Imaginary interview

Imaginary dialogue between Alison Klayman and Ai Weiwei

by Charactorium · Ai Weiwei (1957 — ?) · Visual Arts · Politics · Society · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ai Weiwei
Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — BriYYZ from Toronto, Canada

C'est dans le vaste atelier de briques grises de Caochangdi, à la lisière de Pékin, qu'Alison Klayman retrouve Ai Weiwei en cette fin d'année 2010. Les chats se faufilent entre les caisses de graines de porcelaine tout juste revenues de Londres, et la lumière d'hiver tombe droit sur la grande table où l'on partagera bientôt le thé. Voilà plus de deux ans que la caméra d'Alison le suit, dans les manifestations comme dans les silences ; elle est là aujourd'hui non pour filmer, mais pour comprendre l'homme derrière l'œuvre. Dehors, deux voitures stationnées un peu trop longtemps rappellent que rien, ici, n'échappe à la surveillance.

Weiwei, je t'ai filmé cet automne devant la Turbine Hall. Cent millions de graines de porcelaine — pourquoi cette démesure, et pourquoi peintes une à une ?

Tu étais là, Alison, tu as vu le champ gris s'étendre à l'infini. Chaque graine a été façonnée puis peinte à la main par des artisans de Jingdezhen, une ville qui vit de la porcelaine depuis mille ans. De loin, on croit à un tapis identique, une masse uniforme — comme on regarde le peuple chinois : un milliard d'anonymes interchangeables. Mais approche-toi, prends une graine entre tes doigts : aucune ne ressemble à l'autre. C'est exactement cela que je voulais dire. Le pouvoir aime les foules parce qu'il croit qu'une foule n'a pas de visage. Moi, je pars de l'inverse : derrière chaque grain, il y a une main, un salaire, une journée de travail, une personne. La quantité n'écrase pas l'individu, elle le révèle.

De loin, une masse identique ; de près, aucune graine ne ressemble à l'autre.

Tu m'as parlé un soir de ton enfance dans le désert. Avant que la caméra tourne, j'aimerais l'entendre vraiment : à quoi ressemblait ce Xinjiang ?

Mon père, Ai Qing, était l'un des plus grands poètes de Chine. Sous la Révolution culturelle, on l'a envoyé au Xinjiang nettoyer les toilettes publiques du village, jour après jour, lui dont les vers étaient récités dans tout le pays. Nous vivions dans un trou creusé dans le sol, avec une simple bâche pour toit. J'avais des poux, j'avais froid, mais surtout je voyais un homme humilié méthodiquement, comme un projet d'État. Enfant, on ne comprend pas la politique ; on comprend l'injustice faite à son père. Cela ne s'apprend pas dans les livres, cela s'inscrit dans le corps. Quand aujourd'hui je documente une arrestation, une école effondrée, un nom effacé, je continue en réalité la même phrase que mon père n'a pas pu finir.

Enfant, on ne comprend pas la politique ; on comprend l'injustice faite à son père.

Ton père écrivait des poèmes qu'on brûlait. Toi, tu fais des installations qu'on expose partout. Cet écart entre vous deux, comment le portes-tu ?

Ce n'est pas un écart, Alison, c'est une continuité. Mon père a payé les mots de sa liberté ; on lui a interdit d'écrire pendant vingt ans. Moi, j'ai la chance d'avoir plusieurs langues : la sculpture, la photographie, bientôt ces réseaux dont nous parlerons. Mais le prix reste le même — parler coûte toujours quelque chose en Chine. Quand je marche dans mon atelier de Caochangdi, je pense à ce trou du désert, et je mesure le chemin. Lui rampait sous la bâche ; moi je construis de grands espaces de lumière. Pourtant les mêmes voitures nous surveillent tous les deux, à cinquante ans d'intervalle. L'histoire de ce pays, c'est cette répétition. Mon travail est de refuser qu'on l'oublie.

Mon père a payé les mots de sa liberté ; parler coûte toujours quelque chose en Chine.

J'ai filmé ton enquête après le séisme du Sichuan. Tu réclamais des noms d'enfants. Pourquoi cette obsession pour de simples listes ?

Parce que le gouvernement, lui, comptait tout — sauf les enfants morts. En 2008, des milliers d'écoliers ont été écrasés sous des écoles bâties à l'économie, pendant que d'autres bâtiments tenaient debout. On refusait de dire combien, on refusait de dire qui. Un enfant sans nom, c'est un enfant qu'on peut effacer deux fois : par la mauvaise construction, puis par le silence. Avec des volontaires, nous avons recensé plus de cinq mille noms, un par un, en appelant les familles. Ces noms sont devenus Remembering, cette façade de neuf mille cartables à Munich. Tu te souviens qu'à Chengdu, la police est entrée dans notre chambre d'hôtel de nuit et m'a frappé à la tête — j'ai été opéré d'une hémorragie cérébrale en Allemagne quelques semaines plus tard. Un nom fait peur au pouvoir. C'est dire s'il compte.

Un enfant sans nom, c'est un enfant qu'on peut effacer deux fois : par le béton, puis par le silence.

Ces neuf mille sacs à dos sur un mur de musée : est-ce encore de l'art, ou déjà un acte politique ? Où traces-tu la ligne ?

Je ne trace aucune ligne, Alison, et tu le sais mieux que quiconque puisque tu me filmes des deux côtés à la fois. Tout est art, tout est politique — les deux mots désignent la même chose : donner une forme à ce qui compte pour les humains. Un cartable d'enfant est un objet banal, presque muet. Mais mets-en neuf mille sur une façade, laisse-les épeler la phrase d'une mère endeuillée, et l'objet devient une accusation qu'aucun discours officiel ne peut recouvrir. L'art n'est pas une décoration au-dessus de la vie ; c'est un moyen de rendre visible ce qu'on veut cacher. Si mon travail met le pouvoir mal à l'aise, ce n'est pas que je le cherche : c'est que la vérité, en Chine, est déjà un geste artistique.

L'art n'est pas une décoration au-dessus de la vie ; c'est un moyen de rendre visible ce qu'on cache.
Ai Weiweis Ice Sculptures in Stockholm 2014
Ai Weiweis Ice Sculptures in Stockholm 2014Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Frankie Fouganthin

Depuis que je te suis, tu ne lâches jamais ton téléphone. Ils ont fermé ton blog l'an dernier — pourquoi t'entêter avec ces écrans ?

Ils ont fermé mon blog en 2009, alors je suis passé à Twitter, et ils ne peuvent pas fermer Twitter aussi facilement. Voilà toute l'affaire. En Chine, il existe un mur invisible, le « grand pare-feu », qui décide de ce qu'un milliard de gens ont le droit de savoir. Mon téléphone est mon marteau contre ce mur. Je photographie tout : les policiers qui me suivent, mon atelier, mon visage. Chaque message publié est une preuve qu'on ne pourra pas nier plus tard. Toi, tu as ta caméra ; moi, j'ai cet appareil dans la poche, et nous faisons au fond le même métier — empêcher l'oubli en temps réel. Le régime croit contrôler l'information parce qu'il contrôle les journaux. Il n'a pas encore compris que chaque citoyen porte désormais un studio dans la main.

Mon téléphone est mon marteau contre le grand pare-feu.

Certains à l'étranger te trouvent trop présent, trop bavard sur ces réseaux. Cela ne dilue-t-il pas ton œuvre ?

Bavard ? Peut-être. Mais le silence, en Chine, n'est pas une vertu, c'est une capitulation. Ceux qui me reprochent d'être trop présent vivent dans des pays où l'on peut se taire sans danger — un luxe que je n'ai pas. Chaque photo, chaque message est un fil de plus dans un filet ; pris isolément, il paraît futile, mais l'ensemble tient. Je ne sépare pas mes installations de mes messages en ligne : ce sont les mêmes gestes, à des échelles différentes. Une graine de porcelaine, un cartable, un tweet — chacun est minuscule, chacun compte parce qu'il s'ajoute aux autres. Si l'on m'accuse d'occuper trop d'espace, c'est peut-être que trop de gens, ici, ont appris à en occuper trop peu.

Le silence, en Chine, n'est pas une vertu, c'est une capitulation.
Subject to Change Godpixel Ai Weiwei 2018
Subject to Change Godpixel Ai Weiwei 2018Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — Redeytraveler

Weiwei, une inquiétude me traverse en te filmant : ces voitures dehors, ces convocations. Que crains-tu vraiment quand tu franchis la porte de l'atelier ?

Je crains ce que tout homme surveillé finit par craindre : disparaître sans bruit. Tu les as vues comme moi, ces voitures garées trop longtemps, ces hommes qui notent qui entre et qui sort. Ils ne cachent pas leur présence — au contraire, ils veulent qu'on la sente, car la peur est plus efficace que la prison. On peut fouiller mon atelier, saisir mes disques durs, m'interdire de voyager. Ce qui me protège, paradoxalement, c'est toi et ta caméra : ce qui est vu ne peut pas être nié aussi facilement. Un artiste inconnu qu'on fait taire, personne ne s'en aperçoit. Un artiste exposé à Londres et à Munich, qu'on fait taire, cela devient une question internationale. Ma célébrité n'est pas de la vanité, Alison : c'est un gilet pare-balles fragile.

La peur est plus efficace que la prison — ils veulent qu'on sente leur présence.

Imaginons le pire : qu'ils t'enferment, sans procès, sans nouvelles. Qu'est-ce qu'un artiste peut encore faire d'une cellule ?

Un artiste peut en faire une œuvre, Alison. S'ils m'enferment, ils me donneront malgré eux un sujet. Le corps entre quatre murs, la lumière comptée, le gardien à un mètre qui vous regarde manger, dormir, marcher — tout cela peut être reconstitué, montré, rendu à la vue de tous. Une cellule veut vous rendre invisible ; l'art peut retourner l'invisibilité en témoignage. Si ce jour arrive, je ne veux pas qu'on me plaigne comme une victime muette. Je veux qu'on entre dans la reconstitution exacte de ma détention comme on entre dans une chambre, et qu'on comprenne, physiquement, ce que l'État fait à un homme qu'il a décidé d'effacer. Le pouvoir a les murs ; l'artiste a la mémoire. À la fin, c'est la mémoire qui reste exposée.

Une cellule veut vous rendre invisible ; l'art retourne l'invisibilité en témoignage.

Une dernière, Weiwei, avant le thé. Toi qui viens de couvrir un sol anglais de porcelaine chinoise — te sens-tu encore d'ici, ou déjà d'ailleurs ?

Je suis profondément d'ici, et c'est bien le problème du régime avec moi. Mes graines viennent de Jingdezhen, mes vélos sont des Forever que montaient nos pères, mes urnes sortent de la terre de mes ancêtres. Je ne trahis pas la Chine ; je l'aime trop pour la laisser au silence. On voudrait me présenter comme un homme tourné vers l'Occident, séduit par New York où j'ai vécu dix ans. Mais ce que j'ai rapporté de là-bas, ce n'est pas un reniement, c'est une question toute simple que je repose ici : un être humain a-t-il le droit de parler ? Tant qu'on me la refusera, je resterai un artiste chinois qui travaille sur la Chine, où qu'on m'oblige à vivre. Ma matière première, ce n'est pas la porcelaine — c'est mon pays.

Je ne trahis pas la Chine ; je l'aime trop pour la laisser au silence.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ai Weiwei's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.