Imaginary interview

Imaginary dialogue between Léopold Sédar Senghor and Aminata Sow Fall

by Charactorium · Aminata Sow Fall (1941 — ?) · Literature · Culture · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Aminata Sow Fall
Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — may! from New York City

C'est à Dakar, dans la fraîcheur d'une cour intérieure où le thé de l'ataya infuse lentement, que Léopold Sédar Senghor retrouve Aminata Sow Fall en cette fin d'année 1998. Le poète-président, revenu au pays pour quelques semaines, connaît cette romancière depuis les années où elle servait les institutions culturelles qu'il avait lui-même façonnées. Une lumière déclinante glisse sur les manuscrits empilés près de la machine à écrire ; entre l'aîné de la Négritude et la première grande voix féminine du roman sénégalais, la conversation cherche moins l'entretien officiel que le prolongement d'un vieux dialogue sur la langue, la culture et la place de l'écrivain africain.

Chère Aminata, lorsque vous avez publié Le Revenant en 1976, aux Nouvelles Éditions Africaines, saviez-vous que vous entriez dans une maison où presque aucune femme n'avait encore parlé ?

Je le savais, et je crois que je le savais trop bien pour ne pas hésiter. Autour de moi, le roman africain était une affaire d'hommes — vos amis, vos cadets, tous des voix masculines qui disaient l'Afrique. J'ai écrit Le Revenant d'abord parce que Bakar me hantait : cet homme qui mise tout sur l'apparence, sur les habits et l'argent dépensé, jusqu'à s'y perdre. Mais en le publiant ici, à Dakar, je mesurais aussi que j'ouvrais une porte. Je n'ai jamais aimé le mot pionnière, il sent l'effort solitaire. Disons que j'ai poussé une brèche, et que d'autres femmes s'y sont engouffrées après moi. Vous qui avez tant chanté la femme africaine, vous comprenez qu'il fallait qu'une d'entre nous cesse d'être chantée pour se mettre, enfin, à écrire.

Il fallait qu'une d'entre nous cesse d'être chantée pour se mettre, enfin, à écrire.

On m'a rapporté que La Grève des Bàttu fut retenue pour le Goncourt en 1979. Dites-moi : comment vous est venue l'idée de faire grève des mendiants ?

De la rue, tout simplement. À Dakar, les bàttu, ceux qu'on a chassés, sont partout, et pourtant on ne les voit pas — jusqu'au jour où l'on aurait besoin d'eux. Car dans notre société musulmane, faire l'aumône n'est pas une charité, c'est un devoir : la sadaqa, le geste qui vous lave. Alors je me suis demandé : et si les mendiants se retiraient ? Si la sébile se vidait ? Les puissants ne pourraient plus accomplir leur devoir de piété, et se retrouveraient tout nus devant leur propre conscience. Ce renversement m'a fait rire d'abord, puis réfléchir. La sélection au Goncourt m'a honorée, mais je vous avoue que le prix véritable fut de voir le livre traduit, lu, disputé, jusque dans les langues que je ne parle pas.

Et si les mendiants se retiraient ? Si la sébile se vidait ?

Vous jouez de l'ironie contre les élites urbaines. N'avez-vous pas craint qu'on vous accuse de moquer la piété de notre peuple ?

Je n'ai jamais moqué la piété, j'ai moqué son instrumentalisation. Il y a une différence immense entre l'homme qui donne parce que son cœur le lui commande, et celui qui donne pour acheter le paradis comme on achète une place au premier rang. Mon Mour, dans le roman, veut se débarrasser des mendiants pour embellir la ville, puis les rappelle dès qu'il a besoin de leurs prières. C'est cette hypocrisie-là que je vise, pas la foi. Le chapelet, le tasbih, peut être une vraie prière ou un simple accessoire de respectabilité. Mon rôle d'écrivain n'est pas de juger les âmes — cela, je le laisse à plus haut que moi. Mon rôle est de tendre le miroir et de laisser chacun s'y reconnaître, s'il l'ose.

Je n'ai jamais moqué la piété, j'ai moqué son instrumentalisation.

Dans L'Appel des arènes, votre jeune Nalla préfère les tam-tams et la lutte au cahier d'écolier. N'est-ce pas un peu le drame de toute notre génération ?

C'est le drame, oui, mais je me refuse à le trancher trop vite. Nalla n'aime pas l'école telle qu'on la lui impose ; il aime les arènes, les chants, la clameur de la lutte — tout ce que ses parents veulent lui faire oublier au nom de la modernité. Faut-il pour autant condamner l'école ? Non. Faut-il sacraliser la tradition ? Pas davantage. Ce qui me passionne, c'est l'enfant tiraillé, sommé de choisir entre deux mondes qui prétendent chacun le sauver. La voix du griot et le cahier colonial se disputent le même garçon. Vous avez fait toute votre œuvre de cette tension entre la raison hellène et l'émotion nègre ; moi, je la place dans un adolescent qui court vers l'arène pendant que sa mère l'appelle. Aucune leçon au bout — seulement une question tenue ouverte.

La voix du griot et le cahier colonial se disputent le même garçon.

Quand vous m'avez reçu jadis parmi vos amis des lettres, vous disiez qu'écrire commençait par regarder. Est-ce toujours votre méthode, Aminata ?

Toujours, et davantage avec l'âge. Écrire, pour moi, c'est d'abord observer — je regarde ma société, ses contradictions, ses hypocrisies, et j'essaie de les mettre en lumière sans juger. Je me lève tôt, avant que la chaleur de Dakar ne s'installe, et j'écris dans le calme du matin, quand la rue se tait encore. L'après-midi appartient aux autres : le ministère autrefois, l'enseignement, les manuscrits qu'on me confie. Mais le vrai travail, c'est cette lente collecte de gestes, de mots entendus au marché, de silences dans les familles. Le soir, autour du grand plat partagé, j'écoute plus que je ne parle. Un romancier est un guetteur patient. Je ne fabrique pas mes personnages de rien : je les surprends, déjà vivants, dans le va-et-vient d'une cour dakaroise.

Un romancier est un guetteur patient.
Aminata Sow Fall (2)
Aminata Sow Fall (2)Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — may! from New York City

Dans L'Ex-père de la nation, vous peignez un président déchu, emprisonné par ses proches. Vous n'avez pas craint que je m'y reconnaisse un peu ?

J'ai craint surtout qu'on y cherche des ressemblances trop précises, alors qu'il s'agit d'une fable. Mon homme n'est aucun homme réel ; il est la figure de la désillusion qui guette tout pouvoir quand il se coupe de ceux qu'il devait servir. Vous, vous avez su vous retirer — c'est une exception qui honore, et vous savez que je le pense sincèrement. Mais autour de nous, combien de nos frères ont confondu la nation avec leur propre personne, jusqu'à être trahis par les alliés qu'ils avaient nourris ? La désillusion postcoloniale n'est pas une abstraction : elle a des visages, des palais, des cellules. J'écris cela non par rancune, mais parce que le silence complice me paraît la pire des lâchetés pour qui manie la plume.

La désillusion postcoloniale n'est pas une abstraction : elle a des visages, des palais, des cellules.

En 1991, vous avez fondé les Éditions Khoudia, ici même à Dakar. Pourquoi vouloir éditer l'Afrique sans passer par Paris ?

Parce qu'une littérature qui dépend entièrement d'autrui pour exister n'est pas tout à fait libre. J'ai été publiée à Paris, j'y ai étudié les lettres, j'aime cette langue française que nous partageons — vous le savez mieux que quiconque. Mais aimer une langue ne signifie pas laisser un autre décider quels livres africains méritent de vivre. Avec Khoudia, j'ai voulu que le livre soit produit, imprimé, diffusé sur le continent, entre les mains de nos lecteurs. Le livre physique, pour moi, est un outil de souveraineté autant qu'un objet de plaisir. Vous avez bâti des institutions, des festivals, une politique de la culture ; à ma mesure, plus modeste, j'ai voulu bâtir une chaîne du livre. Que nos enfants tiennent un jour des ouvrages sortis de nos propres presses, voilà mon ambition.

Le livre physique, pour moi, est un outil de souveraineté autant qu'un objet de plaisir.
Capa de livro A Greve Dos Mendigos de Aminata Sow Fall editado pela Ethale Publishing
Capa de livro A Greve Dos Mendigos de Aminata Sow Fall editado pela Ethale PublishingWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Habibo Ismael Viegas

Vous vous battez, dit-on, pour que la littérature africaine entre dans les écoles. Est-ce là, selon vous, le vrai combat ?

C'est le combat qui décidera de tous les autres. J'ai enseigné le français, j'ai vu des enfants réciter des paysages et des saisons qui n'étaient pas les leurs, tandis que leur propre monde restait absent des manuels. Comment aimer lire quand aucune histoire ne parle de vous ? Je me suis toujours battue pour que nos élèves rencontrent, sur les bancs de l'école, des récits nés de leur terre, de leur langue, de leur thiéboudienne partagé et de leurs cours communes. Il ne s'agit pas de chasser les grands textes français — il s'agit de ne plus faire de l'enfant africain un étranger dans sa propre lecture. L'école est le lieu où se transmet la dignité. Si la littérature africaine y entre pour de bon, alors tout le reste de mon travail aura servi.

Comment aimer lire quand aucune histoire ne parle de vous ?

Nous avons tant débattu, vous et moi, du français comme langue d'écriture. Le wolof de vos romans est-il une réponse à mes vieilles thèses ?

Une réponse, non ; un prolongement, peut-être. J'écris en français, comme vous, et je ne le renie pas : c'est la langue dans laquelle mes phrases trouvent leur souffle. Mais je laisse le wolof affleurer partout — un bàttu, un mot lancé à la volée, le nom d'un plat, l'appel d'une mère. Ces mots ne sont pas des ornements exotiques ; ils ancrent le texte dans la chair de Dakar. La langue française, chez moi, doit sentir le poisson du marché et la poussière de la rue. Vous parliez de métissage culturel, de rendez-vous du donner et du recevoir ; moi, je le fais phrase par phrase, en obligeant le français à accueillir ma ville. Ce n'est pas une théorie que je défends, c'est une oreille que je tends à ce qui se parle vraiment autour de moi.

La langue française, chez moi, doit sentir le poisson du marché et la poussière de la rue.

Avec Douceurs du bercail, tout récemment, vous parlez d'exil et de retour. Qu'est-ce que le bercail, pour une femme qui n'a jamais quitté le pays longtemps ?

On n'a pas besoin de partir pour comprendre le manque de ceux qui partent. Mon Asta a tout quitté pour une vie meilleure en Europe, et elle en revient expulsée, humiliée, avec un regard neuf sur sa propre terre. Le bercail, ce sont ces odeurs, ces visages connus qui l'appellent sans cesse — la dignité retrouvée dans ce qu'on avait cru quitter pour toujours. J'ai vu tant des nôtres traverser la mer, revenir brisés ou ne jamais revenir, que je ne pouvais pas me taire. L'appartenance n'est pas une prison, c'est une respiration. Je voulais dire à ces enfants du continent que le retour n'est pas un échec, qu'on peut relever la tête chez soi. Vous qui avez tant vécu entre deux rives, vous savez ce que ce mot, bercail, peut peser dans une vie.

L'appartenance n'est pas une prison, c'est une respiration.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Aminata Sow Fall's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.