Kids interview Betty Friedan
by Charactorium · Betty Friedan (1921 — 2006) · Society · Literature · Politics · 5 min read

Deux élèves de douze ans, en classe découverte, poussent la porte d'un petit salon new-yorkais. Une dame aux cheveux gris, l'œil vif, les invite à s'asseoir. Elle s'appelle Betty Friedan, et elle a passé sa vie à défendre les femmes.
—C'est vrai que tout a commencé avec un simple questionnaire que vous avez envoyé ?
Oui, mon enfant, et ça m'a bouleversée. En 1957, j'ai retrouvé mes anciennes camarades de Smith College, mon école de jeunesse. J'ai posté un questionnaire pour leur réunion, quinze ans après notre diplôme. Imagine des feuilles de papier remplies à la main, qui reviennent une à une dans ma boîte aux lettres. Je m'attendais à lire du bonheur. Mais non. Ces femmes intelligentes, mariées, mères, décrivaient un vide immense. Un mal qui n'avait pas de nom. J'ai relu ces lettres des dizaines de fois. Et j'ai compris que ce vide n'était pas le leur : il était partagé par des millions de femmes.
Je m'attendais à lire du bonheur. J'ai lu un vide immense.
—Vous aviez quel âge quand vous avez abandonné vos études ? Vous étiez triste ?
J'avais vingt et un ans. J'étais brillante, tu sais, sortie de Smith College avec les félicitations, en 1942. On m'a offert une bourse pour aller étudier plus loin, à Berkeley, en Californie. Un rêve ! Mais autour de moi, tout le monde chuchotait la même chose : une jeune femme sérieuse doit se marier, pas devenir savante. Alors j'ai dit non à la bourse. J'ai renoncé. Et ça, mon enfant, ça m'a fait mal pendant des années. C'est comme si on m'avait dit que mon intelligence n'avait pas le droit de grandir. Ce chagrin-là, plus tard, est devenu de la colère utile.
C'est comme si mon intelligence n'avait pas le droit de grandir.
—Après, vous avez travaillé quand même ? Ça se passait comment ?
J'écrivais des articles pour des journaux, tout en élevant mes trois enfants. Un vrai numéro d'équilibriste ! Et puis un jour, alors que j'attendais mon deuxième bébé, mon patron m'a renvoyée. Simplement parce que j'étais enceinte. À mon époque, c'était permis, tu sais, personne ne trouvait ça scandaleux. Moi, sur le coup, j'ai cru que c'était ma faute, ma malchance. Puis j'ai rencontré d'autres femmes à qui c'était arrivé. Toutes. Et là, j'ai compris quelque chose d'énorme : ce n'était pas un accident. C'était un système entier, bien organisé, qui poussait les femmes dehors. Comprendre ça, c'était déjà commencer à le combattre.
Ce n'était pas ma malchance. C'était un système entier.
—Vous habitiez où quand vous écriviez votre livre ? Ça ressemblait à quoi ?
J'habitais une jolie maison de banlieue, au bord de l'eau, dans le Rockland County, près de New York. Le matin, je préparais mes trois enfants pour l'école, comme toutes les mamans du quartier. Et c'est ça le plus étrange, mon enfant : je vivais exactement la vie que je critiquais dans mon livre ! Sur la table traînaient des magazines pour dames, McCall's, Ladies' Home Journal. Je les découpais, je les étudiais. Ils montraient toujours la même image : la parfaite ménagère, souriante, heureuse de cirer son sol. Je me disais : cette image est un joli piège. Elle enferme les femmes en leur faisant croire qu'elles ont choisi.
Cette image de ménagère souriante était un joli piège.
—Ce vide dont vous parlez, vous lui avez donné un nom, finalement ?
Oui, et c'est devenu le cœur de mon livre, La Mystique féminine, publié en 1963. J'ai appelé ce mal « le problème sans nom ». Écoute comment je l'ai écrit à l'époque : « Le problème est enfoui, sans nom, depuis longtemps dans l'esprit des femmes américaines. » Imagine des milliers de femmes, chacune dans sa cuisine, persuadée d'être la seule à se sentir triste sans raison. Chacune croyait que c'était sa faute. Mon travail, ça a été de dire tout haut : non, vous n'êtes pas seules, et vous n'êtes pas folles. Ce livre s'est vendu à plus de trois millions d'exemplaires. Certaines femmes le cachaient sous leur lit.
Vous n'êtes pas seules, et vous n'êtes pas folles.

—C'est vrai qu'une grande association a été inventée sur une serviette de table ?
Absolument vrai, et j'y étais ! C'était en 1966, à Washington, pendant une réunion officielle sur la vie des femmes. Nous étions quelques-unes, autour d'une table, en colère qu'on parle beaucoup mais qu'on n'agisse jamais. Alors, pendant le dîner, j'ai attrapé une serviette en papier et j'ai griffonné dessus les premières règles d'une nouvelle organisation. Comme ça, sur un coin de nappe. On l'a appelée la NOW, la National Organization for Women. Imagine : une des plus grandes associations de femmes de l'histoire est née sur un bout de papier qu'on jette d'habitude. Ce jour-là, j'ai arrêté d'écrire sur le monde. J'ai commencé à le changer.
Ce jour-là, j'ai arrêté d'écrire le monde pour le changer.
—Qu'est-ce que vous disiez aux gens pour les convaincre de vous suivre ?
Je leur parlais avec le cœur, mais je voulais aussi des actes concrets. Le jour où nous avons lancé la NOW, j'ai prononcé un discours simple. J'ai dit : « L'heure est venue pour une nouvelle marche vers la vraie égalité pour toutes les femmes en Amérique. » Tu vois, je ne demandais pas la charité. Je demandais l'égalité : les mêmes salaires, les mêmes portes ouvertes, le même respect. Notre association ne se contentait pas de parler. On écrivait aux hommes politiques, on portait plainte, on manifestait dans la rue. En 1970, à New York, nous étions cinquante mille à défiler. Cinquante mille, mon enfant ! Rien que d'y penser, j'en ai encore des frissons.
Je ne demandais pas la charité. Je demandais l'égalité.

—Est-ce que tout le monde était d'accord avec vous ? Vous vous êtes déjà disputée ?
Oh oui, et parfois avec mes propres amies ! En 1981, j'ai écrit un livre appelé The Second Stage, « la deuxième étape ». J'y disais une chose qui a fâché beaucoup de gens : le combat des femmes ne doit pas devenir une guerre contre la famille, ni contre les hommes. Écoute ce que j'écrivais : « Le féminisme qui nie la réalité de la famille, du soin, de l'amour, trahit ses propres valeurs. » Certaines militantes m'ont trouvée trop tiède. Moi, je pensais qu'aimer, élever des enfants, ce n'est pas une prison si on l'a vraiment choisi. Se disputer entre amies qui veulent la même chose, c'est difficile. Mais je préférais dire la vérité.
Aimer et élever des enfants, ce n'est pas une prison si on l'a choisi.
—Le soir, quand vous rentriez chez vous, vous étiez heureuse de votre vie ?
Pas toujours, mon enfant, et je vais être honnête avec toi. Pendant mon mariage, les soirées étaient souvent tendues, dans notre maison au bord du fleuve. Mon mari et moi, on se disputait beaucoup. Lui aurait voulu une épouse tranquille ; moi, j'avais un feu dans la tête qui ne s'éteignait pas. Après mon divorce, en 1969, je me suis installée dans un appartement à Manhattan. Là, je travaillais tard la nuit, entourée de mes papiers, je recevais des amies pour parler et rire. C'était plus dur, mais plus vrai. J'ai appris qu'une femme a le droit d'avoir sa propre vie, même quand ça déçoit ceux qui l'entourent.
J'avais un feu dans la tête qui ne s'éteignait pas.
—Si nous, les filles et les garçons d'aujourd'hui, on retenait une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Quelle belle question pour finir. Écoute : quand j'ai écrit La Mystique féminine, je ne cherchais pas la gloire. Comme je l'ai raconté plus tard, je savais simplement que je devais écrire ce livre, parce que des millions de femmes vivaient piégées dans un rôle trop petit pour elles. Alors voilà ce que je vous laisse, à toi et à ton camarade. Personne n'a le droit de décider à ta place qui tu as le droit de devenir. Ni ton voisin, ni un magazine, ni une vieille habitude. Regarde bien autour de toi les choses qu'on trouve « normales ». Parfois, ce qui semble normal est simplement injuste. Et là, mon enfant, à toi de parler.
Parfois, ce qui semble normal est simplement injuste.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Betty Friedan's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


