Kids interview Anandamayi Ma
by Charactorium · Anandamayi Ma (1896 — 1982) · Spirituality · 5 min read

Deux eleves de 12 ans, en classe decouverte, sont assis en tailleur devant une femme au sari blanc, couverte de guirlandes de fleurs. Elle sourit sans rien dire, longtemps. Puis, doucement, elle les invite a poser toutes leurs questions.
—Vous aviez quel age quand vous vous etes mariee ?
J'avais environ treize ans, mon enfant, a peine plus que toi. A mon epoque, au Bengale, on mariait les filles tres jeunes, c'etait la coutume. Mon mari s'appelait Bholanath. Imagine un mari qui, au lieu de commander a sa femme, se met a la respecter comme on respecte un maitre. Chaque fois qu'il s'approchait de moi, une grande paix me saisissait, un etat que nous appelons bhava, une sorte de transe de joie. Alors il a compris quelque chose d'etonnant : il ne devait pas etre mon epoux ordinaire, mais mon disciple. Nous avons vecu comme deux ames tournees vers le divin, cote a cote.
Mon mari est devenu mon disciple, et moi son chemin.
—Qui vous a appris tout ce que vous saviez ?
Personne, mon petit. Je n'ai presque pas ete a l'ecole, je savais a peine lire. Quand on me demandait « qui est ton guru, ton maitre ? », je repondais que c'etait moi-meme, ou que l'univers entier etait mon enseignant. En 1922, j'ai fait ma propre diksha, mon initiation, seule, sans qu'aucun homme me guide. Imagine un enfant qui apprendrait a nager sans que personne ne lui montre, juste en ecoutant l'eau. Cela a beaucoup surpris les gens autour de moi. Mais vois-tu, la connaissance que je cherchais ne s'apprend pas dans les livres. Elle se reveille au-dedans, comme une lampe qu'on allume.
Mon maitre, c'etait moi-meme, et le monde tout entier.
—Pourquoi on vous appelait la mere de joie ?
Parce que je souriais souvent, meme quand mon corps s'immobilisait de bonheur ! On m'a nommee Anandamayi Ma, cela veut dire « la mere pleine de joie ». Quand on chantait le nom du divin, ce que nous appelons le kirtan, un chant repete tous ensemble, quelque chose me traversait. Mon corps pouvait se figer, trembler, ou rayonner pendant des heures. Imagine que tu entends une musique si belle que tu oublies de bouger, de manger, presque de respirer. C'etait cela. Mes proches devaient parfois me nourrir a la main, doucement, parce que je ne revenais pas toute seule de cette joie-la.
La joie m'emportait si loin qu'on devait me nourrir a la main.
—Ca durait combien de temps, ces moments ou vous ne bougiez plus ?
Parfois quelques minutes, parfois des heures entieres, mon enfant. Le soir, dans les ashrams, on allumait les petites lampes a huile pour la ceremonie de l'arati, ou l'on agite une flamme devant le divin. Les tambours battaient, l'harmonium jouait, ce petit orgue a soufflet. Et moi, je m'absentais du monde. Imagine que ton corps reste assis, bien droit, mais que toi, tu es parti tres loin, dans une lumiere tranquille. Mes proches me veillaient, patients, attendant que je revienne. Ils n'avaient pas peur : ils savaient que ces silences n'etaient pas une maladie, mais une visite du divin.
—Vous habitiez ou, en vrai ? Vous aviez une maison a vous ?
Non, je n'ai jamais possede de maison a moi, et cela ne me manquait pas. Je suis nee dans un petit village, Kheora, puis j'ai vecu a Dhaka. Mais en 1932, j'ai quitte le Bengale pour marcher vers les montagnes de l'Himalaya. Mes disciples construisaient des ashrams, ces maisons de priere, et je passais de l'un a l'autre sans jamais m'arreter longtemps. Imagine un oiseau qui se pose un jour ici, un jour la, et repart toujours. Je dormais chez les uns, chez les autres, accueillie partout. Refuser de posseder, refuser de rester : c'etait ma facon d'etre libre.
Je n'avais pas de maison : le monde entier etait ma demeure.

—Vous mangiez quoi, et est-ce que vous mangiez beaucoup ?
Oh, je mangeais tres peu, mon petit, cela etonnait tout le monde ! Uniquement de la nourriture vegetarienne, sans viande ni poisson, comme le veut notre tradition. Parfois, quand j'etais plongee dans la joie du divin, j'oubliais completement de manger, et mes proches devaient porter la nourriture jusqu'a mes levres. Imagine quelqu'un tellement absorbe par un reve merveilleux qu'il en oublie son assiette. Le matin, avant meme le lever du soleil, on chantait deja dans l'ashram. Le corps, vois-tu, je n'y pensais guere. Il etait comme un vetement leger que je portais sans y faire attention.
—C'est vrai que des gens tres importants venaient vous voir ?
Oui, mon enfant, mais devant moi, tous etaient pareils : des cœurs qui cherchaient la paix. Le chef de l'Inde nouvelle, Nehru, est venu, et sa fille Indira aussi. Ils s'asseyaient par terre, comme toi maintenant. Je ne faisais pas de difference entre un ministre et un paysan. Imagine une porte ouverte a tous, sans gardien, sans file d'attente pour les riches. Ce qu'on venait chercher, c'etait ce que nous appelons le darshan : simplement me voir, rester un instant en presence, comme on se rechauffe pres d'un feu. Le titre ou l'argent, cela restait dehors, sur le seuil.
Devant le divin, un ministre et un paysan s'assoient sur le meme sol.

—Comment les gens loin de l'Inde ont entendu parler de vous ?
Grace a un livre, mon petit ! Un sage nomme Yogananda a ecrit en 1946 son histoire de vie, et il m'a consacre tout un chapitre. Il m'appelait « la mere pleine de joie », en anglais cette fois. Ce livre a voyage bien plus loin que moi, jusque dans les pays de l'Occident que je n'ai jamais vus. Imagine une lettre qui traverse les oceans et parle de toi a des inconnus. Ensuite, des visiteurs etrangers ont commence a venir jusqu'a mes ashrams, curieux. Vois-tu, je n'ai jamais cherche a etre connue. Ce sont les autres qui ont porte mon nom au loin.
—C'est quoi le plus important que vous vouliez dire aux gens ?
Une chose toute simple, mon enfant. Tout ce qui apparait et disparait ne dure pas : les jouets, la beaute, meme ce corps. Mais il y a en toi quelque chose qui ne change jamais, une lumiere calme. C'est cela qu'il faut chercher. Mes paroles ont ete rassemblees par mes disciples dans des recueils, le Matri Vani, « les paroles de la Mere ». Je disais : cherche Celui qui demeure toujours, car voila ta vraie nature. Imagine une riviere qui coule sans cesse : ce qui compte, ce n'est pas l'eau qui passe, mais la source qui ne se tarit jamais.
Ce qui apparait et disparait n'est pas reel ; cherche ce qui demeure.
—Qu'est-ce qui reste de vous, aujourd'hui, apres si longtemps ?
Je suis partie en 1982, a Dehradun, au pied des montagnes que j'aimais tant. On a eleve mon samadhi, mon tombeau, a Kankhal, tout pres du fleuve sacre, le Gange. Mais tu sais, une fois je disais que meme petite fille, « j'etais la meme » qu'aujourd'hui. Ce que je suis vraiment ne nait pas et ne meurt pas. Les ashrams sont toujours la, on y chante encore, on s'y rassemble chaque annee. Imagine une flamme qu'on transmet d'une bougie a l'autre : la premiere s'eteint, mais la lumiere, elle, continue. C'est cela mon heritage : une joie qui se passe de main en main.
Une flamme s'eteint, mais la lumiere se passe de main en main.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anandamayi Ma's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


