Kids interview Ai Weiwei
by Charactorium · Ai Weiwei (1957 — ?) · Visual Arts · Politics · Society · 5 min read

Deux élèves de 12 ans visitent une exposition avec leur classe. Devant une immense vague de vélos assemblés, un homme à la longue barbe s'approche en souriant. C'est Ai Weiwei, et il accepte de répondre à leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand votre famille a dû partir vivre dans le désert ?
J'étais tout petit, mon enfant. Mon père s'appelait Ai Qing, c'était un poète très aimé. Mais un jour on l'a accusé d'être un mauvais citoyen, et on nous a envoyés loin, dans le désert du Xinjiang. Imagine une terre sèche, sans arbre, où le vent te remplit la bouche de sable. Nous vivions dans un trou creusé dans le sol, comme un terrier. Et mon père, ce grand poète, devait nettoyer les toilettes publiques du village. J'ai grandi là, en apprenant très tôt qu'un mot pouvait te coûter ta maison entière.
J'ai appris tout petit qu'un mot pouvait te coûter ta maison.
—Vous aviez peur, la nuit, dans ce trou ?
Un peu, oui. Mais tu sais, les enfants s'habituent à tout. Le froid mordait la nuit, et l'hiver du Xinjiang est terrible. On se serrait les uns contre les autres pour rester au chaud. Ce qui me faisait le plus mal, ce n'était pas le froid : c'était de voir mon père humilié. On l'avait puni pendant la Révolution culturelle, ce grand bouleversement lancé en 1966 qui a persécuté les artistes et les penseurs. J'ai compris que le pouvoir pouvait écraser même les plus doux. Cette blessure, je la porte encore. Elle est devenue le cœur de tout ce que je fabrique.
Voir mon père humilié m'a fait plus mal que le froid du désert.
—C'est vrai que vous avez dessiné le grand stade des Jeux olympiques ?
C'est vrai ! En 2008, j'ai aidé à imaginer le stade de Pékin avec deux architectes suisses. Les gens l'appellent le Nid d'oiseau, parce qu'il ressemble à un immense nid fait de poutres entremêlées. J'étais fier de ce bâtiment. Mais très vite, j'ai vu qu'on voulait s'en servir pour faire croire au monde entier que tout allait bien en Chine. Ça, on appelle ça de la propagande : montrer une belle image pour cacher la vérité. Alors je me suis retiré. Un artiste ne doit pas prêter ses mains pour maquiller un mensonge.
Un artiste ne prête pas ses mains pour maquiller un mensonge.
—Pourquoi vous vouliez retrouver le nom des enfants morts ?
En 2008, un tremblement de terre a frappé la région du Sichuan. Des écoles se sont effondrées parce qu'elles étaient mal construites, et des milliers d'écoliers sont morts. Le gouvernement cachait leurs noms, comme si ces enfants n'avaient jamais existé. Ça, je ne pouvais pas l'accepter. Avec des volontaires, j'ai cherché partout, et nous avons retrouvé plus de 5 000 noms. Ensuite, j'ai couvert la façade d'un musée de Munich avec 9 000 sacs à dos d'enfants. De loin, ils formaient une phrase, comme un grand cri de couleurs. Chaque enfant mérite qu'on dise son nom.
Chaque enfant mérite qu'on dise son nom.
—La police vous a fait du mal quand vous cherchiez ces noms ?
Oui, mon enfant, et ça a été grave. En 2009, à Chengdu, des policiers m'ont frappé à la tête pendant la nuit. Sur le moment, je n'ai pas compris à quel point c'était sérieux. Quelques semaines plus tard, en Allemagne, j'ai eu une hémorragie dans le cerveau. Les médecins ont dû m'opérer d'urgence pour arrêter le saignement. C'est le prix que j'ai payé pour avoir posé des questions. Mais tu sais, ça ne m'a pas fait taire. Au contraire : la peur, quand tu la traverses une fois, elle perd un peu de son pouvoir sur toi.
La peur, quand tu la traverses une fois, perd son pouvoir sur toi.

—C'est vrai qu'on vous a enfermé pendant 81 jours ?
Oui. En 2011, des agents m'ont arrêté à l'aéroport de Pékin, et j'ai disparu. Pendant 81 jours, personne ne savait où j'étais : ni ma famille, ni mes amis. J'étais dans une petite pièce, surveillé jour et nuit par deux gardes, même quand je dormais ou me lavais. Le temps devient étrange, là-dedans ; les heures collent comme de la boue. Dehors, des gens du monde entier réclamaient ma libération avec la question « Where is Ai Weiwei ? » — « Où est Ai Weiwei ? ». Cette détention m'a appris, comme je l'ai dit après, la fragilité de la vie et la nécessité de défendre la dignité humaine.
Dans une cellule surveillée, les heures collent comme de la boue.
—Comment on peut faire une œuvre d'art avec une prison ?
Bonne question ! Quand je suis sorti, personne ne voulait croire ce que j'avais vécu. Alors j'ai décidé de le montrer. J'ai construit six grandes boîtes de fer, comme des maisons de poupées, mais glaçantes. À l'intérieur, des petites figurines me représentaient : moi qui mange, moi qui dors, moi sous la douche, toujours avec deux gardes collés à moi. J'ai appelé ça S.A.C.R.E.D. Les visiteurs devaient se pencher pour regarder par un trou, et soudain ils étaient dans ma cellule avec moi. L'art, vois-tu, sert à faire ressentir ce que les mots seuls n'arrivent pas à dire.
L'art sert à faire ressentir ce que les mots seuls ne disent pas.
—C'est vrai qu'il y avait cent millions de graines dans une salle de musée ?
Cent millions, oui ! En 2010, j'ai rempli une immense salle du musée Tate Modern, à Londres, avec un tapis de graines de tournesol. Mais approche-toi : ce ne sont pas de vraies graines. Chacune est en porcelaine, et chacune a été peinte à la main par des artisans de la ville de Jingdezhen. Imagine le travail : des milliers de personnes, pendant des mois, un pinceau minuscule à la main. Prends une seule graine : elle est unique. Verse-les toutes ensemble : elle disparaît dans la masse. C'est exactement ça, la question que je pose sur mon pays et son peuple.
Une graine est unique ; versées ensemble, elles disparaissent dans la masse.

—Pourquoi vous fabriquez des choses aussi énormes ?
Parce que je veux qu'on ne puisse pas détourner le regard, mon enfant. Regarde cette vague de vélos derrière toi : ce sont des bicyclettes de la marque Forever, une marque que tous les Chinois connaissent. Tout seul, un vélo, ce n'est rien. Mais des milliers empilés, ça devient une montagne, un mouvement de foule figé. En Chine, nous sommes très nombreux, et j'aime rappeler la force et la beauté de cette multitude. Le grand format, c'est ma façon de dire : « Arrête-toi. Regarde. Il y a ici quelque chose d'important. » Un petit dessin, on l'oublie ; une montagne, jamais.
Un petit dessin, on l'oublie ; une montagne, jamais.
—Vous êtes triste de ne plus pouvoir vivre en Chine ?
C'est une question qui touche mon cœur. Après ma détention, on m'a confisqué mon passeport pendant quatre ans. Quand on me l'a rendu, en 2015, j'ai quitté la Chine pour Berlin, en Allemagne. Oui, mon pays me manque : sa langue, sa cuisine que j'aime préparer moi-même pour mes amis autour d'une grande table. L'exil, c'est vivre loin de chez soi sans savoir si on pourra revenir. Mais je porte la Chine en moi partout où je vais. Et j'ai écrit mes souvenirs dans un livre, pour relier l'histoire de mon père exilé à mon propre combat.
Je porte mon pays en moi partout où je vais.
—Si on veut faire comme vous plus tard, il faut faire quoi ?
Il faut d'abord garder les yeux ouverts, mon enfant. Beaucoup de gens voient l'injustice et détournent le regard. Le vrai courage, c'est de continuer à poser des questions, même quand ça dérange. Tu n'as pas besoin d'être célèbre pour ça : commence par regarder ce qui est faux autour de toi, et refuse de faire semblant. Moi, mes outils, ce sont mes mains, mes graines de porcelaine, mes vélos. Les tiens seront peut-être des mots, ou des dessins, ou simplement ton honnêteté. Comme je le dis souvent : everything is art, everything is politics — tout est art, tout est politique.
Le vrai courage, c'est de continuer à poser des questions.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ai Weiwei's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


