Imaginary interview with Anna May Wong
by Charactorium · Anna May Wong (1904 — 1961) · Performing Arts · Society · 5 min read

Santa Monica, un après-midi de la fin des années 1950. Dans une maison claire ouverte sur le Pacifique, Anna May Wong reçoit sans façon, une tasse de thé fumant à la main, un qipao de soie sombre jeté sur les épaules. La star acclamée de Los Angeles à Berlin parle d'une voix posée, où l'ironie affleure sous la fatigue.
—Comment une petite fille de Chinatown en est-elle venue à rêver de cinéma ?
On m'a nommée Wong Liu Tsong — « Froide lune de jade ». Enfant, je courais derrière mon père entre les cuves de sa blanchisserie, à Los Angeles, et je m'échappais dès que je le pouvais pour regarder tourner les équipes de cinéma dans nos rues de Chinatown. J'économisais cinq cents, un à la fois, pour m'asseoir dans le noir d'une salle et disparaître dans ces images tremblantes. À quatorze ans, on m'a donné un premier rôle de figurante, une silhouette parmi d'autres. Je n'avais rien, sinon cette certitude entêtée : ce rectangle lumineux serait ma vie, quoi qu'il m'en coûtât. Ma mère jugeait cela indécent pour une fille chinoise. Moi, j'y voyais la seule porte que personne n'avait encore songé à me fermer.
C'était la seule porte que personne n'avait encore songé à me fermer.
—Pourquoi Hollywood a-t-il tant tenu à faire de vous une figure de la menace ?
Regardez Daughter of the Dragon : j'y suis la fille du sinistre Dr Fu Manchu, une créature de vengeance et de poison. On m'a offert cent variations de la même femme — l'espionne, la traîtresse, la sensuelle qui mène l'homme blanc à sa perte. J'ai fini par le dire tout haut à une revue de Londres, en 1933 : « I am condemned to be tragic, always playing the villainous Oriental woman. I don't want to be the wicked dragon lady forever. There seems to be no way out. » Cet orientalisme, ce goût de l'exotique menaçant, on l'appelait divertissement. Moi je savais que chaque rôle de ce genre creusait un peu plus le fossé entre ce que j'étais et ce qu'on croyait voir en me regardant.
—Qu'êtes-vous allée chercher en Europe, en 1928, loin des studios américains ?
En 1928, j'ai fait mes valises pour l'Europe. Hollywood m'étouffait ; je n'y étais qu'un décor exotique qu'on plaçait à l'arrière-plan. À Londres, on m'a enfin confié Shosho dans Piccadilly — une plongeuse de restaurant qui monte sur scène et devient l'attraction du night-club. Pour la première fois, mon personnage avait un désir à elle, une ambition, une ombre intérieure. On me regardait jouer, pas seulement paraître. La presse britannique m'a traitée en actrice, non en curiosité venue d'ailleurs. Je crois que c'est là, sous les projecteurs anglais, que j'ai compris ce qu'Hollywood m'avait volé : non pas la gloire, j'en avais, mais la possibilité d'être un être humain complet devant l'objectif.
—Que représentait Berlin pour vous, à cette charnière des années 1930 ?
À Berlin, dans cette République de Weimar frémissante, j'ai appris l'allemand et fréquenté un monde d'artistes qui ne me demandait pas d'où je venais. J'y ai retrouvé Marlene Dietrich, avec qui j'ai tourné Shanghai Express en 1932, sous la direction de Josef von Sternberg. J'y incarne Hui Fei, une femme au passé tragique — encore un destin brisé, certes, mais nuancé, tenu, adulte. Le cinéma parlant venait de tout bouleverser et beaucoup tremblaient pour leur voix ; moi qui parlais anglais, cantonais, mandarin, français et allemand, je n'avais pas cette frayeur-là. L'Europe m'a offert quelques années de respiration, avant que des ombres plus noires encore ne se lèvent sur cette ville que j'aimais.
—Vous souvenez-vous de l'accueil qui vous fut réservé lors de votre voyage en Chine, en 1936 ?
En 1936, je suis enfin partie pour la Chine, ce pays dont je portais le visage sans en connaître les rues. J'imaginais des retrouvailles ; j'ai trouvé un procès. La presse nationaliste m'a reproché mes rôles de femmes vénales, m'accusant de salir l'image de la Chine devant le monde entier. À un journaliste du New York Times, j'avais pourtant confié mon espoir : « It is a shame that Chinese always have to be the bad man in the movies. I am hoping that someday a picture will be made that will tell the truth about the Chinese. » Mais là-bas, on ne voyait que la dragon lady. À Shanghai, à Pékin, j'étais l'Américaine ; en Amérique, la Chinoise.
À Shanghai, à Pékin, j'étais l'Américaine ; en Amérique, la Chinoise.

—Que cherchiez-vous vraiment, au fond, en traversant l'océan vers la terre de vos ancêtres ?
Je n'y allais pas seulement en actrice. Je voulais entendre le mandarin dans la bouche des marchands, retrouver ailleurs que dans les gargotes de Chinatown la cuisine cantonaise de mon enfance — le riz, les poissons, les soupes qui fumaient sur la table de mon père. Lui appartenait à une génération déjà née loin de la terre ancestrale ; moi davantage encore. Toute ma vie, on avait exigé de moi que je fusse « authentiquement » chinoise à l'écran, drapée de fantasmes ; et voilà que la Chine réelle me trouvait trop américaine, mes gestes trop libres, mon parler trop rond. Ce voyage m'a appris une chose amère : l'authenticité qu'on réclamait de moi n'existait nulle part, sinon dans l'imagination de ceux qui me jugeaient.
—Comment avez-vous vécu le refus du rôle d'O-Lan dans La Terre chinoise ?
1937. La MGM adaptait La Terre chinoise, le roman de Pearl Buck, et le grand rôle — O-Lan, une paysanne chinoise — semblait écrit pour moi. J'étais alors l'actrice sino-américaine la plus connue au monde. On l'a confié à Luise Rainer, une Autrichienne, qu'on a grimée en yellowface pour la faire paraître asiatique. La raison ? Les lois anti-métissage interdisaient qu'une actrice asiatique donnât la réplique amoureuse à un acteur blanc. On m'a proposé, par consolation, le rôle d'une courtisane — une méchante, une fois de plus. J'ai refusé. Qu'une Blanche incarnât la seule paysanne chinoise digne, pendant que la vraie Chinoise n'avait droit qu'au vice : voilà résumée toute l'absurdité de ma carrière.
On offrait à une Blanche la seule Chinoise digne, et à la vraie Chinoise, le vice.

—Ces interdits ne pesaient-ils que sur l'écran, ou débordaient-ils dans votre existence ?
Ces mêmes lois anti-métissage ne réglaient pas que mes rôles : elles réglaient ma vie. Dans nombre d'États, je ne pouvais épouser librement l'homme que j'aurais aimé, s'il n'était de ma « race ». Le Code Hays, à partir de 1930, avait gravé dans le marbre d'Hollywood cette même interdiction du baiser interracial. Comprenez bien : on m'avait bâti une prison où le premier rôle m'était refusé à l'écran comme au-dehors. J'ai fini par vivre seule, dans cette maison de Santa Monica. On me demande parfois pourquoi je ne me suis jamais mariée. Je réponds que la loi de mon pays avait déjà tranché pour moi, bien avant que mon cœur n'ait eu son mot à dire.
—Que signifiait pour vous le fait de paraître si souvent vêtue du qipao ?
Le qipao — ce que les Occidentaux nomment cheongsam — est devenu ma signature, à l'écran comme dans les salons. Les couturiers de Paris et de Londres m'habillaient, on me citait parmi les femmes les mieux vêtues du monde ; mais lorsque je portais la robe droite de mes ancêtres, ce n'était pas un costume, c'était un drapeau. À une époque où l'on caricaturait tout ce qui venait d'Asie, où des Blanches se peinturluraient en yellowface, moi j'affichais sans excuse la soie et le col montant de la Chine. Chaque fois que je paraissais ainsi, je disais en silence : voici d'où je viens, et je n'en rougis pas. L'élégance, pour une femme comme moi, fut aussi une manière de riposter.
La robe droite de mes ancêtres n'était pas un costume, c'était un drapeau.
—Au terme de tout cela, comment aimeriez-vous qu'on se souvienne de vous ?
En 1951, j'ai enfin tenu le premier rôle d'une série télévisée américaine, The Gallery of Madame Liu-Tsong — une galeriste d'art de New York mêlée à des histoires d'espionnage. Une héroïne moderne, digne, à mille lieues des vilaines que le grand écran m'avait imposées. Ce fut tard, et bref, mais je savais ce que cela signifiait. Un jour de 1938, amère, j'avais soufflé à un magazine ce que devrait être mon épitaphe : « She died as she had always lived — on the wrong side of the camera. » Peut-être. Mais si l'on doit se souvenir de moi, que ce soit pour avoir refusé, encore et encore, de n'être que l'ombre menaçante qu'on voulait projeter sur mon peuple.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anna May Wong's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


