicieux les attend, une tasse de thé fumante à la main. Elle leur fait signe de s'asseoir : les questions peuvent commencer.
—C'est vrai qu'un jour vous avez disparu pendant onze jours ?
Oui, mon enfant, c'est arrivé en 1926. J'avais le cœur brisé, ma vie s'écroulait. Un matin, je suis partie, et pendant onze jours, personne ne m'a trouvée. Imagine plus de mille policiers et quinze mille personnes qui battent la campagne pour te chercher ! On m'a enfin retrouvée dans un hôtel du Yorkshire, où je vivais sous un faux nom. Tu me demandes pourquoi ? Je ne te répondrai pas... parce que moi-même, je ne l'ai jamais vraiment expliqué. Il y a des chagrins qu'on garde pour soi. La même année, je publiais Le Meurtre de Roger Ackroyd : ma vie était un roman, tu vois.
Il y a des chagrins qu'on garde pour soi, comme un secret bien gardé.
—Vous aviez peur qu'on ne vous retrouve jamais ?
Tu sais, je crois que je ne pensais pas comme ça. Quand on est très malheureux, on ne calcule plus rien. J'avais 36 ans, et j'avais l'impression d'être devenue quelqu'un d'autre. À l'hôtel, je répondais à un autre nom sans même sursauter. C'était comme si Agatha s'était effacée pour un temps. Beaucoup de gens ont cru à un coup de publicité pour vendre mes livres. Quelle idée ! Non, mon petit, c'était juste une femme perdue. Et le plus étrange ? Moi qui inventais des mystères toute la journée, j'étais devenue le plus grand mystère de toute l'Angleterre.
—C'est vrai que vous vous y connaissiez vraiment en poisons ?
Oh oui, et pas dans les livres seulement ! Pendant la Première Guerre mondiale, j'ai été infirmière, puis préparatrice en pharmacie. Imagine une jeune fille entourée de fioles, de flacons, de poudres blanches et de manuels épais. Je devais peser chaque dose au milligramme près : trop peu, ça ne soigne pas ; trop, ça tue. J'ai appris là ce que chaque poison fait au corps humain. Alors, dans mes romans, quand un personnage meurt empoisonné, ce n'est jamais du hasard. Sur mes 66 romans, le poison est mon arme préférée. Un poison, vois-tu, c'est silencieux, poli, presque élégant. Tout à fait à mon goût.
Un poison, c'est silencieux, poli, presque élégant.
—Ça vous faisait pas bizarre de connaître des trucs pour tuer les gens ?
C'est une bonne question, mon enfant. Non, parce que dans la vie, ce savoir servait à guérir. À la pharmacie, en 1916, je préparais des remèdes pour des soldats blessés. Le même flacon peut sauver ou détruire : tout dépend de la main qui le tient. C'est ça qui m'a fascinée. Dans mes histoires, j'ai simplement retourné le savoir : au lieu de soigner, mes assassins empoisonnent. Mais rassure-toi, je gardais mes vieux manuels de pharmacologie près de moi, pour ne jamais me tromper. Un romancier qui invente un poison faux, c'est comme un cuisinier qui rate son sel : tout le monde s'en aperçoit.
Le même flacon peut sauver ou détruire : tout dépend de la main qui le tient.
—Comment vous faisiez pour qu'on ne devine jamais le coupable ?
Ah, voilà mon petit secret ! J'utilisais ce qu'on appelle une red herring : en anglais, ça veut dire un « hareng rouge ». C'est une fausse piste que je glisse exprès pour t'égarer. Je te montre un personnage louche, avec un air méchant... et ce n'est jamais lui ! Le vrai coupable, il souriait gentiment dans un coin. Dans Le Meurtre de Roger Ackroyd, j'ai osé un dénouement que personne n'avait vu venir — ça a fait scandale ! Je te confie autre chose : je n'écrivais jamais avec un plan. Je démarrais, et je découvrais la vérité en même temps que mes lecteurs.
Le vrai coupable, souvent, c'est celui qui souriait gentiment dans un coin.

—Vous notiez vos idées de crimes où ? Dans un carnet secret ?
Exactement ! J'avais des carnets à couverture marbrée, que je ne montrais à personne. Dedans, je griffonnais des bouts d'intrigues, des noms, des idées de meurtres impossibles. Un vrai fouillis ! Sais-tu où me venaient mes meilleures idées ? Dans mon bain chaud, le matin. Je restais là à imaginer des façons de tuer mes personnages, toute tranquille. Puis, l'après-midi, je tapais tout à la machine à écrire. J'aime bien un mot anglais pour mon métier : le whodunit, « qui l'a fait ». Tout mon travail tient dans cette question. Et crois-moi, faire attendre la réponse jusqu'à la dernière page, c'est tout un art.
Mes meilleures idées de meurtre me venaient dans mon bain, bien au chaud.
—C'est vrai que vous alliez déterrer des trésors dans le désert ?
Presque, mon enfant ! Mon second mari, Max Mallowan, était archéologue. Je le suivais sur ses fouilles au Moyen-Orient, en Irak et en Syrie. Imagine : plus de bruit de ville, juste le sable, le soleil brûlant et des maisons faites de briques de boue séchée. Là-bas, à Nimrud, je n'étais pas la « reine du crime » : je photographiais les découvertes et je nettoyais de minuscules ivoires vieux de milliers d'années. Un travail de patience infinie ! Et le soir, à la lueur d'une lampe, j'écrivais mes romans, comme Meurtre en Mésopotamie. Deux vies en une, tu vois : la romancière et la femme couverte de poussière ancienne.
J'avais deux vies : la reine du crime, et la femme couverte de poussière ancienne.
—Vous préfériez écrire chez vous ou dans le désert ?
Quelle jolie question ! J'aimais les deux, différemment. Chez moi, à Greenway House, dans le Devon, j'avais mes jardins en pente qui descendaient vers la rivière : le calme parfait pour rêver mes intrigues. Mais dans le désert, tout était plus rude et plus vivant. Je logeais dans des maisons de terre, sans confort, avec une malle de cuir marquée à mes initiales pour seule armoire. Je transportais ma machine à écrire partout, jusque sur les chantiers. Tu sais, un écrivain n'a pas vraiment besoin d'un beau bureau. Il lui faut du silence, un peu de thé, et une histoire qui le démange. Le reste, ce ne sont que des murs.
Un écrivain n'a pas besoin d'un beau bureau : du silence, du thé, et une histoire qui le démange.

—Votre détective Hercule Poirot, vous l'aimiez bien au moins ?
Ah... entre nous, pas toujours ! Hercule Poirot, ce petit Belge tiré à quatre épingles, avec sa moustache et ses « petites cellules grises » — c'est ainsi qu'il appelait son cerveau. Il était si sûr de lui, si vaniteux ! À force, il me fatiguait. Un jour, j'ai même écrit à mon éditeur que je le trouvais agaçant. Pourtant, je lui dois tout : il est né dans mon tout premier roman, La Mystérieuse Affaire de Styles, en 1920. C'est comme un vieux compagnon qu'on aime en râlant. On se dispute, mais on ne peut pas s'en passer. Il m'a suivie pendant plus de cinquante ans, ce petit bonhomme.
Poirot, c'est comme un vieux compagnon qu'on aime en râlant.
—Alors pourquoi vous l'avez fait mourir à la fin ?
Parce qu'il fallait bien lui dire adieu, mon enfant. J'ai écrit sa toute dernière enquête, Curtain, en secret, pendant la Seconde Guerre mondiale. Vois-tu, les bombes tombaient sur Londres, et je ne savais pas si je survivrais. Alors j'ai voulu offrir une vraie fin à Poirot, plutôt que de le laisser orphelin. J'ai enfermé le manuscrit dans un coffre pendant plus de trente ans. Il n'est sorti qu'en 1975. Et sais-tu ce qui s'est passé ? Quand Poirot est mort dans le livre, un grand journal, le New York Times, lui a consacré sa première page. On n'avait jamais fait ça pour un personnage inventé. Ce petit homme agaçant... il m'a bien eue jusqu'au bout.
J'ai gardé la mort de Poirot enfermée dans un coffre pendant trente ans.
—Si on vous rencontrait aujourd'hui, on remarquerait quoi en premier ?
Oh, sans doute une dame très ordinaire ! Pas du tout l'air d'une inventeuse de crimes. On me trouvait timide, discrète, on aurait dit une grand-mère qui aime son jardin. Tu me verrais avec ma tasse de thé en porcelaine — je réfléchissais toujours mieux à l'heure du thé, vers seize heures. Et peut-être un morceau de chocolat pas loin, car j'étais gourmande, je l'avoue ! Le secret, mon enfant, c'est qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Regarde ma Miss Marple : une vieille demoiselle tricoteuse que personne ne remarque, et qui perce à jour tous les assassins. Les gens tranquilles observent tout. Souviens-toi de ça dans la vie.
Ne te fie jamais aux apparences : les gens tranquilles observent tout.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Agatha Christie's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


