Imaginary interview with Calamity Jane
by Charactorium · Calamity Jane (1852 — 1903) · Exploration · Performing Arts · Society · 6 min read

Deadwood, un soir de la fin des années 1890. Dans l'arrière-salle enfumée d'un saloon des Black Hills, une femme en veste de cuir frangé pose son verre de whisky sur le comptoir et accepte de parler. La lampe à pétrole éclaire un visage buriné par les pistes ; elle sort de sa poche un petit livret corné qu'elle vend deux ou trois cents.
—Comment une femme de votre temps en est-elle venue à guider des colonnes de soldats et de muletiers ?
On ne m'a rien donné, je l'ai pris. Orpheline très tôt, il fallait bien gagner sa croûte, et une fille sans mari ne vaut pas cher sur ces pistes. Alors j'ai troqué la jupe contre le pantalon, la tenue en peau de daim des trappeurs, le chapeau à large bord, et je me suis louée là où on avait besoin de bras et d'yeux qui connaissent le pays. Autour de Fort Laramie, j'ai suivi les convois, mené des mules, ouvert la route devant les colonnes. Un scout, un éclaireur, ça repère les pistes et ça prévient du danger — et croyez-moi, il y en avait, entre les rivières en crue et les terres qu'on arrachait aux Sioux. Habillée en homme, on me laissait travailler ; en robe, on m'aurait renvoyée à la cuisine.
On ne m'a rien donné, je l'ai pris.
—Ce costume d'homme, était-ce seulement commode, ou y avait-il autre chose ?
Commode d'abord. Essayez donc de mener un attelage sur une piste des Black Hills en jupons, le fouet dans une main, les rênes dans l'autre, et vous verrez. Le cuir vous protège des ronces et de la pluie, les bottes tiennent dans les étriers, l'arme reste à portée à la ceinture. Mais je ne vais pas vous mentir : ça me plaisait aussi qu'on me remarque. Pour une femme, s'habiller ainsi, à mon époque, c'était presque un scandale — les bonnes dames me regardaient de travers dans la rue. Tant mieux. J'ai toujours préféré qu'on parle de moi en mal plutôt qu'on ne parle pas du tout. Ce buckskin, à la fin, c'était devenu ma peau autant que mon métier ; on ne savait plus où finissait le vêtement et où commençait Calamity Jane.
On ne savait plus où finissait le vêtement et où commençait Calamity Jane.
—Parlons de ce nom, justement. D'où vous vient ce surnom de « Calamity » ?
Ah, tout le monde veut cette histoire-là ! Moi j'aimais raconter qu'un officier que j'avais tiré d'une embuscade m'aurait baptisée ainsi, en disant qu'à défier cette femme on attirait la calamité sur sa tête. Ça fait un beau récit, non ? La vérité, elle est moins reluisante, et les gens sérieux vous diront qu'ils n'en trouvent trace nulle part. Je crois plutôt que je l'ai gagné à l'usure, dans les rues et les saloons de Deadwood, à force de bagarres, de whisky et de langue trop bien pendue. Quand une femme boit sec, jure comme un muletier et cogne aussi fort, on finit par la nommer d'après les ennuis qu'elle traîne. Va pour Calamity. Un nom pareil, ça vous fait une réputation avant même que vous entriez dans la pièce.
Un nom pareil, ça vous fait une réputation avant même que vous entriez dans la pièce.
—Que représentait le saloon dans votre vie de tous les jours ?
Le soir, dans un camp minier, il n'y a que ça de vivant. La journée, on attelle, on trime, on transporte le courrier ou des marchandises contre quelques pièces, on dort où l'on peut, sous la tente ou dans une cabane de fortune. Mais quand la nuit tombe, tout le monde se retrouve au comptoir : les chercheurs d'or, les muletiers, les joueurs de cartes. J'y étais chez moi. On m'y payait volontiers un verre pour que je raconte mes histoires — et je ne me privais pas d'en rajouter, croyez-moi. La presse d'ici, le Black Hills Daily Times, a suffisamment parlé de mes frasques dans ces rues pour que je n'aie pas à m'en vanter. Le whisky, les récits, les éclats de voix : c'était ma vie sociale, et j'y tenais plus qu'à un foyer bien rangé.
—On raconte que vous avez soigné des malades pendant l'épidémie de variole. Vous en souvenez-vous ?
Vers 1878, la variole a frappé le camp de Deadwood. C'est un mal affreux : la fièvre, les pustules, et surtout la peur. Beaucoup fuyaient les cabanes des malades comme le diable fuit l'eau bénite, on les laissait crever seuls. Moi, je ne sais pas trop pourquoi, je suis restée. J'ai porté de l'eau, changé des linges, veillé des hommes que personne ne voulait approcher. Je ne suis pas médecin, je n'ai rien guéri que ma présence pouvait guérir — mais mourir sans une main près de soi, c'est deux fois mourir. Les gens du coin ne l'ont jamais oublié. C'est étrange : la bagarreuse, la buveuse qu'on montrait du doigt, on l'a soudain regardée autrement. Comme si, sous le cuir et le whisky, il restait quelque chose de tendre que même moi j'avais fini par cacher.
Mourir sans une main près de soi, c'est deux fois mourir.

—Votre nom reste attaché à celui de Wild Bill Hickok. Que fut-il pour vous ?
Wild Bill… On l'a abattu dans un saloon de Deadwood en 1876, une balle dans la nuque pendant qu'il tenait ses cartes. Tout le monde connaît la scène, elle est entrée dans la légende avant même que la poudre retombe. Ce qu'il fut vraiment pour moi, ça me regarde, et j'ai toujours laissé planer le doute — un doute qui m'arrangeait, je l'avoue. Ce que je sais, c'est où je veux finir : au cimetière de Mount Moriah, tout contre sa tombe. On dit que ce sera mon dernier vœu, et il le sera. Qu'on nous couche côte à côte sur cette colline qui domine le camp, et que les gens montent nous voir en se racontant nos histoires. De mon vivant je n'ai pas toujours été à sa hauteur ; dans la terre, au moins, nous serons à égalité.
De mon vivant je n'ai pas toujours été à sa hauteur ; dans la terre, au moins, nous serons à égalité.
—Vous avez écrit votre propre récit de vie. Qu'est-ce qui vous a poussée à prendre la plume ?
Vers 1896, j'ai fait imprimer un petit livret de huit pages, Life and Adventures of Calamity Jane, By Herself. Huit pages, pas davantage — de quoi tenir dans une poche et se vendre quelques cents à qui voulait m'entendre. J'y raconte ma naissance dans le Missouri, mes courses à travers l'Ouest, mes exploits d'éclaireuse. Est-ce que tout y est vrai ? Disons que j'ai arrangé les choses au mieux de mon avantage. Quand on est pauvre et qu'on n'a plus que son nom à vendre, on ne va pas se priver de le faire briller. Les grands journaux racontaient déjà des sornettes sur mon compte ; j'ai simplement décidé que, tant qu'à mentir, autant que ce soit moi qui tienne la plume et qui ramasse les pièces.
Tant qu'à mentir, autant que ce soit moi qui tienne la plume et qui ramasse les pièces.

—Cela ne vous gêne pas d'avouer que votre légende mêle le vrai et le faux ?
Me gêner ? À mon âge, avec ma vie ? La vérité toute nue, mon garçon, ça ne nourrit pas son homme. J'ai vécu des choses assez dures pour ne pas avoir honte d'en enjoliver quelques-unes. Il y a un fond solide : les pistes, les convois, la variole de Deadwood, les diligences que j'ai conduites. Autour, j'ai brodé, comme on brode au coin du feu pour faire durer l'histoire et faire tomber la pièce. Les dime novels, ces romans à quatre sous qu'on vend dans tout l'Est, avaient déjà fait de moi un personnage bien plus grand que la pauvre Martha Cannary. J'ai seulement décidé de tenir mon rôle plutôt que de le laisser à d'autres. Une femme qui se raconte elle-même, au moins, choisit ses propres mensonges.
Une femme qui se raconte elle-même, au moins, choisit ses propres mensonges.
—Vous vous êtes produite dans des spectacles où le public payait pour vous voir. Comment viviez-vous cela ?
Sur le tard, quand les pistes n'ont plus voulu de mes vieux os, je me suis louée aux spectacles itinérants du Wild West et aux musées de curiosités, comme ceux de Kohl & Middleton. On m'installait en costume de cuir, la carabine Winchester au poing, et les gens payaient leur billet pour voir « la véritable Calamity Jane ». La véritable ! Comme si celle qui posait sous les lampions était la même que celle qui gelait sur les pistes trente ans plus tôt. J'étais devenue une bête curieuse, une pièce de musée vivante de la conquête de l'Ouest, à côté des attaques de diligence pour rire. C'était de l'argent, et j'en avais besoin. Mais je sentais bien qu'on ne payait plus pour ce que j'avais fait — on payait pour ce que j'étais censée représenter.
On ne payait plus pour ce que j'avais fait — on payait pour ce que j'étais censée représenter.
—Si vous pouviez imaginer qu'on parle encore de vous dans cent ans, que penseriez-vous de cette légende qui vous survivra ?
Cent ans ? Vous rêvez tout haut, mon garçon. Mais soit, jouons le jeu. Si on me lit encore, ce ne sera pas la muletière transie de froid qu'on retiendra, ni la femme qui a veillé des varioleux — ce sera le costume, la Winchester, le whisky et le nom qui claque. Buffalo Bill a lancé son grand spectacle en 1883 et l'Ouest est déjà devenu une histoire qu'on se raconte plus qu'un pays où l'on vit. Moi, je ne serai plus qu'un personnage de plus dans ce théâtre-là, entre deux attaques de diligence pour amuser les foules. Ça me fait un drôle d'effet. Autant vous dire la vérité : je préférerais qu'on se souvienne que, sous la légende, il y avait une femme qui a eu froid, faim et soif, et qui a tenu debout quand même.
Sous la légende, il y avait une femme qui a eu froid, faim et soif, et qui a tenu debout quand même.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Calamity Jane's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


