Imaginary interview

Imaginary dialogue between Alfred Nobel and Bertha von Suttner

by Charactorium · Bertha von Suttner (1843 — 1914) · Society · Literature · Politics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Bertha von Suttner
Wikimedia Commons, Public domain — Jordan, David Starr, 1851-1931

C'est un soir d'automne 1895, dans le cabinet de travail d'Alfred Nobel, entre les fioles rangées et l'odeur âcre des produits chimiques que le vieux chimiste n'a jamais su chasser de ses murs. Sous la lampe, une liasse de papiers attend d'être signée — un testament dont il ne dit rien encore. Bertha von Suttner est venue le retrouver, comme aux jours lointains de Paris, et lui parle avec la franchise des amitiés qui ont traversé vingt ans de lettres. Ce n'est pas le marchand de dynamite qui l'interroge ce soir, mais un homme tourmenté qui veut comprendre si l'idéal de son amie est une folie ou l'avenir.

Chère amie, vous souvenez-vous de ce printemps 1876, quand vous êtes venue à Paris répondre à mon annonce ? Vous n'êtes restée qu'une semaine.

Comment l'oublierais-je ? J'étais alors comtesse ruinée, polyglotte et désespérée, et vous cherchiez une secrétaire de confiance. Je me rappelle votre bureau, vos silences, cette mélancolie qui vous rendait si différent des hommes de fortune que je connaissais. Puis une lettre est arrivée d'Autriche — Arthur me suppliait de revenir — et je suis repartie sur un coup de cœur, vous laissant seul avec vos machines. J'ai souvent pensé que je vous avais mal traité, en fuyant ainsi. Mais vous m'avez écrit, et vous n'avez jamais cessé. De cette semaine avortée est née la seule amitié qui ne m'a jamais demandé de renoncer à mes convictions. Vous fûtes mon premier lecteur sévère, cher Alfred.

De cette semaine avortée est née la seule amitié qui ne m'a jamais demandé de renoncer à mes convictions.

Nos lettres, depuis, ont pesé plus que bien des traités. Croyez-vous vraiment, chère Baronne, qu'une correspondance puisse infléchir un homme comme moi ?

Je le crois, sinon je n'aurais pas usé tant d'encre à vous tourmenter. Vous fabriquez des explosifs, et je vous écris que la science doit servir la vie, non la mort — quelle audace, direz-vous, de la part de celle qui vous doit tant. Mais je vous connais : sous l'ironie, vous êtes rongé par l'usage que les états-majors font de vos inventions. Je n'ai jamais voulu vous accabler, seulement retourner votre génie vers une autre cause. Une lettre ne change pas un homme en un jour ; elle dépose une graine, et l'on ne sait jamais quel hiver la fera germer. Vous êtes ma plus longue patience.

Une lettre ne change pas un homme en un jour ; elle dépose une graine.

Parlons de votre roman. Quand Die Waffen nieder ! parut en 1889, on m'a dit que votre éditeur vous jugeait presque scandaleuse. Est-ce vrai ?

Scandaleuse, oui — et surtout inconvenante, car une femme ne devait pas décrire la boue des champs de bataille, les ventres ouverts, les veuves. Mon éditeur hésitait tant qu'il exigea que je m'engage à acheter moi-même quinze cents exemplaires, comme on parie contre son propre auteur. J'ai signé sans trembler. Le livre a été traduit en une douzaine de langues, et il court aujourd'hui d'un bout à l'autre de l'Europe. On m'a rapporté que le comte Tolstoï lui-même le comparait à ce grand roman américain qui ébranla l'esclavage, et qu'il y voyait de quoi changer le cours de l'histoire. Je n'ai pas écrit un chef-d'œuvre, cher ami : j'ai écrit un cri.

Je n'ai pas écrit un chef-d'œuvre, cher ami : j'ai écrit un cri.

Vous racontez la guerre par la voix d'une femme qui la subit. Pourquoi ce parti pris, quand tous les livres célèbrent les généraux ?

Parce que la guerre, telle qu'elle est vraiment, personne ne l'avait dite. Les hommes d'État en parlent dans leurs dépêches, les généraux dans leurs rapports de victoire — mais les blessés dans la fange, les enfants sans père, qui leur donne la parole ? J'ai fait parler Martha, mon héroïne, parce qu'une femme voit ce que la gloire cache : le retour des morts, les maisons vides. J'ai vécu de loin la défaite de Sadowa en 1866, j'ai entendu les récits de 1870 ; je n'ai rien inventé, j'ai seulement refusé de détourner les yeux. Un uniforme rend la guerre belle ; un lit d'hôpital la rend vraie. C'est cette vérité-là que je voulais mettre sous les yeux des ministres.

Un uniforme rend la guerre belle ; un lit d'hôpital la rend vraie.

Vous êtes née comtesse Kinsky. Ne vous sert-il pas, ce rang que vous prétendez mépriser, pour forcer les portes des cours et des chancelleries ?

Vous me connaissez trop bien pour que je le nie. Oui, ma naissance est un passeport, et je m'en sers sans scrupule. Une roturière porteuse de pétitions serait éconduite à l'antichambre ; la comtesse von Suttner, elle, est reçue, écoutée, parfois même redoutée. J'entre dans les congrès diplomatiques, je m'adresse à des empereurs et à des ministres, je leur remets nos requêtes en main propre. Mon propre milieu s'en offusque — une aristocrate qui plaide le désarmement, quel renversement ! Mais je préfère scandaliser mes pairs plutôt que de laisser cette voix se perdre. Le titre que le hasard m'a donné, je le mets au service de ce que ma conscience m'ordonne. C'est la seule manière honnête de porter un blason.

Je préfère scandaliser mes pairs plutôt que de laisser cette voix se perdre.
Bertha-von-Suttner-1906
Bertha-von-Suttner-1906Wikimedia Commons, Public domain — Carl Pietzner

Vous réclamez l'arbitrage, le désarmement. Moi qui fabrique la poudre, avouez que je vous crois bien naïve. Comment répondez-vous à cela ?

Je vous réponds ce que je vous ai déjà écrit vingt fois : le désarmement n'est pas une utopie, c'est un calcul. Les nations qui ont soumis leurs différends à l'arbitrage international ont prouvé qu'un conflit grave peut se résoudre sans verser une goutte de sang. Ce que quelques États ont accompli, tous peuvent le faire — pourvu qu'ils en aient la volonté. La guerre n'est pas une loi de la nature, c'est une institution que les hommes ont bâtie et que les hommes peuvent défaire. Vous m'appelez naïve ; je vous appelle prisonnier de votre siècle. Le droit des gens finira par régler les querelles des peuples comme le droit règle déjà celles des voisins. Il faut seulement des tribunaux là où il n'y a encore que des canons.

La guerre n'est pas une loi de la nature, c'est une institution que les hommes ont bâtie et que les hommes peuvent défaire.

On vous nomme déjà la « reine de la paix ». Cette gloire vous grise-t-elle, chère amie, ou la trouvez-vous inutile à la cause ?

Elle m'amuse et m'embarrasse à la fois. « Reine de la paix » — quel titre pour une femme qui n'a d'autre couronne que son encrier ! La renommée n'a de valeur que si elle sert : quand mon nom ouvre une salle de congrès ou fait lire un article de plus, je la prends volontiers. Mais je me méfie des honneurs qui endorment. Ce que je veux, ce n'est pas qu'on m'admire, c'est qu'on agisse. Une distinction éclatante, voyez-vous, pourrait faire davantage : si un grand prix récompensait un jour ceux qui œuvrent pour la fraternité des nations, il donnerait à notre mouvement une dignité que les gouvernements ne pourraient plus ignorer. La gloire d'une personne s'éteint ; celle d'une idée se transmet.

Ce que je veux, ce n'est pas qu'on m'admire, c'est qu'on agisse.
Schulschiff-Bertha von Suttner-Gymnasium-Wien-DSC 0018w
Schulschiff-Bertha von Suttner-Gymnasium-Wien-DSC 0018wWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 at — Peter Haas

Puisque vous parlez de prix… Imaginez qu'un homme fortuné veuille consacrer sa mort à récompenser la paix. Que lui conseilleriez-vous ?

Je devine à votre regard que cet homme n'est pas si imaginaire. Je lui dirais ceci : que sa récompense n'aille pas aux songeurs isolés, mais à ceux qui construisent — les artisans de l'arbitrage, les fondateurs de congrès, les rédacteurs de traités. Le mouvement pour la paix n'est pas le rêve de quelques idéalistes ; c'est la réponse raisonnable d'une humanité qui comprend que les armes nouvelles ne mènent qu'à la ruine de la civilisation. Un tel prix serait un phare : il dirait au monde que servir la concorde vaut autant que remporter une bataille. Et si cet homme cherche à réparer ce que ses inventions ont armé, il ne trouvera pas de plus belle rédemption. Faites-le, Alfred. Ne laissez pas à d'autres le soin de deviner votre cœur.

Un tel prix serait un phare : servir la concorde vaut autant que remporter une bataille.

Vous m'inquiétez parfois. Sentez-vous, comme moi, que cette Europe prospère et armée jusqu'aux dents court vers quelque catastrophe ?

Je la sens chaque matin en dépliant les journaux. On célèbre le progrès, les machines, les chemins de fer — et dans le même temps les états-majors comptent leurs canons et leurs régiments comme d'autres comptent des richesses. Cette Belle Époque, dont on vante l'insouciance, dort sur une poudrière ; vous, mieux que quiconque, savez de quelle poudre je parle. Les nationalismes s'enflamment, les alliances se nouent comme des cordes autour du cou du continent. Si rien n'arrête cette course, une guerre viendra, plus terrible que toutes celles que j'ai décrites, car les armes nouvelles ne tueront plus par milliers mais par millions. Je ne suis pas prophétesse, cher ami ; je sais seulement lire ce qui est écrit à la première page.

Cette Belle Époque, dont on vante l'insouciance, dort sur une poudrière.

Et si, malgré toutes vos lettres et tous vos livres, cette guerre éclatait quand même ? Votre combat n'aura-t-il servi à rien ?

Non, jamais. Toute ma vie, j'ai été convaincue que la guerre n'est pas une fatalité, mais une chose que les hommes ont créée et que les hommes peuvent abolir. Cette conviction m'a guidée dans chaque article, chaque discours, chaque lettre adressée aux puissants. Si la catastrophe survient malgré nous, elle prouvera seulement que nous n'avons pas crié assez fort, pas assez tôt — mais elle ne prouvera pas que nous avions tort. Les idées ne meurent pas avec ceux qui les portent ; elles attendent, patientes, qu'une génération lasse de saigner vienne les ramasser. Un jour, on rira d'avoir cru la guerre nécessaire, comme on rit aujourd'hui d'avoir cru la torture juste. Je ne verrai peut-être pas ce jour. Mais je travaille pour lui, et vous, à votre manière, aussi.

Les idées ne meurent pas avec ceux qui les portent ; elles attendent qu'une génération lasse de saigner vienne les ramasser.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Bertha von Suttner's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.