Imaginary interview with Alexander the Great
by Charactorium · Alexander the Great (355 av. J.-C. — 322 av. J.-C.) · Politics · 6 min read
C'est sous les palmiers d'un jardin suspendu de Babylone, en 324 av. J.-C., qu'Aristote retrouve l'élève qu'il instruisit jadis à Miéza. La lumière du soir glisse sur les briques émaillées du palais de Nabuchodonosor, et l'odeur de l'encens des autels se mêle à celle du vin tiède. Le maître a vieilli, le disciple est devenu roi d'Asie ; entre eux subsiste le souvenir des matins passés à commenter Homère. Le philosophe vient mesurer l'écart entre la Grèce qu'il a transmise et l'Orient qu'Alexandre a épousé.
—Alexandre, te souviens-tu de cet exemplaire de l'Iliade que j'annotai pour toi à Miéza ? On dit que tu le gardes encore sous ton oreiller.
Il ne m'a jamais quitté, mon maître. Chaque nuit de campagne, je glisse sous ma tête le coffret où repose ton Iliade, avec ce poignard que tu connais. Tu m'enseignais Achille comme un modèle de vertu et de colère maîtrisée ; moi, j'ai voulu le devenir. À Troie, j'ai pris dans le temple d'Athéna le bouclier que l'on disait sien, et je l'ai porté jusqu'aux portes de l'Inde. Tu riais autrefois de mon ardeur à vouloir surpasser un héros mort depuis mille ans. Mais c'est toi qui m'as donné le texte : tu ne peux me reprocher d'y avoir cru. Achille avait son Homère pour le chanter ; moi, j'ai marché plus loin que lui, et je n'ai pas encore trouvé le mien.
Achille avait son Homère pour le chanter ; moi, j'ai marché plus loin que lui.
—Quand tu m'as quitté, le Grangranique, Issos, Gaugamèles n'étaient que des noms. En trois batailles, tu as renversé le plus vaste empire du monde. Comment l'expliques-tu ?
Par la phalange, d'abord, mon maître — l'arme que mon père Philippe a forgée. Imagine un mur de sarisses, ces lances de six coudées, dont cinq rangs pointent au-delà du premier : nul cavalier perse ne pouvait l'entamer de face. Pendant que la phalange clouait le centre, je chargeais en personne avec les hetairoi, mes Compagnons, droit vers Darius. À Issos, à Gaugamèles, j'ai visé non l'armée mais l'homme : un roi qui fuit emporte le courage des siens. Tu m'enseignais que le tout vaut par son principe ; j'ai frappé le principe. En quatre ans, l'Empire achéménide s'est défait comme un nœud qu'on dénoue par le bon bout. Le reste — les provinces, les trésors — est tombé de lui-même.
J'ai visé non l'armée mais l'homme : un roi qui fuit emporte le courage des siens.
—On m'a rapporté qu'à Gordion, devant ce nœud qu'un oracle réservait au maître de l'Asie, tu n'as pas cherché à le défaire. Cela te ressemble peu, à toi que j'ai formé à la patience du raisonnement.
Tu m'as appris à chercher la cause des choses, mon maître, non à perdre mes jours sur un lacis de cordes. L'oracle promettait l'Asie à qui délierait l'attelage ; il ne disait pas comment. Devant la foule des Phrygiens, j'ai pesé l'affaire un instant, puis j'ai tiré mon épée et tranché le nœud d'un seul coup. Le résultat était le même : il était défait. Tu fronces le sourcil, je le vois. Mais un roi ne gouverne pas en démêlant patiemment chaque fil — il décide. Le soir même, dit-on, le tonnerre gronda, et les devins y virent l'assentiment des dieux. La manière importe aux philosophes ; aux conquérants, seule importe la fin.
Un roi ne gouverne pas en démêlant patiemment chaque fil — il décide.
—Puis tu t'es enfoncé dans le désert libyen jusqu'à l'oasis de Siwa. Dis-moi, mon ancien élève : qu'es-tu allé chercher auprès de l'oracle d'Amon ?
Une réponse, et je l'ai reçue. Le chemin fut terrible : huit jours de sable, l'eau manquant, des corbeaux nous guidant — tu n'aurais pas aimé, toi qui préfères les preuves aux signes. À l'entrée du sanctuaire, le prêtre m'a salué comme fils d'Amon. Tu me regardes comme si j'avais perdu la raison grecque que tu m'as donnée. Mais songe : ma mère Olympias m'a toujours dit ma naissance touchée par le divin, et les dieux ne parlent pas en vain. Je ne renie pas ton enseignement — la nature et la cause demeurent. Seulement, qui veut commander à des peuples qui adorent leurs rois doit parler leur langue. Fils de Philippe en Macédoine, fils d'Amon en Égypte : je suis les deux à la fois.
Fils de Philippe en Macédoine, fils d'Amon en Égypte : je suis les deux à la fois.
—Voici ce que je ne comprends pas. Aux noces de Suse, tu as marié tes officiers macédoniens à des femmes perses, et toi-même une Barbare. Pourquoi mêler ce que la nature a séparé ?
Parce que la nature, mon maître, sépare moins que les hommes ne le croient. Tu m'enseignais que le Grec commande et que le Barbare obéit — pardonne-moi, mais j'ai vu les Perses combattre, administrer, mourir avec une dignité qui valait la nôtre. À Suse, j'ai uni quatre-vingts de mes Compagnons à des filles de la noblesse achéménide, et j'ai pris Roxane moi-même. J'intègre des soldats perses dans ma phalange, je garde leurs satrapes aux provinces. Mes Macédoniens y voient une trahison ; ils murmurent que je deviens oriental. Mais comment tenir un empire qui va de la mer à l'Indus avec les seuls fils de Pella ? Je ne fonds pas les peuples par caprice : je bâtis un royaume qui me survivra. Toi qui aimes l'ordre, tu devrais m'approuver.
Comment tenir un empire qui va de la mer à l'Indus avec les seuls fils de Pella ?

—Mais tu as voulu davantage : que tes propres compagnons se prosternent devant toi, à la mode perse. La proskynèse. Ils ont refusé. T'attendais-tu à autre chose de Grecs ?
Non, et c'est là ma blessure. La proskynèse n'est pour les Perses qu'une marque de respect au souverain ; pour eux, se courber n'est pas adorer. Mais mes Macédoniens y ont vu le geste qu'on réserve aux dieux, et ils ont ri sous cape, Callisthène en tête — ton parent, je ne l'oublie pas. J'ai voulu une cour unique où Grecs et Perses honoreraient leur roi de la même façon. J'ai dû reculer. Vois le paradoxe, mon maître : je commande à des millions d'hommes, et je ne puis imposer à une poignée des miens une simple inclination du buste. On obéit plus aisément à qui conquiert qu'à qui réforme les coutumes. Le fer plie les empires ; les usages, eux, résistent.
On obéit plus aisément à qui conquiert qu'à qui réforme les coutumes.
—Et Darius ? Tu l'as poursuivi de bataille en bataille. Quand tu as enfin trouvé son corps, abandonné par ses propres satrapes, qu'as-tu éprouvé ?
Moins de joie que tu ne l'imagines. J'avais devant moi le Grand Roi, maître de l'Asie, et il gisait dans un chariot, poignardé par les siens, Bessos ayant fui. J'ai couvert son corps de mon manteau et l'ai renvoyé à sa mère Sisygambis pour des funérailles royales. Tu m'as enseigné qu'on mesure un homme à la manière dont il traite les vaincus. Darius ne méritait pas une telle mort : un roi doit tomber par un autre roi, non par la traîtrise de ses serviteurs. En le vengeant, je me proclamais son héritier légitime, non son destructeur. Sa famille, capturée à Issos, je l'avais déjà traitée avec honneur. La Perse ne fut pas pour moi une proie : elle devint mon héritage.
La Perse ne fut pas pour moi une proie : elle devint mon héritage.

—Tu te réclames d'Achille par ta mère, et d'Héraclès par ton père. Dis-moi franchement, à moi qui t'ai vu enfant : ces héros te pèsent-ils autant qu'ils t'élèvent ?
Tu lis en moi comme dans un de tes traités, mon maître. Oui, ils me pèsent. Achille mourut jeune et glorieux plutôt que vieux et oublié — j'ai choisi sa voie sans qu'on me la propose. Quand j'ai pleuré, dit-on, c'est qu'il n'y avait plus de monde à conquérir au-delà de l'Hydaspe, et que mes hommes refusaient d'avancer. Avoir un modèle si haut, c'est ne jamais s'estimer quitte. Toi, tu m'as donné la mesure et la raison ; ma mère Olympias, l'ardeur et le sang des héros. Je suis tiraillé entre vos deux héritages. Le philosophe en moi voudrait s'arrêter et contempler ; le fils d'Achille veut toujours la cité d'après, le fleuve d'après. Je crains de ne trouver le repos que dans le tombeau.
Avoir un modèle si haut, c'est ne jamais s'estimer quitte.
—Tu parles de décider vite. Mais ces satrapies immenses, ces vingt cités fondées à ton nom — comment un seul homme prétend-il gouverner tout cela d'un coup d'épée ?
On ne tranche pas un empire, mon maître ; cela, je l'ai appris depuis Gordion. Pour la conquête, l'audace suffit ; pour le gouvernement, il faut la patience que tu prônais. J'ai gardé le système perse des satrapes, car détruire une administration qui marche serait folie. J'ai fondé des Alexandrie de l'Égypte à la Bactriane — des cités grecques, oui, mais peuplées aussi d'indigènes, pour tenir les routes et diffuser notre langue. Chaque ville est un nœud que je ne tranche pas, mais que je serre avec soin. Je scelle d'un anneau ce qui regarde l'Asie, d'un autre ce qui regarde l'Europe. Vois : le conquérant que tu crois impatient passe désormais ses nuits sur les comptes des provinces. Bâtir lasse plus que vaincre.
Chaque ville est un nœud que je ne tranche pas, mais que je serre avec soin.
—Une dernière chose, Alexandre. Le maître que je fus s'inquiète : à force de te vouloir fils d'un dieu, ne crains-tu pas d'oublier que tu es un homme mortel ?
Tu touches là où nul autre n'oserait, et c'est pourquoi je t'écoute encore. Non, je ne l'oublie pas : une flèche, à la cité des Malliens, a traversé ma cuirasse et failli m'emporter ; mes hommes m'ont vu saigner comme le dernier des fantassins. Le sang qui coula n'était pas l'ichor des dieux d'Homère, et je le savais. Mais un roi a besoin que ses peuples le croient plus qu'un homme — c'est le prix de leur obéissance. Auprès des dieux, je me dis leur fils ; en mon for, je sais ma chair fragile. Tu m'as enseigné à ne pas confondre l'opinion et la vérité. Je tiens les deux séparées : l'une pour l'Asie, l'autre pour moi seul. Et peut-être, mon maître, pour toi.
Auprès des dieux, je me dis leur fils ; en mon for, je sais ma chair fragile.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Alexander the Great's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


