Imaginary interview

Imaginary interview with Aminata Sow Fall

by Charactorium · Aminata Sow Fall (1941 — ?) · Literature · Culture · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Aminata Sow Fall
Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — may! from New York City

Fin d'après-midi à Dakar, dans une maison de la Médina où une cour intérieure tempère la chaleur. Aminata Sow Fall reçoit entre deux piles de manuscrits, un verre d'ataya à portée de main. La conversation commence à voix basse, celle d'une femme qui préfère observer avant de parler.

Comment devient-on romancière quand, autour de vous, ce sont presque uniquement des hommes qui écrivent ?

En 1976, quand Le Revenant est sorti, on m'a fait sentir que je m'asseyais à une table qui n'était pas dressée pour moi. Le roman africain francophone parlait d'une voix grave, masculine, et voilà qu'une femme de Saint-Louis s'invitait avec l'histoire de Bakar, ce garçon qui croyait que la réussite se logeait dans les habits et l'argent dépensé. Je n'ai pas voulu faire un manifeste. J'ai voulu montrer un homme prisonnier des apparences, parce que je voyais cette maladie partout autour de moi. Ce qu'on a appelé une brèche, moi je l'ai vécu comme une nécessité : il fallait bien que quelqu'un raconte la société d'ici avec des yeux de femme, sans demander la permission.

Je m'asseyais à une table qui n'était pas dressée pour moi.

Pourquoi avoir tenu à publier d'abord en Afrique plutôt qu'à Paris ?

Mes premiers livres sont parus aux Nouvelles Éditions Africaines, à Dakar, et ce n'était pas un hasard de circonstance. J'écris d'abord pour les gens qui, en lisant, reconnaissent l'odeur de leur rue, le bruit de leur marché, le boubou de leur voisine. Passer par Paris, c'était accepter que quelqu'un d'autre décide si mon monde méritait d'être imprimé. J'ai enseigné le français, j'ai lu les grands auteurs européens, et j'ai justement mesuré à quel point notre voix manquait dans leurs rayons. Alors publier ici, c'était dire : le lecteur africain existe, il n'attend pas qu'on le traduise pour lui-même. Cette conviction ne m'a jamais quittée, et elle explique bien des choix que j'ai faits plus tard.

D'où vous est venue l'idée d'imaginer une grève des mendiants ?

De la rue, tout simplement. À Dakar, les mendiants sont partout, on les chasse le matin et on les cherche le soir, quand il faut donner l'aumône pour laver sa conscience. Un jour je me suis demandé : et s'ils décidaient, eux, de ne plus tendre la main ? La Grève des Bàttu est née de ce renversement. Les bàttu, ce sont les chassés, ceux qu'on nettoie de la ville comme on balaie une cour, et voilà qu'en se retirant ils prennent les puissants au piège. Car sans pauvre à qui donner, comment le riche accomplit-il son devoir ? J'ai écrit cela avec ironie, mais l'ironie était un couteau : je voulais qu'on rie et qu'on ait honte dans le même souffle.

Sans pauvre à qui donner, comment le riche accomplit-il son devoir ?

Vous parlez de la sébile, cette petite calebasse. Pourquoi cet objet vous a-t-il tant occupée ?

Parce qu'une calebasse vide dit plus qu'un long discours. Le mendiant la tend, on y jette une pièce, et tout le monde se croit quitte devant Dieu. Dans mon roman, ce sont ces sébiles retirées, ces mains qui ne se tendent plus, qui affolent les notables. L'aumône — la sadaqa — n'est pas une gentillesse chez nous, c'est un pilier, un devoir religieux dont on ne peut pas se passer. En privant les riches de leurs pauvres, je ne touchais pas à l'argent : je touchais au salut. C'est là que le livre a dérangé, je crois. On peut se moquer des puissants, mais quand la satire vient loger son doigt dans la foi et l'hypocrisie mêlées, alors on ne rit plus tout à fait de la même manière.

Que représente pour vous la sélection de ce roman au Prix Goncourt, en 1979 ?

On m'a dit un matin que La Grève des Bàttu figurait dans la dernière sélection du Goncourt, à Paris. Je n'ai pas eu le prix, et honnêtement, ce n'est pas ce qui m'a marquée. Ce qui comptait, c'est qu'une histoire de mendiants dakarois, écrite en wolof dans son âme même si les phrases étaient françaises, arrivait jusque-là. Une femme africaine, pour la première fois, sur cette liste. Cela a ouvert des portes que je n'avais pas cherchées : des traductions, des lecteurs sur d'autres continents, des étudiants qui étudiaient soudain nos rues. J'ai toujours pensé que la reconnaissance venue d'ailleurs ne valait que par ce qu'elle rendait visible ici. Le prix, on l'oublie ; les lecteurs qu'il vous amène, jamais.

Aminata Sow Fall (2)
Aminata Sow Fall (2)Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — may! from New York City

Dans L'Appel des arènes, un enfant préfère la lutte à l'école. Ce garçon vous ressemble-t-il ?

Nalla n'aimait pas l'école telle qu'on la lui imposait ; il aimait les arènes, les tam-tams, les chants, tout ce que ses parents voulaient lui faire oublier. J'ai écrit ce roman en 1982 parce que je voyais des familles rêver d'occidentaliser leurs enfants au point de les couper de leur propre sang. Le cahier d'écolier qu'on brandit comme une promesse d'avenir devient parfois un mur : on y apprend un monde, et on efface l'autre, celui de la lutte traditionnelle, des voix des anciens. Je ne dis pas que l'école est mauvaise, j'ai enseigné toute ma vie. Je dis qu'une transmission qui exige d'oublier d'où l'on vient n'éduque pas, elle mutile. Un enfant a besoin des deux rives.

Une transmission qui exige d'oublier d'où l'on vient n'éduque pas, elle mutile.

Vous vous êtes longtemps battue pour que la littérature africaine entre dans les programmes. Pourquoi si ardemment ?

Parce qu'un enfant qui n'ouvre jamais un livre où l'on parle de sa propre grand-mère finit par croire que sa vie n'est pas digne d'être racontée. J'ai passé des années dans l'enseignement, puis au ministère chargé de la Culture, à répéter cette évidence. On donnait à nos élèves des paysages de neige et des châteaux, superbes, mais muets sur eux-mêmes. Je voulais que le cahier d'écolier accueille aussi nos griots, nos arènes, nos villes. Ce n'est pas du repli : lire l'autre, c'est merveilleux, à condition de s'être d'abord rencontré soi. Mettre nos textes à l'école, c'était dire aux enfants d'ici que leur monde a une valeur littéraire, qu'il mérite l'encre autant que n'importe quel autre.

En 1991, vous fondez les Éditions Khoudia. Qu'est-ce qui a rendu ce geste nécessaire ?

La lassitude, d'abord, de voir des manuscrits africains attendre le bon vouloir d'un bureau parisien. J'avais publié à Dakar, je savais que c'était possible, mais je voulais bâtir quelque chose de durable. Alors avec quelques autres, j'ai cofondé les Éditions Khoudia, ici même, une maison indépendante pour publier nos auteurs sans quémander l'onction d'ailleurs. Ce n'est pas seulement une affaire de fierté. Tant que le livre africain est pensé, fabriqué et vendu à des milliers de kilomètres, nous restons locataires de notre propre parole. Je voulais que la chaîne entière — l'écriture, l'impression, la vente — puisse tenir sur le continent. Une souveraineté culturelle ne se décrète pas dans les discours ; elle se construit avec des imprimeurs, des libraires, du papier.

Tant que le livre africain est fabriqué à des milliers de kilomètres, nous restons locataires de notre propre parole.
Capa de livro A Greve Dos Mendigos de Aminata Sow Fall editado pela Ethale Publishing
Capa de livro A Greve Dos Mendigos de Aminata Sow Fall editado pela Ethale PublishingWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Habibo Ismael Viegas

Que représente concrètement, pour vous, un livre imprimé sur le continent ?

Un objet modeste et pourtant décisif. Un livre qu'on tient à Dakar, sorti d'une presse d'ici, vendu dans une échoppe du quartier, c'est une petite victoire contre l'idée que tout ce qui compte se décide au loin. J'ai vu des jeunes s'illuminer en découvrant qu'un roman pouvait parler leur langue intérieure. C'est pour eux que je me suis obstinée. On croit que la culture, ce sont les grands festivals — j'ai connu l'effervescence de ces années où Dakar se voulait capitale des arts nègres — mais la culture, au fond, ce sont ces gestes patients : éditer, distribuer, faire lire. Un peuple qui produit ses propres livres cesse d'attendre qu'on lui raconte qui il est.

On vous décrit comme une observatrice plus qu'une donneuse de leçons. Comment définiriez-vous votre manière d'écrire ?

Écrire, pour moi, c'est d'abord observer. Je regarde ma société, ses contradictions, ses hypocrisies, et j'essaie de les mettre en lumière sans juger. Cela ne veut pas dire que je n'ai pas de colère — j'en ai — mais je me méfie de l'écrivain qui monte sur une estrade pour distribuer les bons et les mauvais points. Le matin, tôt, avant que Dakar ne s'éveille tout à fait, je relis, je corrige, je cherche le mot juste qui montre sans accuser. Mon travail n'est pas de dire au lecteur ce qu'il doit penser, mais de placer devant lui un miroir assez net pour qu'il ne puisse plus détourner le regard. Le reste lui appartient.

Mon travail est de placer devant le lecteur un miroir assez net pour qu'il ne puisse plus détourner le regard.

Avec L'Ex-père de la nation, vous vous attaquez au pouvoir lui-même. Qu'aviez-vous à en dire ?

En 1987, j'ai imaginé un président déchu, emprisonné par ceux-là mêmes qui l'avaient porté au sommet. Je n'ai visé personne en particulier ; j'ai regardé une génération d'indépendances qui avait promis le ciel et récolté la désillusion. La corruption, l'homme seul enivré de son pouvoir, les anciens compagnons devenus geôliers — tout cela, je l'observais sans avoir besoin de l'inventer. Là encore, je n'ai pas voulu faire un pamphlet. J'ai préféré entrer dans la tête de cet homme déchu, écouter sa voix, comprendre comment on devient à la fois bourreau et victime de son propre règne. C'est ainsi que je crois servir la vérité : non pas en criant, mais en obligeant le lecteur à s'asseoir un moment dans la peau de celui qu'il voudrait condamner.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Aminata Sow Fall's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.