Imaginary dialogue between Wild Bill Hickok and Calamity Jane
by Charactorium · Calamity Jane (1852 — 1903) · Exploration · Performing Arts · Society · 5 min read

C'est dans l'arrière-salle d'un saloon de Deadwood, un soir où la poussière des Black Hills colle encore aux bottes, que Wild Bill Hickok retrouve Martha Jane Cannary. Une lampe à pétrole fume, le whisky brûle dans deux verres épais, et dehors les chariots des chercheurs d'or grincent vers les claims. Les deux se connaissent des pistes et des colonnes de soldats, complices de tapage autant que de silence. Bill n'est pas venu en curieux : il veut entendre, de la bouche de Jane, ce qui se cache derrière la femme en cuir que tout le camp montre du doigt.
—Jane, tu te souviens de la colonne qu'on suivait vers Fort Laramie ? Dis-moi comment une femme finit éclaireuse au milieu des muletiers.
Je m'en souviens comme si c'était hier, Bill. On marchait dans la poussière des soldats, et personne ne me demandait qui j'étais tant que je tenais ma place. J'ai appris à guider un convoi, à repérer une piste, à mener les mules quand les hommes juraient trop pour réfléchir. Vêtue en homme, on me prenait pour un jeune muletier, et ça m'allait très bien. Je gagnais quelques pièces à conduire, à porter des messages, à ouvrir la route. Ce n'était pas un métier de dame, non — mais je n'ai jamais eu l'estomac des dames. La frontière ne demandait pas d'où tu venais, elle demandait si tu tenais debout après trois jours de pluie. Moi, je tenais debout.
La frontière ne demandait pas d'où tu venais, elle demandait si tu tenais debout après trois jours de pluie.
—Tout le monde t'appelle « Calamity » dans ce camp. Toi qui me racontes tant d'histoires, d'où sort ce nom, au juste ?
Ah, on t'a sûrement servi ma version, Bill — celle de l'officier que j'aurais tiré d'une embuscade, qui m'aurait dit que défier cette femme-là attirait la calamité. C'est une belle histoire, je l'admets, et je ne me prive pas de la conter au coin du feu. Mais entre nous deux, tu me connais assez pour deviner la vérité : je fais du raffut, je bois, je me bats, et là où je passe, il se passe toujours quelque chose. Un surnom, ça se ramasse comme une réputation — un peu par mérite, beaucoup par bruit. Que les gens croient à l'embuscade, ça ne me dérange pas. Une légende bien racontée nourrit mieux qu'une vérité toute nue.
Un surnom, ça se ramasse comme une réputation — un peu par mérite, beaucoup par bruit.
—On m'a dit que pendant la variole, quand le camp fuyait les malades, toi tu es restée à leur chevet. Pourquoi risquer ça ?
Parce que personne d'autre ne voulait le faire, Bill, voilà pourquoi. La variole a vidé les cabanes, les gens claquaient leur porte à double tour et laissaient crever les leurs de peur d'attraper le mal. Moi j'ai porté de l'eau, j'ai lavé des fronts brûlants, j'ai veillé des hommes qui délirait en appelant leur mère. Je ne suis pas médecin, Dieu sait, et je jure comme un charretier — mais je sais rester quand ça compte. Drôle de chose : ce camp qui me traite de poivrote et de traînée m'a soudain regardée autrement. Les mêmes qui riaient de moi au saloon m'ont serré la main dans la rue. Un malade ne juge pas la main qui le soigne.
Je jure comme un charretier, mais je sais rester quand ça compte.
—Ces habits de cuir, ce pantalon, ce chapeau à large bord — ça choque plus d'une âme honnête. Tu t'habilles ainsi par commodité ou par défi ?
Les deux, mon vieux. Va donc conduire un attelage en jupons dans la boue des Black Hills, tu m'en diras des nouvelles. Le buckskin frangé tient chaud, ne s'accroche pas aux ronces, et il ne te trahit pas quand tu dois monter en selle vite fait. Voilà pour la commodité. Le reste, oui, c'est du défi. J'ai vu les bonnes femmes de Deadwood pincer les lèvres quand je passe, armes à la ceinture. Qu'elles pincent. Je porte ces habits parce qu'ils sont les miens, parce qu'ils disent qui je suis avant même que j'ouvre la bouche. On ne me confondra jamais avec une pensionnaire bien élevée, et c'est très bien ainsi.
Je porte ces habits parce qu'ils disent qui je suis avant même que j'ouvre la bouche.
—On raconte que tu veux coucher ta vie sur le papier et vendre ça toi-même. Qu'est-ce qui te prend d'écrire tes aventures, Jane ?
Parce que si je ne raconte pas ma vie, Bill, ce sont les autres qui la raconteront à ma place — et ceux-là ne me feront pas de cadeau. Je songe à un petit livret, quelques pages, Life and Adventures of Calamity Jane, By Herself, que je vendrais moi-même pour quelques cents à ceux qui veulent m'entendre. Oh, je ne te cache pas que j'y forcerai le trait : une éclaireuse un peu plus intrépide, des dangers un peu plus grands. Le public paie pour du frisson, pas pour des comptes d'épicier. Mais le cœur y sera vrai. Née dans le comté de Princeton, au Missouri — ça, je le tiens de ma propre mémoire. Le reste, je le brode pour que ça se vende.
Si je ne raconte pas ma vie, ce sont les autres qui la raconteront à ma place.

—Et maintenant on paie pour te voir poser, carabine au poing, comme une bête de foire. Ça ne t'écorche pas, cette mise en scène de toi-même ?
M'écorcher ? Il faut bien manger, Bill. Ces musées de curiosités, ces spectacles où l'on montre la vie de la frontière, ils veulent de la « vraie Calamity Jane » en costume de cuir avec ses armes — alors je la leur donne. Je monte sur l'estrade, je prends la pose, je laisse le bonimenteur gonfler mes exploits, et j'empoche les pièces. Ce n'est pas plus honteux que de conduire une diligence, et c'est moins fatigant. Ce qui me trouble, si tu veux tout savoir, c'est que la femme sur l'affiche finit par vivre sa propre vie, plus grande que la mienne. Le public préfère l'affiche. Moi, je fais avec les deux — la vraie et la peinte —, du moment qu'elles me nourrissent toutes les deux.
La femme sur l'affiche finit par vivre sa propre vie, plus grande que la mienne.
—Ces romans à quatre sous qui traînent dans tous les saloons, ces dime novels pleins de héros de l'Ouest — tu t'y reconnais, dans ces pages ?
Je m'y reconnais autant que toi dans les tiens, Bill — c'est-à-dire à moitié, et la moins vraie. Ces feuilletons prennent une bribe de vérité et la déguisent en conte pour gamins des villes de l'Est. On y voit une Calamity qui abat dix bandits avant le petit-déjeuner et sauve des diligences à elle seule. J'aimerais bien être cette femme-là, tiens. Mais je ne crache pas dessus : chaque dime novel qui prononce mon nom fait de moi quelqu'un dont on parle de New York à San Francisco. Une réputation, ça vaut de l'or quand on n'a rien d'autre en poche. Alors qu'ils écrivent, qu'ils exagèrent, qu'ils inventent — pourvu qu'ils écrivent mon nom correctement.
Une réputation, ça vaut de l'or quand on n'a rien d'autre en poche.

—Tu dis que tu forces le trait dans ton récit. Où finit alors la Martha Jane que j'ai connue, et où commence la légende ?
Voilà une question de vieux complice, ça. La Martha Jane que tu connais, c'est celle qui a froid la nuit, qui doit trois dollars au tenancier et qui pleure parfois toute seule après le troisième verre. La légende, elle, ne pleure jamais et ne doit rien à personne. Entre les deux, il y a le récit que je vends — et je te jure que je ne sais plus toujours où passe la frontière. Quand je raconte l'embuscade, l'officier, les exploits, j'y crois presque moi-même le temps de la conter. Peut-être qu'à force de se raconter, on devient sa propre histoire. Toi mieux que quiconque tu sais ce que c'est, d'être plus grand sur les affiches que dans son propre lit.
Peut-être qu'à force de se raconter, on devient sa propre histoire.
—Le camp t'aime et te méprise à la fois, la même semaine. Comment portes-tu cette réputation qui te colle à la peau, Jane ?
Je la porte comme mon buckskin, Bill : elle me tient chaud et elle me gratte. Un jour on me serre la main pour avoir veillé les varioleux, le lendemain on me montre du doigt parce que j'ai vidé une bouteille de trop et cassé une chaise au saloon. Les gens veulent choisir : sainte ou vaurienne. Moi je suis les deux, comme tout le monde ici, sauf que je ne me cache pas. Ce que le camp pense de moi le matin ne vaut pas ce qu'il en pensera le soir. Alors j'ai appris à ne pas trop y prêter l'oreille. Je fais ce que je crois juste quand ça se présente, et je bois quand la nuit est trop longue. Le reste, c'est l'affaire des bavards.
Un jour on me serre la main, le lendemain on me montre du doigt : je suis les deux à la fois.
—Une dernière, ma vieille : quand tout ça sera fini, les pistes, le camp, les spectacles, de quoi voudras-tu qu'on se souvienne ?
Ne me pose pas les questions du curé, Bill, ça ne te va pas. De quoi je veux qu'on se souvienne ? Pas de la poivrote, pas de la traînée que les commères décrivent. Qu'on se souvienne que j'ai mené des mules quand les hommes reculaient, que j'ai veillé des mourants que tout le monde fuyait, et que j'ai porté le pantalon quand ça ne se faisait pas. Le reste — les histoires, l'embuscade, les affiches —, c'est de la fumée jolie que j'ai soufflée moi-même. Si les gens doivent garder une seule image, qu'ils gardent celle d'une femme qui n'a jamais demandé la permission. Et puis, tiens, qu'on m'enterre là où j'aurai des compagnons de mon espèce, pas dans un carré bien peigné. Le reste m'est bien égal.
Qu'on se souvienne d'une femme qui n'a jamais demandé la permission.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Calamity Jane's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


