Imaginary interview with Anne Royall
by Charactorium · Anne Royall (1769 — 1854) · Literature · Society · 5 min read

Washington, un matin gris de 1849. Dans un logement encombré de papiers, de plomb d'imprimerie et de vieux numéros jaunis, une femme de quatre-vingts ans passés nous reçoit sans façon, la plume déjà trempée. Anne Royall, veuve, ruinée, redoutée, dirige encore The Huntress d'une main sèche. Elle accepte de parler, à condition, dit-elle, qu'on ne lui fasse pas dire de sottises.
—Comment êtes-vous devenue écrivaine, vous qui n'y étiez nullement destinée ?
Je n'ai pas choisi la plume, monsieur : c'est la misère qui me l'a mise entre les doigts. J'avais épousé William Royall, un vétéran de la Révolution, sur ses terres de Sweet Springs, en Virginie, où je servais avant d'être sa femme. À sa mort, en 1812, sa famille s'est jetée sur le testament comme une meute, et les tribunaux, après des années, m'ont tout ôté. Me voilà donc, passé la cinquantaine, sans un sou, sans toit sûr. Alors j'ai fait ma malle et j'ai pris la route pour vendre des souscriptions et écrire ce que je voyais. Mes premiers Sketches de 1826 sont nés de cette nécessité-là, non d'une vocation de salon.
Je n'ai pas choisi la plume : c'est la misère qui me l'a mise entre les doigts.
—Que gardez-vous de cette bataille d'héritage qui vous a tant coûté ?
J'en garde une méfiance de fer envers les hommes de loi et les héritiers pieux. On m'avait promis la fortune d'un mari qui m'aimait ; on m'a rendue mendiante au nom du droit. Comprenez bien : ce ne sont pas les épreuves de la Frontière qui m'ont endurcie, mais les cabinets d'avocats bien chauffés où l'on dépouille une veuve avec des sourires. Quand la justice a tranché contre moi, vers 1823, je n'avais plus que mes yeux et ma colère. C'est pourquoi, je crois, je flaire si bien la rapine des puissants : j'en ai tâté la première.
—Vous souvenez-vous de vos années sur les routes, à parcourir la jeune République ?
Des milliers de milles, monsieur, cahotée dans la diligence sur des chemins défoncés qui vous secouaient les os. Ma vieille malle de voyage, un coffre de bois et de cuir, contenait tout mon avoir. J'ai descendu jusqu'à Huntsville, en Alabama, à l'extrême bord de la Frontière, et j'en ai tiré mes Letters from Alabama — les colons, les cabanes, la boue, les manières rudes du Sud. Là où d'autres voyageurs comptaient les jolis paysages, moi je notais les prix, les mœurs, l'hypocrisie des notables. The Black Book est sorti de ces carnets-là. On voit mieux un pays du fond d'une diligence que du haut d'une chaire.
On voit mieux un pays du fond d'une diligence que du haut d'une chaire.
—Qu'est-ce qui vous poussait à observer les gens avec tant d'acuité en chemin ?
La curiosité, et le besoin de vendre du vrai. Un abonné paie d'avance ; il veut retrouver dans mes pages ce qu'il ne verra jamais lui-même. Alors j'ai regardé les auberges, les tribunaux de province, les visages au marché. J'ai écrit des États-Unis ce que les beaux esprits de l'Est ne daignaient pas voir : une nation neuve, mal dégrossie, pleine de sève et de fripons. Mes Sketches de 1826 étaient cela d'abord — un miroir sans complaisance tendu à ce pays. Voyager, pour moi, ce n'était pas fuir : c'était enquêter, une page après l'autre.
—Parlez-nous de vos journaux : pourquoi vous être faite éditrice à un âge où d'autres se reposent ?
Parce que personne d'autre ne le ferait à ma place. Passé la soixantaine, j'ai fondé Paul Pry en 1831, puis The Huntress en 1836, que je tiens encore aujourd'hui. Une presse à imprimer manuelle, quelques aides, du plomb et du papier : voilà mon armée. Chaque après-midi je monte au Capitole ou dans les ministères, sans rendez-vous, et j'interroge sénateurs et commis jusqu'à ce qu'ils lâchent ce que je veux savoir. Le soir, je corrige les épreuves à la chandelle. On me dit vieille et pauvre — soit. Tant que cette presse grince, la corruption a une ennemie qui ne dort pas.
Tant que cette presse grince, la corruption a une ennemie qui ne dort pas.

—On dit que les hommes politiques vous craignaient. D'où venait cette peur ?
De ce qu'ils ne savaient jamais ce que j'imprimerais d'eux. Beaucoup s'abonnaient à mon journal moins par goût que par prudence : mieux vaut lire soi-même son nom que l'apprendre d'un voisin qui rit. Je débarquais dans leurs bureaux sans prévenir, je posais mes questions, je notais leurs esquives. Le système des dépouilles installé après l'élection de Jackson, en 1828, avait fait pousser les places à distribuer comme des champignons — et avec elles, la petite vermine des faveurs. Je la nommais. Voilà pourquoi certains, en me voyant approcher au Capitole, prenaient soudain un air pressé.
—Que s'est-il passé lors de ce procès de 1829 qui a fait tant de bruit ?
On m'a traînée devant un tribunal de Washington et déclarée coupable d'être une common scold — une mégère querelleuse, si vous voulez, un vieux chef d'accusation qu'on ne sort plus guère des placards. Figurez-vous qu'on a parlé sérieusement du ducking stool, cette chaise où l'on plonge la condamnée dans la rivière : on voulait me tremper dans le Potomac comme une sorcière du temps jadis ! Le juge, plus sensé, m'a infligé une amende — payée, tenez, par deux journalistes venus me soutenir. J'ai ri, au fond. On ne pend pas si aisément une femme qui tient une presse.
On voulait me tremper dans le Potomac comme une sorcière du temps jadis.
—Que vous inspire, avec le recul, d'avoir été jugée pour votre langue trop libre ?
Qu'on punit chez une femme ce qu'on célèbre chez un homme. Un pamphlétaire mâle qui invective les puissants est un citoyen vigilant ; moi, on me traite en common scold et l'on évoque le ducking stool du siècle passé. Cette condamnation de 1829 fut, dit-on, l'une des dernières de ce genre — soit, j'aurai au moins clos une vieille infamie. Mais elle m'a appris ceci : ma voix dérangeait assez pour qu'on cherche une loi moisie afin de la faire taire. On ne dresse pas tant d'appareils contre une femme silencieuse.

—Pourquoi cette guerre acharnée contre l'influence du clergé dans les affaires publiques ?
Parce que je vois monter, avec ce qu'on nomme le Second Grand Réveil, une armée de prêcheurs et de missionnaires qui voudraient poser la main sur l'État. Dans The Black Book, je les ai nommés, ces gens qui confondent la chaire et le gouvernement. Notre République s'est bâtie sur une idée simple et neuve : la séparation de l'Église et de l'État. Qu'on me laisse prier ou non prier à ma guise, mais qu'aucune secte ne s'empare du Congrès ! Cela m'a valu des ennemis furieux parmi les dévots. Tant mieux : on connaît un homme à la qualité de ses adversaires.
—Ces ennemis évangéliques, comment ont-ils riposté à vos attaques ?
Par le mépris, les calomnies, et pour finir ce procès de mégère qu'ils ont applaudi des deux mains. Ils m'ont dépeinte en vieille furie sans Dieu — moi qui ne combats pas la foi, mais la mainmise des dévots sur la chose publique. Quand j'ai attaqué nommément les missionnaires dans mes volumes de voyage, ils y ont vu un blasphème ; je n'y voyais qu'un devoir de républicaine. Ma presse a continué de grincer, numéro après numéro, sous Paul Pry puis The Huntress. On peut ruiner une femme, on ne réduit pas si vite une opinion imprimée.
On peut ruiner une femme, on ne réduit pas si vite une opinion imprimée.
—Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous qu'on retienne ?
Peu de chose, et beaucoup. Non pas que j'aie été pauvre et querelleuse — cela, mes ennemis s'en chargeront. Mais qu'une femme, seule, sans fortune ni protecteur, a monté au Capitole interroger les puissants et a tenu deux journaux, de 1831 à ce jour, pour dire tout haut ce qu'on chuchotait. Si l'on se souvient qu'il y eut, dans la jeune République, une vieille dame à la plume d'oie qui appelait un voleur un voleur, alors ma presse n'aura pas grincé pour rien. Le reste — l'amende, la misère, le ducking stool — n'est qu'anecdote.
Une vieille dame à la plume d'oie qui appelait un voleur un voleur.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anne Royall's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


